Vendredi
24 mars
Soirée BLUES (voir
rubrique Musique)
Luther "Guitar Junior" Johnson
Lucky Peterson
A l'affiche
de la traditionnelle nuit du blues à Vaulx Jazz, c'est Luther
Johnson junior qui ouvrait le bal par un bon set de Chicago
blues moderne ; ce chanteur/guitariste influencé par
Magic Sam se fit remarquer au sein du Muddy Waters blues band
au début des années 70, avant de voler de ses
propres ailes en enregistrant en leader une série d'albums
de haut niveau, devenant ainsi une figure incontournable du
blues contemporain. Sa prestation scénique fut, ce soir
là, à l'image de son univers musical, un blues
du ghetto, dynamique, énergique, teinté de Soul
music, de rythmes funky voire de country . Epaulé par
un groupe de musiciens au diapason (mention spéciale
au bassiste pour son jeu de scène et son look on ne peut
plus bluesy), il n'aura pas eu de mal à conquérir
une salle pleine à craquer, et se tailla même un
franc succès avec sa sulfureuse reprise de " Mannish
boy" (Willie Dixon). Pour son deuxième passage à
Vaulx jazz , ce guitariste au touché fluide et délié
n'aura pas déçu son monde, et son prochain passage dans
notre région est attendu avec impatience.
Changement
de décor pour la deuxième partie de soirée
avec un chef de fil de la nouvelle génération
le chanteur / guitariste / organiste, Lucky Peterson.
Ce musicien surdoué qui grava son premier disque à
l'âge de 5 ans (!) a été propulsé
sur le devant de la scène au début des années
90 en signant pour le label Verve. De son sens du spectacle,
de sa voix puissante, de la qualité de ses musiciens,
de sa maîtrise tant à l'orgue qu'à la guitare,
il n'y a rien à redire, et Lucky Peterson fit impression
ce 24 mars à Vaux jazz. Mais là où le bât
blesse, c'est son manque de subtilité dans l'interprétation
de certains morceaux gâchés de plus par la longueur
de ses solos de guitares, techniques et démonstratifs.
A trop se regarder jouer, Lucky Peterson perd en feeling et
en authenticité. Cela ne l'empêcha pas de faire
frissonner l'assistance, lorsqu' il débuta son set seul
à la guitare électrique, se transformant pour
l'occasion en convaincant chanteur de delta blues. Avis donc
partagé pour ce bluesman pétri de qualité
qui devra arriver à canaliser son énergie pour
devenir un grand du blues.
Malgré
ces réserves, félicitons les organisateurs de
ce festival de jazz, qui ont depuis des années le courage
de programmer une soirée exclusivement consacré
au blues, permettant ainsi aux habitants de l'agglomération
de découvrir au fil des ans des musiciens noirs américains
de talent , entre autre Little Milton, Smokey Smothers, Willie
Kent, Smokey Wilson , Luther Allison , Magic
Slim...
Régis


Luther Johnson
http://centerstage.net/chicago/music/whoswho/LutherJohnson.html
Lucky Peterson
http://www.alligator.com/artists/25/bio.html
MARDI
21 MARS 2000
En première partie ERIC TERUEL TRIO
Eric
TERUEL : Piano
Patrick MARADAN : Contrebasse
Cédric PERROT : Batterie
Le trio ERIC TERUEL a de nouveau confirmé sa réputation
de future grande formation de la scène internationale
du jazz. Cette formation, même si elle est menée
de main de maître par son talentueux pianiste, dégage
dès les premières notes du concert une très
forte impression d'homogénéité, voire de complicité,
entre ses trois protagonistes qui sont heureux de faire partager
au public leur bonheur de jouer ensemble ...
…et cela dure depuis maintenant depuis quatre années
au cours desquelles ils ont glané de nombreuses récompenses
et prix comme la révélation de " Suivez le Jazz",
représentation de la France au festival international
de Vienne, prix au concours de Vanves.
Cette expérience commune leur a permis de faire évoluer
de façon très positive leur jeu caractérisé
par un style parfaitement original au cours duquel ils distillent
de nombreuses références musicales de " grands
maîtres " tels que Bill Evans ou Keith Jarrett. Ce trio
a trouvé un "son", c'est l'évidence même, cependant
on a l'impression qu'il " en a encore sous le pied ! " pour
progresser et nous étonner dans un avenir très
prometteur.
En ce concert du 21 mars, le trio joua sept morceaux que l'on
pourra retrouver dans leur deuxième album : Traboules
pursuit . Leur schéma est généralement
d' un style classique parfaitement maîtrisé : intro très
dépouillée au piano aux sonorités romantiques
ou orientales, puis un thème développé
crescendo avec de longs échanges de chorus entre le piano
et la contrebasse, puis reprise du thème en largo, le
tout subtilement porté par une batterie très versatile.
Eric TERUEL a su magnifiquement tirer parti de toute l'expression
du Bosendorfer mis à sa disposition. Il ne chercha jamais
à déployer une virtuosité risquant de perdre l'auditeur
dans les méandres d'une écrasante démonstration.
Il fit preuve d'une étonnante maîtrise à
développer des chorus sans cesse renouvelés.
Patrick MARADAN, en parfait rythmicien, su alterner avec beaucoup
de réussite, les arpèges, le walking, les glissandos
et même les effets transcendants de l'archet.
Cedric PERROT, usa quant à lui de tout le registre de
sa batterie typiquement jazz avec une puissance contenue, qu'il
développa dans un excellent solo final qui laissa le
public pantois.
Le concert se clôtura par un rappel au cours duquel on crut
reconnaître les phrases veloutées et les fameux silences
de Bill Evans ; que dire de
plus ?
En deuxième partie COSMIK CONNECTION
et LAURENT DE WILDE
Philippe
GARCIA : Batterie, samples
GaëlHORELLOU : Saxophone alto, programmations, samples.
Jérémie PICARD : Chant, programmation, samples
DJ NOKMAN : Platines
Laurent DE WILDE : Clavier Fender rhodes,samples
Voilà une formation qui n'a pas choisi son nom au hasard,
car de voyage dans le cosmos il fut réellement question
en cette soirée, et il ne fallait surtout pas oublier
d'attacher sa ceinture ! On dit qu'un homme averti en vaut (ou
vaulx ?!) deux …et bien pour une fois beaucoup " d'avertis "
furent surpris, comme scotchés dans leur fauteuil dès
les premières mesures de ce concert donné par
ce groupe emmené, embarqué, ou plutôt martelé
par le rythme de la batterie samplée d'un génial
Philippe Garcia. Ce groupe joue dans un répertoire sans
frontière entre le rap, le jazzy, la fusion, une basse
vituelle, un jeu de platines vinyles et des rythmes de souche
vaudou. Un seul regret, le clavier de L. de Wilde fut quelque
peu étouffé par les décibels, car il fallait vraiment
prêter l'oreille (si cela fut possible) pour pouvoir distinguer
le jeu si caractéristique de celui qui a accompagné
tant de figures de proue du jazz international.
François
Gayet
la
chronique de leur dernier CD, Electrojazz4tet

Jeudi
23 mars
En
première partie
TRIO HUMAIR / PIFARELI/ COUTURIER
Daniel HUMAIR : Batterie
Dominique PIFARELY : Violon
François COUTURIER : Piano
Le
trio Humair-Pifareli-Couturier se démarque sans complaisance
de la plupart des trios de jazz actuels. Et comme pour mieux
nous le démontrer, il interpréta, - et ici ce
mot prend tout son sens-, six thèmes du grand Théolonius
Monk connus comme " Epistrophy " ou même méconnus
qu'ils nous proposèrent de " visiter " à leur
façon dans un registre moderne et très original.
Le fait d'avoir choisi ce répertoire plutôt que
des compositions personnelles n'est pas le fruit du hasard ou
de la facilité, bien au contraire...
… car ainsi le public non habitué, voire non initié,
s'il fut surpris au premier abord par le style très "free"
de cette formation, put ainsi se raccrocher à des phrases
très round-midnigtiennes pour accéder au langage
musical de cette formation qui prend plaisir à malaxer,
à pètrir ou à désarticuler les thèmes.
Daniel Humair nous gratifia de son excellent jeu de cymbales
(qu'il prenait parfois plaisir à amplifier par l'approche
savamment dosée d'un micro), et de tomes, qui laissent
entendre les notes du thème avec une déconcertante
clarté.
François Couturier, même s'il ne sembla pas le
plus routinier du groupe, nous démontra que pour un pianiste
de sa trempe, issu du classique, la lecture d'une partition
n'entrave pas forcément la libre envolée des notes
improvisées. Cette improvisation fut d'ailleurs toujours
très aérienne, vaporeuse, comme pour contrebalancer
la prestation de son partenaire violoniste.
Dominique Pifarély, compagnon de route de François
Couturier, Martial Solal ou de Marc Ducret (pour n'en citer
que quelques uns), est maintenant résolument tourné
vers une musique moderne contemporaine. Il impressionne par
sa technique sans faille et par sa rigueur rythmique dans tous
les tempos qu'ils soient proches des 40 ou des 200 pulsations
/ minutes ! La soirée se termina par un magnifique rappel
aux allures de requiem.
En
deuxième partie
JEAN LUC PONTY QUINTET
Jean-luc PONTY : Violon
Jean-Pierre COMO : Piano
Moustapha CISSE : Percussions
Guy N'SANGUE : Basse
Thierry ARPINO : Batterie
Jean-Luc Ponty tient là quatre jeunes musiciens de grand
talent (ce qui fait cinq avec lui !)… et nombreux sont ceux
qui ont pu constater qu'il n'occupa pas exagérément
son incontestable rang de leader en cette soirée de tendance
" world music ". Il sut d'ailleurs très bien présenter
ses partenaires et leur permit de développer de long
chorus tout au long de la soirée.
Dix morceaux pour nous faire voyager dans le monde d'une musique
jazz rock furent interprétés de façon très
fluide et sans détours. S'appuyant sur des rythmes ternaires,
le quintet passa en revue quelques thèmes des années
80, des balades au violon utilisé à la manière
d'une mandoline, des airs africains ou sud-américain,
sans oublier un violon électronique synthétisé.
Fini la vélocité par suites de triples ou quadruples
croches, fini la musique avant-gardiste, Jean Luc Ponty s'est
résolument tourné vers une musique plus universelle
et transcendantale africano-jazz rock. Le résultat est
à la mesure de son talent, car il rassemble ainsi sans
aucune nécessité commerciale le plus large éventail
de mélomanes qui soit.
Jean Pierre Como bondissant, virevoltant entre ses deux kurzweill
et son mini-moog avec une absence totale d'esbroufe, déploya
tout son talent dans des chorus sans cesse renouvelés.
Nombreux sont ses admirateurs qui aimeraient l'écouter
en solo au clavier d'un piano de concert…il pourrait sans aucun
doute en remontrer à bien des adeptes de l'instrument
de la scène jazzistique, tant son inspiration paraît
inépuisable.
Avant le concert, on pouvait entendre, dans le hall d'accueil
ou dans la salle, certains jeunes musiciens qui attendaient
de voir les prestations du bassiste, que certains n'hésitaient
à qualifier de légende ! Ils ne s'étaient
pas trompés, Guy N'Sangué est capable d'utiliser
sa basse électrique dans tous les registres et même
plus encore puisqu'il n'hésite pas à enchaîner
des suites d'accords ou de solo habituellement réservées
aux guitares six cordes. Et le tout dans une attitude étonnamment
décontractée, avec une joie de vivre tellement
communicative !
On pouvait craindre que les deux derniers protagonistes Moustapha
Cissé et Thierry Arpino, respectivement aux percussions
et batterie, puissent se télescoper ou superposer leurs
jeux. En fait ils jouèrent de façon très complémentaire,
la batterie appuyant principalement les noires et les percus
les blanches. Ils firent tous deux un remarquable solo là
encore très différents, avec des rythmes brisés
pour T.Arpino et de longs roulements de congas pour M. Cissé.
Francois
Gayet
