The kindest use a knife
Flamingo (Harper Collins), 2002
à paraître en français

 

Inclassable, sombre, rageur, The Kindest use a knife est dominé par la silhouette fuyante d'un jeune violoncelliste raté, Lee, dont on apprend le décès dès les premières pages... Sa mort soudaine et violente affecte profondément Peter, celui qui livre ses pensées, ses émotions et ses réminiscences, tout en racontant le procès du meurtrier présumé de Lee : longue suite désordonnée de notes nostalgiques jetées sur le papier, au hasard, semble-t-il, du cours des pensées de Peter, le roman est un véritable labyrinthe émotionnel dont on ne s'extirpe que très difficilement. Car Peter mène le jeu et le récit, passionnant, avance à petits pas, par à-coups, en ligne brisée, comme si le journal de Peter reflétait la fêlure psychologique irréparable des personnages, celle de Lee surtout.
L'originalité de la narration va de paire avec la subtilité de l'intrigue car tout en déversant ses sentiments, Peter, témoin exceptionnel, fait le portrait de divers personnages ; l'on apprend ainsi comment James n'a jamais cessé de manipuler Lee, dès son arrivée, à seize ans, dans l'école de musique fondée par Cabresi ; ce dernier avait pris Lee sous son aile, percevant en lui l'étoffe d'un grand musicien, et lui aussi tentait d'en faire sa "chose", un jeune prodige. Peter retrace les années de Lee passées entre Cabresi et James, la façon dont James cherchait à se servir de Lee, et Peter s'interroge :"Existent-ils réellement, ces gens-là ? A l'affût de notre vulnérabilité, s'en servant comme d'un moyen pour s'infiltrer (...), attendant de nous voir chuter. Sont-ils réels ou une simple construction mentale ? Le point de mire de notre paranoïa?" Et pourtant, c'est bien James qui fit découvrir la cocaïne à Lee, qui l'embarquait dans de longues virées nocturnes, qui l'aidait rencontrer des femmes, puis provoquait sournoisement les drames qui laissaient Lee isolé de toutes et de tous...

The Kindest Use a Knife est une enquête intime étouffante qui analyse avec finesse la difficulté à nouer des relations entre êtres humains puis à les rendre durables, les préserver intactes ; Peter examine la tragédie de la solitude, seule réalité palpable de la condition humaine. Le récit se déroule en spirale infernale, emprunte des chemins tortueux pour petit à petit nous amener à comprendre une vérité toujours faussée, car toujours soumise au regard partial de Peter (qui lui, ne se dévoile que tardivement dans le récit) ; le doute s'insinue à petites doses, et comme le narrateur (que l'on croyait fiable), on se demande si James possédait une véritable tactique (cruelle mais efficace), visant à détruire Lee à petit feu, ou bien si tout n'était pas comme pré-ordonné, dicté par une fatalité inhérente à la personnalité de Lee : cette instabilité narrative crée un saisissant effet de vertige et donne à ce roman une rare intensité.

Blandine Longre
(juin 2002)

Le premier roman de Vanessa Jones : Twelve

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