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aussi :
Festival
de musique ancienne d'Uzès 2000
XVIIe
festival de musique ancienne, décembre
1999
Polyphonies
du Bassin Méditerranéen
8 et 9 décembre - 20h30 - Chapelle de la Trinité
Ensembles
A Sei Voci et Tavagna.
La Chapelle de la Trinité possède une acoustique
particulièrement adaptée aux petits ensembles
vocaux tels que Tavagna et A Sei Voci. Le groupe corse
Tavagna doit son nom à une toute petite région
du Cap Corse, et les sept chanteurs qui le constituent
(6 hommes, une femme) sont un témoignage vibrant
de la tradition du chant corse profane et religieux. A
Sei Voci, ensemble français "à géométrie
variable" né en 1977 et s'appuyant sur six chanteurs
solistes, se consacre au chant de la Renaissance et du
Baroque, réussissant à mettre au jour des
documents et une interprétation le plus proche
possible des origines profondes. Ce concert proposait
d'associer les deux ensembles vocaux a capella et de faire
découvrir des polyphonies corses anciennes, des
madrigaux de Monteverdi et une pièce de la Renaissance
espagnole.
Les voix chaudes et colorées de l'ensemble Tavagna
sont probablement liées au climat et au genre de
vie ; la musique méditerranéenne est souvent
une musique d'extérieur (comme l'a montré,
à l'issue du concert, le morceau chanté
parmi les spectateurs) exécutée à
pleine voix, sans retenue (mais non sans art ni sans complicité
interne au groupe). Le chant corse, influencé à
la fois par les Balkans, le Moyen-Orient, l'Arménie,
le courant sémite ou le chant grégorien
des moines franciscains du XIIème siècle,
reste mystérieux, et exprime des sujets d'une grande
diversité, témoignages des préoccupations
de la vie et des interrogations de l'homme face au temps
et à la mort.
Les madrigaux des deuxième, quatrième et
sixième livres sont représentatifs de l'évolution
de Monteverdi vers un style expressif particulièrement
bien rendu par les cinq voix de l'ensemble A Sei Voci.
Le fameux Lamento d'Ariane, chanté en deuxième
partie, constitue un sommet pathétique de l'opéra
italien naissant, imposé par le compositeur, et
ici par les chanteurs, comme le véritable langage
artistique du drame lyrique.
La deuxième partie du concert, regroupant des oeuvres
plus "profondes" que la première, s'est conclue
par la réunion des ensembles interprétant
à deux chœurs la Passion selon Saint Matthieu d'un
anonyme espagnol du XVIème siècle. Une belle
synthèse de la musique méditerranéenne
qui, au-delà de la diversité des voix et
de leurs timbres, a offert aux auditeurs plaisir et émotion.
F. L.-A.
Stabat
Mater à 10 voix
Domenico Scarlatti
21 décembre - 20h30 - Chapelle de la Trinité

Les
Grands Maîtres de Chapelle de l'Italie Baroque.
Ensemble
Vivete Felici, direction Geoffroy Jourdain.
Le
mot d'ordre que recèle le nom de l'ensemble Vivete
Felici (Vivez heureux) a été pleinement
suivi. Une soirée passée à vivre
ou revivre avec beaucoup de bonheur des compositions rares,
à découvrir ou redécouvrir des musiciens
de la foisonnante période baroque italienne : le
Romain Giacomo Carissimi (1605-1674), le Vénitien
Antonio Lotti (1667-1740), le Napolitain Leonardo Leo
(1694-1744), célèbre pour ses opéras,
mais dont on a pu apprécier des motets particulièrement
expressifs et un beau Miserere à double chœur.
La seconde partie du programme était tout entière
réservée au Stabat Mater à dix voix
de Domenico Scarlatti (1685-1757), œuvre d'une grande
richesse et d'une grande variété harmoniques,
d'une écriture à la fois complexe, par la
combinaison parfaite des dix voix soutenues par le continuo,
et émouvante, par la magie d'une libre puissance
d'évocation.
L'organiste et les dix chanteurs, sous l'autorité
complice d'un jeune chef à la direction sobre,
précise et énergique, ont su se mettre au
service de cette musique exigeante et gratifiante. Les
voix de l'ensemble Vivete Felici (deux sopranos, deux
mezzo-sopranos, deux altos, deux ténors, deux basses),
qui ont chacune leur spécificité, leur timbre
propre, savent se fondre, se répondre ou se singulariser
selon les exigences de la partition, et forment un tout
parfaitement homogène. Les interprètes vibrent
à la musique qu'ils livrent, et transmettent leurs
vibrations aux auditeurs ; le beau cadre de la cathédrale
Saint-Théodorit n'y est pas pour rien.
Ce concert, fruit de recherches musicologiques savantes,
d'un travail vocal indéniable, de tempéraments
musicaux affirmés, prouve s'il en était
besoin que l'érudition et l'émotion ne sont
pas contradictoires, bien au contraire.
(article paru en juillet 2000, Festival d'Uzès)
J.-P.
L. / F. L.-A.