La Ville disjonktée
(Titre original : Cuidad Rayada)
Traduit de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila
Editions Métailié, 2003

 

Petits trafics entre amis

« Hope I die before I get old » (J’espère mourir avant de devenir vieux), cette célèbre phrase de Pete Townsend (guitariste du groupe Who) date des années 60 mais elle pourrait être la devise de la jeunesse madrilène décrite dans La Ville disjonktée. Loin des habituels clichés véhiculés sur la capitale espagnole, José Angel Mañas nous plonge dans un univers violent fait de braquages, de coke, de dealers et surtout de jeunes désœuvrés tels qu’on avait plutôt l’habitude d’en voir dans les romans de l’anglais Irving Welsh ou du japonais Murakami Ryû.

Kaiser sera notre guide dans la ville disjonktée : à 17 ans, ce fils de famille aisée, fan de musique électronique, et amoureux de Tula, fait en Vespa la tournée des bars de Madrid pour y vendre sa coke ou se réapprovisionner auprès de Barbas, un flic véreux. Avec sa bande de copains, Kaiser a organisé un braquage qui a mal tourné et un des compères, Gonzalo, a dû partir plusieurs mois en Angleterre sous la pression de sa famille. De retour en Espagne, celui-ci décide à son tour de dealer et commence à empiéter sur le territoire de Kaiser qui, désireux de se faire respecter, l’abat froidement. Après que Barbas lui a donné un sérieux avertissement, Kaiser fuit Madrid ; commence alors une espèce de road movie sous l’emprise de la coke qui le conduit à un festival de musique en plein air où il fait la connaissance du sympathique Kiko, « le fumeur de chichon », qu’il quitte brusquement pour rentrer en stop à la Capitale en compagnie de deux Allemandes. Kaiser continue alors ses trafics puis entreprend la reconquête de Tula, un temps délaissée.

Il n’est pas si simple de se familiariser avec l’univers de Kaiser : une multitude de personnages et de noms à retenir, des phrases longues, un style à la fois ‘dialogué’ et tranchant, il faut persévérer pour mériter et apprécier la Ville disjonktée. La fuite de Kaiser et le concert en plein air viennent à point nommé pour faire une pause, un changement complet d’univers et d’atmosphère se fait alors sentir ; mais Madrid ne se laisse pas facilement oublier et on y replonge avec notre guide défoncé qui reprend avec plaisir ses petites habitudes. José Angel Mañas nous laisse libres de juger le mode de vie de Kaiser et l’avis de chacun oscillera entre indifférence et pitié. A 30 ans seulement, Mañas a déjà 6 romans derrière lui et certainement un avenir très prometteur vu son talent.

Anne Weber
(juin 2003)

 

Editions Métailié
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