Le Choix de l’histoire
Arléa, 2004

réédition poche février 2007
Arléa Poche

 

 

Le Choix de l’histoire, dernière publication de Pierre Vidal-Naquet aux éditions Arléa, est un recueil de quatre courts textes, récents pour les trois premiers, plus ancien pour le dernier. Ils furent écrits et publiés pour des horizons divers ; le premier, Pourquoi et comment je suis devenu historien, est un exposé rédigé en 2002 pour les « Rencontres de Blois », sorte de festival d’histoire, mi-savant mi-grand public, et fut publié dans le numéro d’août/septembre 2003 de la revue Esprit ; le deuxième, Esquisse d’un parcours anticolonialiste, a été donné à la Revue d’études palestiniennes en juin 2001 ; le troisième, L’Affaire Audin par les tracts, vient du numéro 10 (2002) de L’Éphémère, revue de la BNF et le dernier, Sur une commémoration, a été publié par Le Genre humain (numéro 18 en 1988). Leur réunion n’a cependant rien de hasardeux ni même d’artificiel et c’est à un vrai livre d’histoire que le lecteur est convié.

Le sujet en est moins Pierre Vidal-Naquet, même si le livre est écrit à la première personne, que l’engagement, les actes politiques et intellectuels, intellectuels et politiques, les deux étant indissociables, de quelqu’un qui se donne à lire comme un produit de l’histoire. Transmise, en particulier par le récit paternel de l’affaire Dreyfus qui marque l’origine de son refus de l’injustice. Subie, pendant la deuxième guerre mondiale, à laquelle Pierre Vidal-Naquet, né en 1929, n’a pas pris part en tant qu’acteur mais dont il eut à souffrir ; la guerre a personnellement mais aussi politiquement eu sur lui une influence déterminante. Vécue enfin : combat contre la guerre d’Algérie, contre ses fondements et ses pratiques politiques et militaires, contre cette barbarie en acte, cette victoire permanente de l’injustice fossoyeuse de l’essence même de la démocratie ; ou combat contre le négationnisme qui rejoint finalement le précédent.

«C’est la guerre d’Algérie qui a fait de moi un dreyfusard en action ». Voilà sans doute le noyau de ce livre et la phrase qui définit le mieux le rapport à l’histoire de Pierre Vidal-Naquet tel qu’il se donne à lire ici. Faire de l’histoire, avec l’exigence de vérité que cela implique, est un acte politique au service de la justice. On voit mieux dès lors que l’histoire ne se réduit pas au récit ni à la simple représentation. Tout ne dépend pas du point de vue auquel on se place (on reconnaît bien le grand connaisseur de Platon), l’histoire ne saurait être une sophistique.

Ces quatre textes fondamentalement complémentaires permettent de comprendre de l’intérieur à la fois les fondements, la teneur, le grain même de l’engagement de Pierre Vidal-Naquet et la matière d’une époque ; on y voit se multiplier les approches et les angles d’attaque : du discours commémoratif à la justification de la constitution d’une série d’archives, en passant par un récit des origines. L’ouvrage est indissolublement un livre d’histoire contemporaine (sur la guerre d’Algérie en particulier mais pas seulement) et une biographie intellectuelle, qui fonctionne, comme l’écrit Pierre Vidal-Naquet, par « détour et croisement ». Et c’est justement ce « bricolage », comme dirait Lévi-Strauss, qui donne au volume, souvent fort malicieux, sa grande cohérence et en fait un véritable discours de la méthode.

Fabrice Piwnica
(mars 2004)

Editions Arléa
http://www.arlea.fr

http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet87a/

http://www.leseditionsdeminuit.fr/titres/1998/torture-republique.htm