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Odes aux vaches
La vache, animal
domestique loin d’être poétique, du moins au
premier abord… Ce n’est cependant pas le point de vue
de Lydia Devos qui, dans ses poèmes, attribue une sagesse
certaine à celles que nous considérons le plus souvent
comme du bétail, certes utile, mais dépourvu d’esprit.
«
Elles n’en disent jamais autant que
Lorsqu’elles se taisent
Si longuement
Si profondément
Se taisent
Comme pour
écouter
Ce que nous n’entendons plus. »
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Il
est vrai, comme le souligne l’auteure, que «Tant
d’indifférence étonne » et que
leur regard, même quand il se fait doux, n’a guère
inspiré, jusqu’ici, le poète ; que leur
langage se résume à des « meuh » sans
élégance, ou que l’on parle d’elles
en des termes peu flatteurs – de la « peau de vache
» au « coup en vache », qui dénotent,
dans l’inconscient collectif, une méchanceté
incompréhensible, peut-être en raison de leur lourdeur
ou de leur mollesse, associées à une hypocrisie
plus humaine qu’animale (sans parler des « vaches
folles », dont l’encéphalopathie effraye
le consommateur occidental, ni du célèbre «
mort aux vaches »...). |
Prenant le contre-pied
de cette ribambelle d’a priori, l’auteure et l’illustrateur
réparent l’injustice faite aux ruminantes depuis des
siècles en posant sur elles un regard neuf et plus tendre
qu’à l’accoutumée ; ils abordent ainsi
plusieurs aspects de leur existence, le lait qu’elles procurent
généreusement (« Elle balance ses pis /
Comme une main / Aux cent doigts tendus »), le meuglement
qui peut signifier plus qu’on croit, les lieux qu’elles
fréquentent, leur simple présence sur «
le tapis vert » du pré, qu’elles «
rehaussent » de leurs couleurs – qu’elles
soient noires, blanches ou rousses, nonchalantes ou agitées
quand le troupeau en marche se voit dérangé par un
roquet.
Les courts poèmes qui se succèdent sont en parfait
accord avec la vision picturale d’Arnaud Madelénat,
images en mouvement, presque gracieuses, esquisses, aplats de couleurs
qui captent très justement les ombres et l’imposante
carrure des animaux et les paysages dans lesquels elles évoluent.
Réhabilitant les bovins, Des vaches dans les
prés fleurissent fleurissent se présente
comme un album hommage qui plaira à tout âge, que l’on
peut offrir pour le plaisir et/ou pour faire réfléchir
au bien-être animal et à la relation que l’on
entretient aujourd’hui avec un environnement rural dont nous
nous éloignons inexorablement ; car ici, tout se déroule
dans des endroits souvent oubliés, loin des entrepôts
concentrationnaires mécanisés où s’entasse
le bétail - l’ouvrage véhiculant ainsi une vision
bucolique que d’aucuns considèreront passéiste
et offrant des images à présent trop rares mais que
certains s’efforcent de conserver, en revenant à d’autres
méthodes d’élevage : la vache que l’on
traie à la main, libre de brouter dans de vrais prés,
ou de se rendre à l’abreuvoir…
B.
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et
critique littéraire, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines (francophone,
anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature
pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://lydiadevos.free.fr
http://www.madelenat.com/
lire
aussi
Ôsolémio
de Lydia Devos et Kot Kit Lo - Points de Suspension, 2005
http://www.pointsdesuspension.com/
Littérature
jeunesse
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