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Bouffer des kilomètres...
Journaliste au « Petit journal », vaguement poète
et sportif éclairé, Edouard de Perrodil se lance en
1893 sur les routes pour rejoindre Madrid depuis Paris en bicyclette.
Forte personnalité que celle de ce Perrodil, ancêtre
de toute une lignée d'écrivains-cyclistes (parmi lesquels
Jarry, Cioran, Fallet, Nucéra ou Paul Fournel). A l'époque,
le vélocipédiste se situe, pour le commun, quelque
part entre l'homme-canon et le ventriloque, bête de cirque,
inventeur compulsif ou illuminé. Pourtant, la machine a déjà
bien évolué depuis le grand bi de papa : le «Gladiator»
sur lequel Perrodil voyagera ne pèse pas plus de douze kilos,
connaît la transmission par chaîne et les pneumatiques.
Puis le périple n'est envisagé ni comme une expédition
en dilettante ni comme une flânerie touristique : Perrodil
et son comparse Henri Farman veulent nettement établir un
« record » dûment validé par les autorités
compétentes. Ils prétendent rejoindre Madrid en une
semaine.

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Au
prix de journées de dix-sept heures de route, de nombreux
kilomètres sous la lune ou dans la chaleur écrasante
des déserts ibériques, sans compter les orages,
les routes défoncées et les nuits sans sommeil,
ils y parviendront en effet. Ils auront été
secourus dans presque chaque ville par une foule de vélocipédistes
informés par voie de presse de leur passage, et qui
forment alors en Europe une micro-société ramifiée
et solidaire, à la pointe des progrès technologiques.
L'intérêt du récit tient surtout au charme
suranné du positivisme claironnant de l'auteur, mélangé
à l'exotisme futile des pionniers de la « performance
» sportive. |
Ainsi, le régime
alimentaire de nos cyclistes laisse pantois : Perrodil se plaît
à nous narrer les exploits culinaires de son équipée,
capable d'engloutir des festins rabelaisiens abondamment arrosés
de vins du cru ou de champagne avant de repartir à l'assaut
des cols pyrénéens. De quoi rendre vingt fois malades
les maigrelets champions de ce siècle, pour qui l'art de
vivre a dégénéré en toxicomanie de la
victoire et du fric. Par contraste, la vivacité joyeuse de
cet ouvrage fleure bon le grand air, vierge de gaz d'échappement,
l'âge d'or déraisonnable d'une petite invention merveilleuse
qui contribue à désencrasser nos villes et nos poumons.
Jean-Baptiste
Monat
(juillet 2006)
Jean-Baptiste
Monat poursuit
des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement
dans le domaine poétique français (il a travaillé,
entre autres, sur Armand Robin) et
déambule volontiers aux confins des genres littéraires,
vers certaines de leurs marges (la chanson notamment).

Le
Pas d'oiseau
176 chemin de Lestang
31100 Toulouse
chez
le même éditeur
Cyclistes aux Pyrénées, 1907 et 1911
- Le Pas d'oiseau, mai 2006
http://www.encyclique.com/index.html
lire
aussi
L'Italie à
Vélocipède
traduit de l'anglais par Matthieu Mas
Ed.Desjonquères/La fosse aux ours, 2005
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