| Mise
en scène de la version française
David Debrinay
Mise en scène de la version roumaine
Chris Nedeea
Création
sonore : Frédéric Dutertre
Lumières : David Debrinay et Eric Rousson
La
Scène Gerland
4 rue Croix-Barret, 69007 Lyon (métro B, Place Jean
Jaurès) |
Scène
Gerland, du 7 au 9 octobre
Cluj-Napoca (Roumanie), du 20 au 26 octobre
Renseignements
et réservations
04 72 41 98 34
Théâtre du Globule
15 rue Victor Hugo
69002 Lyon
04 72 41 98 34 |
Valse
roumaine et hasard français
À Lyon,
l’heure est à la Roumanie ! Les
peintres roumains exposaient à Sainte-Foy-les-Lyon en
septembre, les danseurs roumains se sont mêlés à
la Biennale, les photographes roumains exposent jusqu’au 16
octobre dans de multiples galeries (Transylvania express),
les musiciens roumains sont annoncés au festival des Étudiants
roumains de Lyon du 11 au 15 octobre : ne manqueraient à
l’appel que les gens de théâtre roumains, si
la jeune compagnie du Théâtre du Globule et
celle du Teatrul Imposibil de Cluj-Napoca, en Transylvanie,
n’avaient pas eu la bonne idée de s’associer
autour du texte de Victor Haïm, La
Valse du hasard, pour un projet de bel intérêt
: une série de doubles représentations, en français
puis en roumain (en une même soirée), dans deux mises
en scène indépendantes, avec deux couples d’acteurs
venus des deux extrémités de l’Europe.
L’occasion pour le spectateur français de perfectionner
son roumain... et surtout de se prendre au jeu du théâtre
comparé. Le texte de Victor Haïm se compose du dialogue,
au purgatoire, entre une jeune femme décédée
dans un accident de voiture, et un ange éternel, qui la soumet
à un exercice étrange : raconter sa vie, “sans
fioritures, sans mensonges, et avec clarté”, en
évitant le “piège des clichés”,
sans prononcer de lieux communs. Les règles semblent simples
— elles ne le sont pas, et bientôt paraissent céder
la place au hasard le plus cru, porte ouverte aux fantasmes, aux
crises et aux confessions les plus émues.
Le même
magma infernal, le même chaos sonore nous plonge dans les
mises en scène française, par David Debrinay,
et roumaine, par Chris Nedeea. Chez Debrinay, l’ange
attend la défunte au cœur d’un hexagone nu, où
pend une chaîne, mais la salle tout entière, sans début
ni fin comme l’éternité, est utilisée
pour les vastes effets recherchés ; tandis que chez Nedeea,
l’espace scénique est un carré à cases
lumineuses, qui a ses limites, comme un oasis lumineux dans le désert
du néant. Subtiles nuances ? Les deux spectacles proposent
deux voyages post-mortem bien différents, somme toute.
Chez Debrinay, l’atmosphère relève d’emblée
de la méditation métaphysique, au demeurant assez
sombre, teintée de sadomasochisme et baignée dans
de profonds mystères existentiels. La jeune femme (Selena
Hernandez) est ici plus malheureuse, plus masochiste, et
surtout plus consciente d’elle-même, de sa vie et de
son discours - plus apte, peut-être, à contourner les
impasses de la sincérité et de la morale, pour aller
à l’originalité, au fascinant, selon les volontés
de l’ange. Quant à lui (Fabien Léonforte),
c’est un ange dur, avec toujours une longueur d’avance
et le goût d’en profiter ; il semble plus cruel, plus
froid, plus distant.
Le face à face entre les deux personnages rappelle, chez
Nedeea, le célèbre Huis-clos
de Sartre : proche par moments d’un jeu télévisé,
Valsul Hazardului - soit la version roumaine
- plus coloré, plus concret, laisse plus d’humanité
à la jeune femme (interprétée dans une éclatante
robe bleue par Ramona Dumitrean), plus saine, plus
“normale” malgré son terrible secret, mais aussi
à l’ange (Ionut Caras), polymorphe,
plus sensible, plus léger, et plus impliqué dans le
jeu.
Tâchons de poursuivre, puisque l’on nous invite à
comparer ces deux spectacles de belle qualité (l’un
sans l’autre déjà). Quand Valsul
hazardului évolue plutôt dans la sphère
du ludique, du mélodramatique, voire du comique, selon un
rythme humain de conversation, La Valse du hasard
avance dans le tragique, de manière plus hachée, en
retranchant du texte pour mieux le faire apprécier, et pour
jouer avec le silence, avec la durée effilée, qui
miment l’éternité de la mort. Au risque de grossir
le trait, on songe devant ces deux représentations aux deux
faces du théâtre de l’absurde d’Eugène
Ionesco, à sa veine tragi-comique ; Debrinay nous emmène
vers un autre roumain, Cioran,
et vers un certain Beckett,
noir, tandis que la mise en scène de Nedeea évoque
son contemporain Matei Visniec,
et, d’une autre manière, Beckett encore, cette fois
plus compatissant.
“Abstraction” du théâtre français,
“humanisme” du théâtre roumain ? Gardons-nous
de conclure sur de semblables clichés, après ces deux
brillantes représentations, chacune bien stylée, fantastique
et incarnée, d’un texte qui sacre l’originalité
; et, avant que ce double spectacle ne se rende en Roumanie pour
se produire à Cluj, il faut aussi reconnaître que ceci
n’est qu’un point de vue français, cartésien,
trop cartésien peut-être...
Nicolas
Cavaillès
(octobre 2004)
Nicolas
Cavaillès, spécialiste de l'œuvre
de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature,
poursuit, après des études de lettres et de philosophie,
des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de
la création artistique (critique génétique).

http://www.theatre-globule.com
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