Concert
Nomade

mercredi 11 juin 2003 à 20h
Auditorium de Lyon

 

Auditorium de Lyon
149 rue Garibaldi
69003 Lyon
renseignements
04 78 95 95 95

conception et mise en scène Robert Carsen
dramaturgie Ian Burton
scénographie Radu Borozescu
costumes Miruna Borozescu
Une production du Théâtre du Châtelet Swan Lake

 

Conçu et mis en scène par Robert Carsen, canadien d'origine, connu essentiellement pour ses réalisations dans le domaine de l'opéra dans tous les grands festivals, Nomade est d'abord la rencontre de Carsen avec Ute Lemper. Ensemble, ils ont cheminé sur un projet mêlant chansons, expression théâtrale et danse autour du thème du voyage, de l'errance. Déclinant la notion de nomadisme à la fois au sens littéral et figuratif du terme. Nomade n'est pas un tour de chant classique. C'est un spectacle dramatique et chorégraphique en 11 langues et 26 chansons sur le voyage de tous les exclus.
Nomade débute par un ensemble de chansons sur l'errance forcée pour des raisons politiques. Paletot usé sur le dos et valise usagée à la main, Ute Lemper, sous le fracas des bombes, dans un décor de valises éparpillées, entonne a capella une chanson traditionnelle hongroise poignante, symbole de l'exil. Unique décor, les valises voyageront sur la scène durant tout le spectacle, positionnées différemment, à usages multiples, lieux de repos d'un corps et cœur douloureux, s'ouvrant une autre fois sur un brasero tzigane, sur un cercueil d'émigré suggérant une ligne de démarcation, une autre fois piédestal de la Marylin Hollywoodienne, illustration d'un monde de strass et de grande insignifiance.
En français, en allemand, anglais, italien, espagnol, hongrois, russe, hébreu, Ute Lemper nous chante l'errance dans ce qu'elle a malheureusement d'universel, résultante de la guerre où les femmes implorent le retour de leur compagnon (J'attendrai le jour…), des camps d'extermination, des exclus de l'Amérique maccarthyste, des marins perdus du port d'Amsterdam et des bidasses ridicules du au suivant (il y a trente ans, Jacques Brel nous quittait, bel hommage au demeurant rendu par Ute) des filles de joie qu'éclaire une lampe rouge, du cœur dur pourtant si fragile de l'homme à la moto popularisé par Piaf, de la mélancolie et de la violence conjuguée des tangos argentins de Piazzola.
En final, une petite lueur d'espoir dans ce monde si sombre apparaît dans une prière, chanson traditionnelle hébraïque.
Ute Lemper, dans tous ces registres, est réellement étourdissante. L'artiste, au talent à multiples facettes est, nous le savions déjà, une alto-mezzo à la voix si bien placée, si forte et parfois si bien murmurée, à la tessiture du très grave à l'aigu si bien maîtrisée ; mais aussi une comédienne accomplie qui passe du registre grave, poignant même, à la fantaisie avec une facilité déconcertante, une danseuse dont le corps fin et souple se plie avec aisance ; enfin, une femme au charme fou, aidée par une mise en scène et un jeu de lumières qui font corps avec tous les parcours que propose ce spectacle, accompagnée par huit musiciens au talent sobre, dans un registre très varié.
Ute Lemper et Nomade nous ont séduits… sans réserve.
Avis à ceux qui ont raté ce spectacle (de l'année? ) : Ute Lemper tourne en Europe d'octobre 2003 à avril 2004. A bon entendeur…

Philippe Anthonioz
(juin 2003)

http://www.auditoriumlyon.com

http://www.maisondeladanse.com