Quand j'étais soldate
L'Ecole des loisirs, septembre 2002
collection Medium
à partir de 14 ans

 

Le roman paraît chez Bloomsbury, sous le titre When I Was A Soldier, en avril 2004.


Quand j'étais soldate est un témoignage autobiographique touchant, qui sonne juste de bout en bout ; Valérie Zanetti y décrit les deux années de service militaire (obligatoire) effectuées entre 1988 et 1990 pour Israël, un pays où elle n'est pas née mais où elle a vécu son adolescence. Elle relate cette expérience terrifiante avec beaucoup d'humour et d'aisance, même si elle doute parfois de la fonction réelle de ces vingt-quatre mois (trente-six pour les garçons) offerts (sous la contrainte) à ce pays hautement militarisé.

L'histoire débute alors que la jeune fille se prépare à passer son baccalauréat, un rituel qui pourrait lui permettre, dans tout autre pays, d'entrer dans l'âge adulte, mais en Israël, ce n'est qu'après son service que l'on est véritablement considéré comme mature. "C'est pour le pays, c'est bien, il faut donner au pays... C'est une expérience, l'école de la vie", lui déclarent les employés du magasin où elle travaille chaque après-midi ; et chacun de lui offrir conseils et encouragements : "Prends les choses comme elles viennent. De toute façon, tu ne décides rien. Ils choisissent ton rôle, ta place, tu seras une soldate parmi d'autres, un tout petit maillon de Tsahal (Armée de Défense d'Israël)", lui explique un ami. Mais chaque jeune fille compte aussi sur l'armée pour "trouver, dans cet immense catalogue de garçons âgés de dix-huit à vingt et un ans, celui qu'elle attend et qui tarde à venir" ! Sa mère est à la fois triste et fière (son autre fille est déjà dans l'armée depuis un an) mais personne ne semble vraiment remettre en cause cette obligation militaire. Valérie n'a pas l'impression d'être à sa place, elle se sent encore française, "étrangère" ; elle ne critique pourtant pas ouvertement le système israélien, mais s'interroge sur cette expérience hors du commun, qui ressemble parfois à un "sympathique" lavage de cerveau, à un conditionnement physique et mental qui semblerait totalement aberrant aux adolescents français, mais que les jeunes israéliens semblent accepter, tant les pressions familiales et politiques sont fortes (même si certains ne sont pas dupes et tentent parfois de déserter, comme son camarade Freddy).

Les premières journées dans le camp où Valérie (matricule 3810159...) fait ses classes sont particulièrement bien rendues ; elle a davantage l'impression de se retrouver en colonie de vacances, une colonie épuisante, soit, mais plutôt bon enfant... A travers ses descriptions et son journal, on a le sentiment que les uniformes, les règlements, la discipline et l'obéissance (face à des officiers souvent âgés de quelques mois de plus seulement !) sont les ingrédients d'une grande mascarade nationale, un peu absurde et sans but défini.

Mais lorsqu'elle se retrouve avec un pistolet-mitrailleur Uzi dans les mains, Valérie comprend que la mort n'est jamais bien loin, que la guerre n'est pas un jeu : l'armée la plonge dans une réalité oppressante qu'elle ne contrôle plus, un univers clos dans lequel les brimades sont fréquentes, le travail harassant et les autres soldates parfois trop conditionnées.

Ce roman est un ouvrage intelligent et mesuré (une qualité pour qui veut aborder, même discrètement, la complexité du conflit israélo-palestinien) qui nous fait partager les joies, les chagrins, les peurs et les fiertés (en particulier celle de se sentir l'égale des garçons) d'une jeune fille qui se retrouve là un peu par hasard, mais qui s'en tire pourtant très bien dans sa nouvelle existence : une vie rythmée par les (rares) permissions, son travail dans les services secrets et sa découverte de Jérusalem et de Tel-Aviv. Quand j'étais soldate se lit comme un véritable roman d'apprentissage ; la drôlerie qui s'en dégage, alliée à une tonalité optimiste qui oscille entre faux cynisme et ironie blasée, est un aspect qui aimantera les lectrices (et lecteurs, on l'espère) vers ce récit peu ordinaire.

B.Longre
(juillet 2002)

Valérie Zenatti est née le 1er avril 1970 à Nice. Elle écrit aujourd’hui pour les enfants et enseigne l’hébreu dans un collège. Elle a vécu avec ses parents toute son adolescence en Israël où elle a fait son service militaire. Aujourd’hui, elle est heureuse de vivre à Paris même si la mer est loin…

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http://www.liberation.com/israel/actu/20010405jeum.html