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Etre
en amour ou acheter l’amour…
L’idée
n’est pas nouvelle mais fonctionne à merveille auprès
des plus jeunes. Ce livre Cd, par sa fantaisie, sa légèreté
et son rythme attire l’oreille et mobilise d’autres
sens car la particularité de cette collection est de confier
les paroles d’une chanson à un illustrateur afin d’en
faire un album dessiné, sur les conseils avisés de
Philippe Meyer, qui décrit le contexte pour chaque titre.
Toutes les générations sont réunies «
autour d’un univers graphique et de la (re)découverte
du répertoire de la chanson française »,
souligne-t-il.
C’est
parti, assis confortablement, on lance le Cd et l’on tourne
la première page de La complainte du progrès.
Les dessins et collages, naïfs et colorés sont gais
tout autant que la musique d’Alain Goraguer qui les accompagne.
Le sourire au coin des lèvres on savoure aussi, forcément,
les paroles amusantes et les inimitables « r » roulés
de Boris Vian. Nous entrons de plein pied dans un autre univers.
Cette chanson (écrite en 1956) est une chanson d’amour,
malgré son titre, d’une actualité impressionnante
puisqu’il est ici question « qu’autrefois
pour faire sa cour, on parlait d’amour, pour mieux prouver
son ardeur, on offrait son cœur ». Et maintenant,
« maintenant c’est plus pareil, ça change,
ça change » ; le couple d’ailleurs est désormais
dessiné en ombre chinoise. « Pour séduire
le cher ange, on lui glisse à l’oreille : - Ah, Gudule.
Viens m’embrasser et je te donnerai, un frigidai-reu, un joli
scoutai-reu (…) »
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Parce
que maintenant, ce qui compte, ce ne sont plus vraiment
les sentiments mais le confort ; il faut tout avoir pour
être heureux, l’amour ne suffit plus. Boris
Vian dénonce à juste titre cette dérive
du confort individualiste apportant un soi-disant bonheur,
et le matérialisme grandissant s’insinuant
dans tous les espaces de la vie. Visionnaire, il écrit
ce texte à l’époque où les premiers
progrès domestiques apparaissent, ce temps de l’après-guerre.
Aujourd’hui, « le scoutai-reu »,
serait remplacé par la voiture, il évoquerait
le téléphone portable, le numérique,
le dernier meuble Ikéa à acheter le dimanche…
à coup sûr.
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Une bien belle
approche que ce livre Cd pour expliquer à nos petits ce que
devraient être vraiment l’amour et le bonheur ; être
en amour, ou acheter l’amour… A vous de voir si une
«tourniquette à vinaigrette » comble
tout votre être.
Apoline
Saybec
(février 2008)
Apoline
Saybec est historienne de formation. Elle a été
rédactrice en chef d’un mensuel économique puis
généraliste. Journaliste en presse écrite,
elle est passionnée par l’être humain ; elle
aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature
que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce
qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre
ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le
terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer
au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme,
est son moteur.

Boris
Vian est né en 1920, diplômé
de Centrale, il exerce son métier d’ingénieur
dès 1942 mais abandonne sa carrière en 1947 pour se
consacrer à la musique et l’écriture. Il meurt
en 1959, laissant derrière lui un œuvre considérable
dont L’Ecume des jours, et L’Arrache-cœur,
deux de ses romans les plus connus. Il a aussi écrit des
opéras, des poèmes, des nouvelles, du théâtre…
Original et provocateur, il nous laisse cette chanson pleine de
sens encore aujourd’hui.
Lynda
Corraza, illustratrice, a publié plusieurs albums
jeunesse aux Editions du Rouergue dont Chaussettes en 1996,
Tonton ton thé… et a publié une bande dessinée,
Je veux un bébé (Delcourt, 2006) et un documentaire,
Le bébé (Milan, 2007).
www.lerouergue.com
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