Le
Choix de l’histoire,
dernière publication de Pierre Vidal-Naquet aux éditions
Arléa, est un recueil de quatre courts textes, récents
pour les trois premiers, plus ancien pour le dernier. Ils furent
écrits et publiés pour des horizons divers ; le premier,
Pourquoi et comment je suis devenu historien, est un exposé
rédigé en 2002 pour les « Rencontres de Blois
», sorte de festival d’histoire, mi-savant mi-grand
public, et fut publié dans le numéro d’août/septembre
2003 de la revue Esprit ; le deuxième, Esquisse
d’un parcours anticolonialiste, a été donné
à la Revue d’études palestiniennes
en juin 2001 ; le troisième, L’Affaire Audin par
les tracts, vient du numéro 10 (2002) de L’Éphémère,
revue de la BNF et le dernier, Sur une commémoration,
a été publié par Le Genre humain (numéro
18 en 1988). Leur réunion n’a cependant rien de hasardeux
ni même d’artificiel et c’est à un vrai
livre d’histoire que le lecteur est convié.
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Le
sujet en est moins Pierre Vidal-Naquet, même si le livre
est écrit à la première personne, que
l’engagement, les actes politiques et intellectuels,
intellectuels et politiques, les deux étant indissociables,
de quelqu’un qui se donne à lire comme un produit
de l’histoire. Transmise, en particulier par le récit
paternel de l’affaire Dreyfus qui marque l’origine
de son refus de l’injustice. Subie, pendant la deuxième
guerre mondiale, à laquelle Pierre Vidal-Naquet, né
en 1929, n’a pas pris part en tant qu’acteur mais
dont il eut à souffrir ; la guerre a personnellement
mais aussi politiquement eu sur lui une influence déterminante.
Vécue enfin : combat contre la guerre d’Algérie,
contre ses fondements et ses pratiques politiques et militaires,
contre cette barbarie en acte, cette victoire permanente de
l’injustice fossoyeuse de l’essence même
de la démocratie ; ou combat contre le négationnisme
qui rejoint finalement le précédent.
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«C’est
la guerre d’Algérie qui a fait de moi un dreyfusard
en action ». Voilà sans doute le noyau de ce livre
et la phrase qui définit le mieux le rapport à l’histoire
de Pierre Vidal-Naquet tel qu’il se donne à lire ici.
Faire de l’histoire, avec l’exigence de vérité
que cela implique, est un acte politique au service de la justice.
On voit mieux dès lors que l’histoire ne se réduit
pas au récit ni à la simple représentation.
Tout ne dépend pas du point de vue auquel on se place (on
reconnaît bien le grand connaisseur de Platon), l’histoire
ne saurait être une sophistique.
Ces quatre textes fondamentalement complémentaires permettent
de comprendre de l’intérieur à la fois les fondements,
la teneur, le grain même de l’engagement de Pierre Vidal-Naquet
et la matière d’une époque ; on y voit se multiplier
les approches et les angles d’attaque : du discours commémoratif
à la justification de la constitution d’une série
d’archives, en passant par un récit des origines. L’ouvrage
est indissolublement un livre d’histoire contemporaine (sur
la guerre d’Algérie en particulier mais pas seulement)
et une biographie intellectuelle, qui fonctionne, comme l’écrit
Pierre Vidal-Naquet, par « détour et croisement
». Et c’est justement ce « bricolage
», comme dirait Lévi-Strauss, qui donne au volume,
souvent fort malicieux, sa grande cohérence et en fait un
véritable discours de la méthode.
Fabrice
Piwnica
(mars 2004)

Editions
Arléa
http://www.arlea.fr
http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet87a/
http://www.leseditionsdeminuit.fr/titres/1998/torture-republique.htm
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