Sonates
pour violon et clavecin
Jean-Sébasien Bach, Fabio Biondi, Kenneth Weiss
Mercredi 14 décembre – Musée des
Tissus
Au milieu
des grandes oeuvres mobilisant des chœurs et/ou des orchestres
au complet (opéra et concertos de Vivaldi, comédie
lyrique de Rameau, Messe et Requiem de Mozart, Vêpres
de Noël de Monteverdi, concertos de Jean-Marie Leclair,
Concertos Brandebourgeois de Bach etc.), il est bon que
la belle programmation du Festival de musique ancienne prévoie
des moments où le partage musical se fait en assemblée
plus restreinte et plus intime ; c’est le cas avec les Sonates
pour violon et clavecin offertes par Fabio Biondi et Kenneth Weiss
dans le décor de tapisseries anciennes d’une salle
du Musée Tissus, à l’acoustique parfaitement
adaptée à la musique de chambre.
Réunir
Fabio Biondi et Kenneth Weiss relève un peu du pari. Le
premier, violoniste précoce né à Palerme,
fondateur de l’ensemble Europa Galante, spécialiste
des grands Italiens du XVIIIe siècle, ne ménage
pas la passion et la liberté d’interprétation
qui le font littéralement respirer avec son violon, l’instrument
paraissant lui donner en retour une énergie sans cesse
renouvelée ; le second, né à New York, professeur
au Conservatoire National Supérieur de Paris, qui a travaillé
avec William Christie et s’est produit dans tous les hauts
lieux de la musique ancienne et baroque, se signale par la recherche
discrète d’un jeu impeccable dont la fréquentation
de Bach est une composante primordiale. Pari gagné pour
ces deux virtuoses qui, au-delà de leurs différences,
se connaissent bien et jouent une musique dans laquelle la perfection
formelle n’exclut pas, bien au contraire, l’expressivité
et la sensibilité.
Que ce soit
dans les exigeantes sonates de Jean-Sébastien Bach datant
de la période 1718-1722 (BWV 1021 et BWV 1019 en sol majeur,
BWV 1017 en ut mineur), dans le fameux Concerto italien
pour clavecin BWV 971 (1735) ou dans la brillante sonate n°
12 en ré majeur (1737) de Pietro Antonio Locatelli (assez
proche de Vivaldi, mais d’une facture moderniste), Fabio
Biondi et Kenneth Weiss donnent la pleine mesure d’un jeu
à la fois complice et complet, rigoureux et ouvert. Le
public lyonnais ne s’y est pas trompé, dont les rappels
ont permis aux deux artistes de faire entendre, entre autres,
avec la même précision souriante, une sonate enfantine
de Mozart. Jolie transition entre deux styles, anticipant sur
une année qui s’annonce riche en manifestations.