XVIIIe festival de musique ancienne
A lyon du 1er au 21 décembre 2000

l'Association des Festivals
renseignements et réservations
04 78 38 09 09

 

voir aussi :
Festival de musique ancienne d'Uzès 2000
XVIIe festival de musique ancienne, décembre 1999

Polyphonies du Bassin Méditerranéen
8 et 9 décembre - 20h30 - Chapelle de la Trinité

Ensembles A Sei Voci et Tavagna.

La Chapelle de la Trinité possède une acoustique particulièrement adaptée aux petits ensembles vocaux tels que Tavagna et A Sei Voci. Le groupe corse Tavagna doit son nom à une toute petite région du Cap Corse, et les sept chanteurs qui le constituent (6 hommes, une femme) sont un témoignage vibrant de la tradition du chant corse profane et religieux. A Sei Voci, ensemble français "à géométrie variable" né en 1977 et s'appuyant sur six chanteurs solistes, se consacre au chant de la Renaissance et du Baroque, réussissant à mettre au jour des documents et une interprétation le plus proche possible des origines profondes. Ce concert proposait d'associer les deux ensembles vocaux a capella et de faire découvrir des polyphonies corses anciennes, des madrigaux de Monteverdi et une pièce de la Renaissance espagnole.

Les voix chaudes et colorées de l'ensemble Tavagna sont probablement liées au climat et au genre de vie ; la musique méditerranéenne est souvent une musique d'extérieur (comme l'a montré, à l'issue du concert, le morceau chanté parmi les spectateurs) exécutée à pleine voix, sans retenue (mais non sans art ni sans complicité interne au groupe). Le chant corse, influencé à la fois par les Balkans, le Moyen-Orient, l'Arménie, le courant sémite ou le chant grégorien des moines franciscains du XIIème siècle, reste mystérieux, et exprime des sujets d'une grande diversité, témoignages des préoccupations de la vie et des interrogations de l'homme face au temps et à la mort.
Les madrigaux des deuxième, quatrième et sixième livres sont représentatifs de l'évolution de Monteverdi vers un style expressif particulièrement bien rendu par les cinq voix de l'ensemble A Sei Voci. Le fameux Lamento d'Ariane, chanté en deuxième partie, constitue un sommet pathétique de l'opéra italien naissant, imposé par le compositeur, et ici par les chanteurs, comme le véritable langage artistique du drame lyrique.
La deuxième partie du concert, regroupant des oeuvres plus "profondes" que la première, s'est conclue par la réunion des ensembles interprétant à deux chœurs la Passion selon Saint Matthieu d'un anonyme espagnol du XVIème siècle. Une belle synthèse de la musique méditerranéenne qui, au-delà de la diversité des voix et de leurs timbres, a offert aux auditeurs plaisir et émotion.

F. L.-A.

 

Stabat Mater à 10 voix
Domenico Scarlatti
21 décembre - 20h30 - Chapelle de la Trinité

Les Grands Maîtres de Chapelle de l'Italie Baroque. Ensemble Vivete Felici, direction Geoffroy Jourdain.

Le mot d'ordre que recèle le nom de l'ensemble Vivete Felici (Vivez heureux) a été pleinement suivi. Une soirée passée à vivre ou revivre avec beaucoup de bonheur des compositions rares, à découvrir ou redécouvrir des musiciens de la foisonnante période baroque italienne : le Romain Giacomo Carissimi (1605-1674), le Vénitien Antonio Lotti (1667-1740), le Napolitain Leonardo Leo (1694-1744), célèbre pour ses opéras, mais dont on a pu apprécier des motets particulièrement expressifs et un beau Miserere à double chœur. La seconde partie du programme était tout entière réservée au Stabat Mater à dix voix de Domenico Scarlatti (1685-1757), œuvre d'une grande richesse et d'une grande variété harmoniques, d'une écriture à la fois complexe, par la combinaison parfaite des dix voix soutenues par le continuo, et émouvante, par la magie d'une libre puissance d'évocation.
L'organiste et les dix chanteurs, sous l'autorité complice d'un jeune chef à la direction sobre, précise et énergique, ont su se mettre au service de cette musique exigeante et gratifiante. Les voix de l'ensemble Vivete Felici (deux sopranos, deux mezzo-sopranos, deux altos, deux ténors, deux basses), qui ont chacune leur spécificité, leur timbre propre, savent se fondre, se répondre ou se singulariser selon les exigences de la partition, et forment un tout parfaitement homogène. Les interprètes vibrent à la musique qu'ils livrent, et transmettent leurs vibrations aux auditeurs ; le beau cadre de la cathédrale Saint-Théodorit n'y est pas pour rien.
Ce concert, fruit de recherches musicologiques savantes, d'un travail vocal indéniable, de tempéraments musicaux affirmés, prouve s'il en était besoin que l'érudition et l'émotion ne sont pas contradictoires, bien au contraire.
(article paru en juillet 2000, Festival d'Uzès)

J.-P. L. / F. L.-A.

retour