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Bernard Vargaftig, poète
Tout le monde
n’a pas la chance d’avoir un père poète.
Valérie Vargaftig fait partie de ces happy few.
Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique
fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : Dans
les jardins de mon père.
L’histoire
de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille
d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode,
la fuite, puis acculés à la clandestinité autour
de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les
lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et
lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout
la poésie qui fait le lien.
Les poèmes
de Bernard Vargaftig sont tous autobiographiques. Le vers «
L’aveu même d’être là» pourrait
résumer l’existence du poète, cette parole du
survivant – il a échappé, à un jour près,
au massacre d’Oradour-sur-Glane – donne son nom au livre
qui accompagne le DVD dans un joli coffret. Pas question pour autant
de se complaire dans le souvenir, car « ceux qui n’ont
pas oublié vraiment ne pouvaient plus vivre ».
« Ce que je n’ai pas oublié, c’est
devant moi, c’est pas derrière. (…) Mon enfance,
si on pouvait la toucher, elle est devant moi, je vais vers l’enfance,
elle est pas au passé, c’est quelque chose de très
profond en moi » confie le poète à sa fille.
Et ça
marche. Cette poésie réputée hermétique,
difficile, prend sens, s’incarne, se vit. Le film, né
de la connivence du poète, de sa fille et de la réalisatrice
Valérie Minetto, réussit ce petit miracle. La voix
de Bernard Vargaftig, sa scansion de ses poèmes qui ponctuent
le film, sont saisissantes. Les images de nature, moins illustratives
que sensibles, interprétations aussi posées et immuables
que le poète, convient à un apprentissage de la lenteur
du temps poétique. Cette découverte d’un grand
poète et d’une œuvre poétique se mue en
invitation à la lecture. Le livre L’aveu
même d’être là apparaît
comme une nécessité après avoir vu le film.
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Et
puis il y a ce passage éblouissant où le poète
explique à sa fille comment il crée un poème,
à l’oreille plus qu’à l’image
(« je ne vois rien, j’entends »),
travaille les mots comme une matière à sculpter.
Démonstration en acte, il déploie vers par vers,
mot par mot un poème en cours d’écriture.
Il est extrêmement rare d’entrer ainsi dans l’intimité
de la création. Le film, fait avec la participation
complice du poète, s’approche de ce mystère,
la poésie, qui s’incarne en l’homme, «
cherche à construire quelque chose de vivant »,
et à exprimer comment il peut «vivre aujourd’hui
».
Un
travail essentiel, nécessaire, car « tant
que les hommes auront une gorge, une langue et parleront,
on n’en aura pas fini de la poésie, elle fait
partie de l’humanité. »
Myriam
Gallot
(avril 2008)
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Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

Un colloque
sera consacré à Bernard Vargaftig au centre culturel
de Cerisy du 2 au 9 juillet 2008 : http://www.ccic-cerisy.asso.fr/bernardvargaftig08.html
http://www.audiable.com
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