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Création
2006 - mise en scène Robert Cantarella
Théâtre
des Treize Vents, Montpellier
u 30 mai au 2 juin 2006
Théâtre
de La Colline, Paris
du 7 au 17 juin 2006
"The
Twin Towers Are Falling Down Falling Down Falling Down..."
Loin du cercle
clos de son théâtre de
chambre, davantage dans la lignée de son adaptation
dramatique de L'objecteur,
Michel Vinaver signe ici un texte éclaté, une sorte
de théâtre en expansion ; tout se déroule dans
un espace international où s'amoncellent et s'enchevêtrent
des bribes de discours et des fragments d'expériences humaines.
Ecrit dans les semaines qui ont suivi les attentats, ce livret est
un panorama dans lequel les événements sont énumérés
de façon chronologique, par le biais des voix, identifiées
ou non, de multiples protagonistes : pilotes, terroristes, passagers
des vols tentant de joindre les aéroports, certains de leur
fin imminente ; puis surviennent les collisions et se relaient alors
les voix de Bush, de Ben Laden, d'un journaliste à qui revient
le rôle de récitant, tandis qu'il commente et interroge
les rescapés des tours jumelles.
Les témoignages se croisent et se superposent, se font écho,
ainsi que l'indique l'auteur en avant-propos, à la façon
"des cantates et des oratorios, se composant d'airs (...),
de parties chorales." Cet enchâssement (organisé)
de récits alternés dégage une forte impression
de chaos et de confusion des sentiments, de désordre humain
et de traumatisme. C'est alors au tour des deux "leaders",
Bush et Ben Laden, de s'exprimer et de mener à terme deux
discours parallèles, chacun incarnant une idéologie
censée diverger de celle de l'autre... Mais l'habile mise
en forme (toujours le même procédé de "collage")
crée au contraire un effet stupéfiant de convergence
du sens, les mots des deux adversaires paraissant se télescoper,
et le discours de l'un semble renforcer le discours de l'autre.
Tandis que l'américain prône l'alliance des forces
démocratiques contre l'ennemi commun, Ben Laden s'en prend
à ces mêmes puissances et dénonce l'oppression
des musulmans, tout en usant d'un ton belliqueux qui ressemble étrangement
à celui du président américain... Tous deux
érigent leur combat en une stratégie contre l'injustice
; et Bush de terminer sur un "May god continue to bless
us" ( "Que Dieu nous bénisse"),
Ben Laden sur "May god shield us" ("Que
Dieu nous protège") montrant ainsi la similarité
de deux dogmes, qui trahissent aussi un objectif commun, la domination
du monde : à qui accorder sa confiance, dans lequel des deux
camps se ranger ? semble s'interroger l'auteur.
Cette approche qui tend à ironiser sur les discours est reprise
quand l'auteur fait ressurgir deux autres dieux américains,
le libéralisme et l'économie, qui cherchent à
reprendre leur place de choix dans cette nouvelle réalité,
et les "traders" s'en mêlent : "Je crois
en toute candeur / qu'il vaut mieux que s'écoule le plus
de temps possible entre le désastre et la réouverture
des marchés financiers..." dit l'un deux.
Pourtant, ce
texte parvient aussi à laisser un espace verbal à
l'humain, à travers les mots prononcés par les rescapés
presque anonymes, ceux qui ont vécu l'horreur au plus près
et qui se souviennent, profondément marqués ; la multiplication
des voix n'empêche pas chaque histoire de se dérouler,
cohérente et touchante. 11
September 2001 / 11 septembre
2001 est un libretto émouvant, finement sarcastique,
dont l'originalité tient aussi au fait que Vinaver, à
l'inverse de Beckett, a d'abord écrit ce texte en anglais,
pour ensuite proposer une version française qui, on le regrette
pour le lecteur francophone, a moins de saveur et perd quelques
détails que l'on ne trouve que dans le texte original. De
même, les chants que le choeur entonne (tel ce terrible "The
Twin Towers Are Falling Down Falling Down Falling Down",
que l'on imagine sans mal interprété sur l'air bien
connu de la comptine britannique...) ne sont pas traduits ; ces
commentaires chantés résonnent dans nos esprits à
la façon des chants des opérettes de Brecht qui lui,
tendait à imposer sa vision des choses plutôt que de
laisser la porte entr'ouverte au spectateur/lecteur, comme le fait
si judicieusement Michel Vinaver ; il est possible d'apprécier
cette abstention volontaire, cette absence de parti pris, et de
se dire que malgré tout, ce texte ne manque pas d'engagement.
Blandine
Longre
(juin 2002)

du
même auteur
Dissident, Théâtre
Les Ateliers, Lyon en octobre 2003.
Nina, c'est autre chose, Théâtre
Les Ateliers, Lyon en mars-avril 2002
L'objecteur (L'arche, 2001)
http://www.vinaver.net/
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/V/vinaver2.htm
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