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La voix de
Lily, une jeune fille fantasque, un peu lunaire, résonne
tout au long des cinq premiers chapitres de ce roman ; en quête
d'un sens à donner à son existence un peu banale ("j'aimerais
savoir pourquoi les idées qui vivent dans ma tête sont
plus gratifiantes que ce qui se passe vraiment"), sa voix
parfois blasée mais encore fraîchement naïve révèle
une lassitude existentielle surprenante qui ne semble être
qu'une façade, cachant mal la curiosité insatiable
qu'elle éprouve face à ses semblables. Un week-end
rural avec son ami Edward, des cassis ramenés de la campagne,
un trajet dans le métro, un après-midi de baby-sitting
avec Oliver, 3 ans, le fils de la voisine, une soirée branchée
avec son colocataire Josh... Pour Lily, tout est prétexte
à s'interroger sur la vie et sa finalité, en particulier
sur sa vie londonienne ; car l'expérience urbaine semble
être la plus dérangeante qui soit, vide de sens : la
ville, désertée le vendredi soir, lui apparaît
comme un organisme vivant, parcouru d'artères malades, où
chaque individu est supposé se fondre dans la grouillante
multitude. Ce malaise urbain est perceptible en filigrane, lorsque
sont évoqués la pollution, les embouteillages et les
métros bondés, ou encore des soirées où
Lily ne s'amuse guère. Ainsi,
en contrepoint, l'auteure nous offre l'expérience rurale
de Marie la solitaire, une amie de Lily, venue se ressourcer dans
une ancienne demeure familiale ; elle réalise que c'est là,
loin de la ville, qu'elle sent la vie couler dans ses veines...
Quand un matin,
dans une station de métro, un garçon lui glisse dans
la main un morceau de papier où sont inscrits son prénom
et son numéro de téléphone, Lily imagine qu'elle
pourrait appeler ce garçon et ainsi pimenter sa vie... Peu
à peu la voix de Lily laisse la place à celle de son
camarade Edward, qui s'interroge lui aussi sur le sort de l'existence
et l'amour, puis aux pensées de Shirley, une jeune femme
pragmatique qui elle, se refuse à rechercher sans cesse le
sens des choses ; enfin, c'est au tour de Collin, un garçon
étrange, qui a mis au point un drôle de stratagème
pour trouver une épouse anglaise, afin de pouvoir rester
dans ce pays qu'il aime. La conclusion est offerte par Josh, le
colocataire attentionné de Lily, qui porte sur la naïveté
et l'intensité de la jeune fille un regard chargé
d'affection.
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Twelve
est un premier roman existentialiste, qui s'interroge sur
la place des êtres dans le monde à travers des
quêtes individuelles, et sur les rituels imposés
par la société : un style pudique surprenant,
des libertés syntaxiques qui rappellent le classique
"stream of consciousness", des questions courageuses
mais sans réponse artificielle, et le sentiment d'une
finitude qui donne un peu le vertige, comme lorsque Lily s'interroge
sur la subjectivité du temps, invention humaine toute
relative. Les idées se succèdent, incarnées
par différents personnages, et l'on appréciera
de plonger à l'intérieur d'autres consciences
(certains chapitres peuvent même se lire comme des nouvelles),
capables de nous émouvoir tout autant que de nous amuser,
où de faire appel à notre intelligence de lecteur.
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Twelve
: douze chapitres, à l'image des douze doigts de la main
que Lily aimerait posséder afin de pouvoir compter par douzaines
(de la même façon que le temps, les heures, les mois,
se divisent par douze)... Derrière ce titre, se dissimule
un besoin permanent de bousculer les repères humains, les
normes pré-établies et subjectives (qui d'autre que
l'homme a inventé les divisions temporelles ?), de voir en
chaque chose un objet de réflexion, et d'exprimer un désir
revigorant de porter sur le monde un regard toujours neuf et mouvant.
Blandine
Longre
(octobre 2002)
Le
deuxième roman de Vanessa Jones :
The Kindest use a knife (Flamingo,
2002)

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http://www.sciences.demon.co.uk/r-jone-v.htm
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