Des vaches dans les prés fleurissent fleurissent
Lydia Devos et Arnaud Madelénat

Points de suspension, 2007




Odes aux vaches

La vache, animal domestique loin d’être poétique, du moins au premier abord… Ce n’est cependant pas le point de vue de Lydia Devos qui, dans ses poèmes, attribue une sagesse certaine à celles que nous considérons le plus souvent comme du bétail, certes utile, mais dépourvu d’esprit.

« Elles n’en disent jamais autant que
Lorsqu’elles se taisent
Si longuement
Si profondément
Se taisent

Comme pour écouter
Ce que nous n’entendons plus. »

Il est vrai, comme le souligne l’auteure, que «Tant d’indifférence étonne » et que leur regard, même quand il se fait doux, n’a guère inspiré, jusqu’ici, le poète ; que leur langage se résume à des « meuh » sans élégance, ou que l’on parle d’elles en des termes peu flatteurs – de la « peau de vache » au « coup en vache », qui dénotent, dans l’inconscient collectif, une méchanceté incompréhensible, peut-être en raison de leur lourdeur ou de leur mollesse, associées à une hypocrisie plus humaine qu’animale (sans parler des « vaches folles », dont l’encéphalopathie effraye le consommateur occidental, ni du célèbre « mort aux vaches »...).

Prenant le contre-pied de cette ribambelle d’a priori, l’auteure et l’illustrateur réparent l’injustice faite aux ruminantes depuis des siècles en posant sur elles un regard neuf et plus tendre qu’à l’accoutumée ; ils abordent ainsi plusieurs aspects de leur existence, le lait qu’elles procurent généreusement (« Elle balance ses pis / Comme une main / Aux cent doigts tendus »), le meuglement qui peut signifier plus qu’on croit, les lieux qu’elles fréquentent, leur simple présence sur « le tapis vert » du pré, qu’elles « rehaussent » de leurs couleurs – qu’elles soient noires, blanches ou rousses, nonchalantes ou agitées quand le troupeau en marche se voit dérangé par un roquet.
Les courts poèmes qui se succèdent sont en parfait accord avec la vision picturale d’Arnaud Madelénat, images en mouvement, presque gracieuses, esquisses, aplats de couleurs qui captent très justement les ombres et l’imposante carrure des animaux et les paysages dans lesquels elles évoluent.
Réhabilitant les bovins, Des vaches dans les prés fleurissent fleurissent se présente comme un album hommage qui plaira à tout âge, que l’on peut offrir pour le plaisir et/ou pour faire réfléchir au bien-être animal et à la relation que l’on entretient aujourd’hui avec un environnement rural dont nous nous éloignons inexorablement ; car ici, tout se déroule dans des endroits souvent oubliés, loin des entrepôts concentrationnaires mécanisés où s’entasse le bétail - l’ouvrage véhiculant ainsi une vision bucolique que d’aucuns considèreront passéiste et offrant des images à présent trop rares mais que certains s’efforcent de conserver, en revenant à d’autres méthodes d’élevage : la vache que l’on traie à la main, libre de brouter dans de vrais prés, ou de se rendre à l’abreuvoir…

B. Longre
(décembre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

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http://www.madelenat.com/

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http://www.pointsdesuspension.com/

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