Viens
de Kéthévane Davrichewy et Christophe Honoré

L'école des Loisirs, Medium, 2006

 

Un livre a quatre mains, pour deux personnages.

Etienne et Salomé, onze ans, ils se côtoient depuis l’enfance, sont dans la même classe mais ne se parlent plus. Un jour, Etienne écrit à Salomé, il lui raconte la folie de son propre père quand Noël arrive, il lui raconte aussi son malaise de l’avoir entendue dire à son amie Adèle que son père était « con et nul », alors que ce dernier est mort.
Etienne écrit pour renouer un lien, pour faire taire les fantômes. Au fil de la correspondance, une histoire de colère, de haine, le long chemin de l’amitié, les mots qu’ils acceptent de s’échanger, pour apaiser l’âme et le cœur. Se confier à l’autre comme on s’apprivoise, comme on se reconstruit.

Salomé part habiter à la campagne chez sa tante, pour fuir le deuil. Ils s’écrivent, se cherchent dans l’autodestruction, dans le rejet de l’autre qui n’est autre que le rejet de soi. Salomé : « je suis celle qui a peur » ; Etienne : « Je n’ai jamais prétendu être un héros… je refuse de rentrer dans la fabrication de ton secret. Les secrets sont des mensonges ».
Mais parler, c’est sortir de soi, c’est déjà accepter la convalescence… « Toi, tu dis que j’ai changé mais ce sont les autres qui ont changé…cette année il y aura des champignons, encore, mais papa ne les trouvera pas… Tout devrait s’arrêter ensemble, les champignons, l’automne, les gens, les maisons et les envies de chien »... « Je ne veux pas devenir une bête humaine, et je sais que la seule personne qui peut m’empêcher de le devenir, c’est toi…c’est une lettre de ton amoureux ».

Etienne prononce le mot magique qui fera tendrement basculer cette histoire du côté de l’amour, celui qui rend les enfants si forts. Etienne fugue pour rejoindre sa bien-aimée, protégé par ses frères, il part vers son « premier amour ». De cette rencontre il n’y aura que peu de mots, des retrouvailles devant le panneau de sens interdit, une séance de cinéma…mais surtout le parfum du sentiment naissant, tapi dans l’ombre depuis si longtemps. Alors l’amour se libère : « Tu ne me manques pas mais tu es avec moi », « mes lettres vont crier… t’embrasser, te toucher, chanter dans ta bouche…je veux être transparent pour toi ». Les mots remplacent les angoisses, la solitude, la douleur insupportable.

Cette écriture pudique est respectueuse des sentiments naissants, des peurs, des émois des deux adolescents. Ils veulent tout se dire pour y croire, pour que cela soit vrai, aux yeux de tous. Leurs dernières lettres s’échangent dans la réalité : « je ne veux plus t’écrire, je veux t’aimer » scande Etienne, et Salomé lui répond sans le savoir « Je n’écris plus. Je suis là »…
L’un vient à l’autre. Un roman magnifique, un ton juste d’une ligne à l’autre.

Cendrine Genin
(mars 2006)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

http://www.ecoledesloisirs.fr