Valbert, tomes 1 et 2
Pierre Gabus & Romuald Reutimann

Paquet, 2005

 

 

Derrière les capes et les épées

Le récit, haut en couleurs, se déroule dans un XVIIIe siècle de fantaisie, dans le royaume de Gavet, où règne un tyran à la trogne particulièrement réussie, incarnant le parfait méchant. L’homme est soutenu – pour combien de temps encore ? - , par une poignée de nobles et de prélats, dont certains songent tout de même à prendre la place, et d’une armée fort zélée mais souvent incompétente.

Dans ce royaume, existe le rocher de Livet, village auquel on accède uniquement par des passerelles dangereuses. Dans le village, une auberge, tenue par Lucienne et son fils Colin, où se réunit une bande d’amis, fêtards, soiffards, hostiles au Magister : Willem, le médecin, Théodore, pamphlétaire intarissable, Charles, l’éternel maladroit, et Gaspard Valbert, gentilhomme éduqué et sans fortune, qui vit dans une caverne au bord d’un lac. Les amis ne laissent jamais passer une occasion d’en découdre avec la maréchaussée, de berner les soldats, de faire circuler des libelles dénonçant les exactions du Magister, de trimballer la nuit un tombereau de purin pour souiller la statue du souverain.

Ce dernier, pour affermir son pouvoir, n’hésite pas à réprimer très férocement toute tentative de révolte et punit par exemple des gamins orphelins en les condamnant à être enfermés 48 heures durant dans des cages suspendues au dessus de l’abîme.
Gaspard a recueilli l’un d’entre eux, Jacquot, qu’il tente de civiliser et d’éduquer. Jacquot est recherché par la troupe et l’on comprend pourquoi dans le deuxième volume.
La mort suspecte de l’archevêque de Bissy, l’une des âmes damnées du souverain, met le feu aux poudres et déclanche une série d’événements dramatiques. Valbert et ses amis entrent en possession de documents compromettant par le Magister qu’ils comptent bien exploiter. Ceci n’empêche pas Valbert de courtiser les jolies femmes du royaume. Après avoir un temps fréquenté Thérèse, la sœur de Willem, qui a préféré épouser le baron de Bellecombe, vient de tomber amoureux d’Eléna, une brune pâtissière, belle femme au tempérament explosif.
A Gavet la révolte enfle, les soldats arrêtent les gens arbitrairement, persécutent les Révêlés, membres d’une secte religieuse. L’émeute éclate enfin, la troupe tire sur les gens et les amis, qui prennent part aux combats, doivent se réfugier dans un village abandonné pour éviter la mort.

Gabus et Reutimann composent un récit d’aventures bien rythmé, une histoire de cape et d’épée, dans la veine de Fanfan la Tulipe, où les combats, la bagarre et l’humour ne manquent pas. Mais le récit va plus loin et dénonce aussi l’arbitraire du pouvoir, l’injustice, la privation de liberté, la censure et l’hypocrisie des hommes d’église. Les personnages principaux, Valbert et ses amis, sont sympathiques, et s’inscrivent dans des idées que défendent les philosophes des Lumières. Jean-Luc Bideau, dans sa postface, souligne d’ailleurs « l’attitude rousseauiste » de Valbert avec Jacquot, qu’il veut adopter.
Soulignons aussi la qualité des dialogues, bien écrits, savoureux, où les personnages s’expriment comme aujourd’hui, et l’efficacité du découpage de Reutimann, au service de la narration.

Catherine Gentile
(décembre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

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