du 20 au 25 mars 2000


Centre Culturel Charlie Chaplin
Place de la Nation
69120 Vaulx en Velin
  
 
Artiste Date
Clan S, Double BDF, Azeo, Mad Nomad Lundi 20 mars à 20h
Eric Teruel Trio Mardi 21 mars à 20h30
Cosmik Connection avec Laurent de Wilde Mardi 21 mars à 22h15
En hommage à Lester Bowie
Art Ensemble of Africa / Art Ensemble of Chicago
Chorale de Soweto / Musiciens africains
Mercredi 22 mars à 20h30
Trio Humair / Pifarely / Couturier Jeudi 23 mars à 20h30
Jean-Luc Ponty Quintet Jeudi 23 mars à 22h15

Soirée BLUES (voir rubrique Musique)
Luther "Guitar Junior" Johnson
Lucky Peterson

Vendredi 24 mars
Bill Carrothers Samedi 25 mars à 20h30
Trio Romano / Sclavis / Texier Samedi 25 mars à 22h15
 
 

 

 

 

 


Vendredi 24 mars
Soirée BLUES
(voir rubrique Musique)
Luther "Guitar Junior" Johnson
Lucky Peterson


A l'affiche de la traditionnelle nuit du blues à Vaulx Jazz, c'est Luther Johnson junior qui ouvrait le bal par un bon set de Chicago blues moderne ; ce chanteur/guitariste influencé par Magic Sam se fit remarquer au sein du Muddy Waters blues band au début des années 70, avant de voler de ses propres ailes en enregistrant en leader une série d'albums de haut niveau, devenant ainsi une figure incontournable du blues contemporain. Sa prestation scénique fut, ce soir là, à l'image de son univers musical, un blues du ghetto, dynamique, énergique, teinté de Soul music, de rythmes funky voire de country . Epaulé par un groupe de musiciens au diapason (mention spéciale au bassiste pour son jeu de scène et son look on ne peut plus bluesy), il n'aura pas eu de mal à conquérir une salle pleine à craquer, et se tailla même un franc succès avec sa sulfureuse reprise de " Mannish boy" (Willie Dixon). Pour son deuxième passage à Vaulx jazz , ce guitariste au touché fluide et délié n'aura pas déçu son monde, et son prochain passage dans notre région est attendu avec impatience.

Changement de décor pour la deuxième partie de soirée avec un chef de fil de la nouvelle génération le chanteur / guitariste / organiste, Lucky Peterson.
Ce musicien surdoué qui grava son premier disque à l'âge de 5 ans (!) a été propulsé sur le devant de la scène au début des années 90 en signant pour le label Verve. De son sens du spectacle, de sa voix puissante, de la qualité de ses musiciens, de sa maîtrise tant à l'orgue qu'à la guitare, il n'y a rien à redire, et Lucky Peterson fit impression ce 24 mars à Vaux jazz. Mais là où le bât blesse, c'est son manque de subtilité dans l'interprétation de certains morceaux gâchés de plus par la longueur de ses solos de guitares, techniques et démonstratifs. A trop se regarder jouer, Lucky Peterson perd en feeling et en authenticité. Cela ne l'empêcha pas de faire frissonner l'assistance, lorsqu' il débuta son set seul à la guitare électrique, se transformant pour l'occasion en convaincant chanteur de delta blues. Avis donc partagé pour ce bluesman pétri de qualité qui devra arriver à canaliser son énergie pour devenir un grand du blues.

Malgré ces réserves, félicitons les organisateurs de ce festival de jazz, qui ont depuis des années le courage de programmer une soirée exclusivement consacré au blues, permettant ainsi aux habitants de l'agglomération de découvrir au fil des ans des musiciens noirs américains de talent , entre autre Little Milton, Smokey Smothers, Willie Kent, Smokey Wilson , Luther Allison , Magic Slim...

Régis





Luther Johnson
http://centerstage.net/chicago/music/whoswho/LutherJohnson.html

Lucky Peterson
http://www.alligator.com/artists/25/bio.html

 

 

 


MARDI 21 MARS 2000
En première partie ERIC TERUEL TRIO

Eric TERUEL : Piano
Patrick MARADAN : Contrebasse
Cédric PERROT : Batterie

Le trio ERIC TERUEL a de nouveau confirmé sa réputation de future grande formation de la scène internationale du jazz. Cette formation, même si elle est menée de main de maître par son talentueux pianiste, dégage dès les premières notes du concert une très forte impression d'homogénéité, voire de complicité, entre ses trois protagonistes qui sont heureux de faire partager au public leur bonheur de jouer ensemble ...
…et cela dure depuis maintenant depuis quatre années au cours desquelles ils ont glané de nombreuses récompenses et prix comme la révélation de " Suivez le Jazz", représentation de la France au festival international de Vienne, prix au concours de Vanves.
Cette expérience commune leur a permis de faire évoluer de façon très positive leur jeu caractérisé par un style parfaitement original au cours duquel ils distillent de nombreuses références musicales de " grands maîtres " tels que Bill Evans ou Keith Jarrett. Ce trio a trouvé un "son", c'est l'évidence même, cependant on a l'impression qu'il " en a encore sous le pied ! " pour progresser et nous étonner dans un avenir très prometteur.
En ce concert du 21 mars, le trio joua sept morceaux que l'on pourra retrouver dans leur deuxième album : Traboules pursuit . Leur schéma est généralement d' un style classique parfaitement maîtrisé : intro très dépouillée au piano aux sonorités romantiques ou orientales, puis un thème développé crescendo avec de longs échanges de chorus entre le piano et la contrebasse, puis reprise du thème en largo, le tout subtilement porté par une batterie très versatile.
Eric TERUEL a su magnifiquement tirer parti de toute l'expression du Bosendorfer mis à sa disposition. Il ne chercha jamais à déployer une virtuosité risquant de perdre l'auditeur dans les méandres d'une écrasante démonstration. Il fit preuve d'une étonnante maîtrise à développer des chorus sans cesse renouvelés.
Patrick MARADAN, en parfait rythmicien, su alterner avec beaucoup de réussite, les arpèges, le walking, les glissandos et même les effets transcendants de l'archet.
Cedric PERROT, usa quant à lui de tout le registre de sa batterie typiquement jazz avec une puissance contenue, qu'il développa dans un excellent solo final qui laissa le public pantois.
Le concert se clôtura par un rappel au cours duquel on crut reconnaître les phrases veloutées et les fameux silences de Bill Evans ; que dire de plus ?



En deuxième partie COSMIK CONNECTION et LAURENT DE WILDE

Philippe GARCIA : Batterie, samples
GaëlHORELLOU : Saxophone alto, programmations, samples.
Jérémie PICARD : Chant, programmation, samples
DJ NOKMAN : Platines
Laurent DE WILDE : Clavier Fender rhodes,samples

Voilà une formation qui n'a pas choisi son nom au hasard, car de voyage dans le cosmos il fut réellement question en cette soirée, et il ne fallait surtout pas oublier d'attacher sa ceinture ! On dit qu'un homme averti en vaut (ou vaulx ?!) deux …et bien pour une fois beaucoup " d'avertis " furent surpris, comme scotchés dans leur fauteuil dès les premières mesures de ce concert donné par ce groupe emmené, embarqué, ou plutôt martelé par le rythme de la batterie samplée d'un génial Philippe Garcia. Ce groupe joue dans un répertoire sans frontière entre le rap, le jazzy, la fusion, une basse vituelle, un jeu de platines vinyles et des rythmes de souche vaudou. Un seul regret, le clavier de L. de Wilde fut quelque peu étouffé par les décibels, car il fallait vraiment prêter l'oreille (si cela fut possible) pour pouvoir distinguer le jeu si caractéristique de celui qui a accompagné tant de figures de proue du jazz international.

François Gayet

la chronique de leur dernier CD, Electrojazz4tet

 

 

 


Jeudi 23 mars

En première partie
TRIO HUMAIR / PIFARELI/ COUTURIER

Daniel HUMAIR : Batterie
Dominique PIFARELY : Violon
François COUTURIER : Piano

Le trio Humair-Pifareli-Couturier se démarque sans complaisance de la plupart des trios de jazz actuels. Et comme pour mieux nous le démontrer, il interpréta, - et ici ce mot prend tout son sens-, six thèmes du grand Théolonius Monk connus comme " Epistrophy " ou même méconnus qu'ils nous proposèrent de " visiter " à leur façon dans un registre moderne et très original.
Le fait d'avoir choisi ce répertoire plutôt que des compositions personnelles n'est pas le fruit du hasard ou de la facilité, bien au contraire...
… car ainsi le public non habitué, voire non initié, s'il fut surpris au premier abord par le style très "free" de cette formation, put ainsi se raccrocher à des phrases très round-midnigtiennes pour accéder au langage musical de cette formation qui prend plaisir à malaxer, à pètrir ou à désarticuler les thèmes.
Daniel Humair nous gratifia de son excellent jeu de cymbales (qu'il prenait parfois plaisir à amplifier par l'approche savamment dosée d'un micro), et de tomes, qui laissent entendre les notes du thème avec une déconcertante clarté.
François Couturier, même s'il ne sembla pas le plus routinier du groupe, nous démontra que pour un pianiste de sa trempe, issu du classique, la lecture d'une partition n'entrave pas forcément la libre envolée des notes improvisées. Cette improvisation fut d'ailleurs toujours très aérienne, vaporeuse, comme pour contrebalancer la prestation de son partenaire violoniste.
Dominique Pifarély, compagnon de route de François Couturier, Martial Solal ou de Marc Ducret (pour n'en citer que quelques uns), est maintenant résolument tourné vers une musique moderne contemporaine. Il impressionne par sa technique sans faille et par sa rigueur rythmique dans tous les tempos qu'ils soient proches des 40 ou des 200 pulsations / minutes ! La soirée se termina par un magnifique rappel aux allures de requiem.

En deuxième partie
JEAN LUC PONTY QUINTET

Jean-luc PONTY : Violon
Jean-Pierre COMO : Piano
Moustapha CISSE : Percussions
Guy N'SANGUE : Basse
Thierry ARPINO : Batterie

Jean-Luc Ponty tient là quatre jeunes musiciens de grand talent (ce qui fait cinq avec lui !)… et nombreux sont ceux qui ont pu constater qu'il n'occupa pas exagérément son incontestable rang de leader en cette soirée de tendance " world music ". Il sut d'ailleurs très bien présenter ses partenaires et leur permit de développer de long chorus tout au long de la soirée.
Dix morceaux pour nous faire voyager dans le monde d'une musique jazz rock furent interprétés de façon très fluide et sans détours. S'appuyant sur des rythmes ternaires, le quintet passa en revue quelques thèmes des années 80, des balades au violon utilisé à la manière d'une mandoline, des airs africains ou sud-américain, sans oublier un violon électronique synthétisé.
Fini la vélocité par suites de triples ou quadruples croches, fini la musique avant-gardiste, Jean Luc Ponty s'est résolument tourné vers une musique plus universelle et transcendantale africano-jazz rock. Le résultat est à la mesure de son talent, car il rassemble ainsi sans aucune nécessité commerciale le plus large éventail de mélomanes qui soit.
Jean Pierre Como bondissant, virevoltant entre ses deux kurzweill et son mini-moog avec une absence totale d'esbroufe, déploya tout son talent dans des chorus sans cesse renouvelés. Nombreux sont ses admirateurs qui aimeraient l'écouter en solo au clavier d'un piano de concert…il pourrait sans aucun doute en remontrer à bien des adeptes de l'instrument de la scène jazzistique, tant son inspiration paraît inépuisable.
Avant le concert, on pouvait entendre, dans le hall d'accueil ou dans la salle, certains jeunes musiciens qui attendaient de voir les prestations du bassiste, que certains n'hésitaient à qualifier de légende ! Ils ne s'étaient pas trompés, Guy N'Sangué est capable d'utiliser sa basse électrique dans tous les registres et même plus encore puisqu'il n'hésite pas à enchaîner des suites d'accords ou de solo habituellement réservées aux guitares six cordes. Et le tout dans une attitude étonnamment décontractée, avec une joie de vivre tellement communicative !
On pouvait craindre que les deux derniers protagonistes Moustapha Cissé et Thierry Arpino, respectivement aux percussions et batterie, puissent se télescoper ou superposer leurs jeux. En fait ils jouèrent de façon très complémentaire, la batterie appuyant principalement les noires et les percus les blanches. Ils firent tous deux un remarquable solo là encore très différents, avec des rythmes brisés pour T.Arpino et de longs roulements de congas pour M. Cissé.

Francois Gayet