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Dans un roman
autobiographique, Urs Widmer, écrivain alémanique
contemporain, confie tel un testament à ses lecteurs la vie
de sa mère.
Clara, aux origines piémontaises, vit quelque part en Suisse
allemande près d’un lac. Issue d’un milieu aisé
elle est élevée par un père sans état
d’âme qui sera ruiné à la fin de sa vie.
Clara va, malgré cette ruine, poursuivre son engagement auprès
d’Edwin, chef d’orchestre d’un groupe de musiciens
amateurs, chef qui deviendra grâce à son soutien très
célèbre. Elle éprouve pour cet homme un tel
amour qu’elle lui consacre sa vie. Elle est là, telle
une ombre qui accompagne sans rien demander en retour comme si c’était
naturel. Edwin ne semble ni la voir, ni l’entendre même
si elle tient de temps en temps le rôle de maîtresse…
Son amour nous transporte à travers le roman, amour dont
la force est dans le non-aveu et la non-reconnaissance. Elle donne
sans recevoir, ce qui la conduit naturellement à la folie
et au suicide, premier acte de liberté…
Urs Widmer a dû beaucoup aimer sa mère et souffrir
de la non-communication avec elle. Son admiration et son affection
transparaissent dans tout ce qu’il suppose des actes et des
pensées de Clara . Comment un fils peut-il vivre aussi intensément
les souffrances d’une mère qui semble l’ignorer
? Pour elle, il était « l’enfant », mais
pas son enfant.
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Au-delà
de la vie de Clara l’auteur nous transmet dans un style
mordant, ironique et dynamique les événements
historiques et dramatiques du XXème siècle.
Quelques pages sublimes mettent en parallèle la folie
active de Clara dans son acharnement à travailler la
terre, à planter, à créer et la folie
déferlante et inéluctable des dictatures européennes.
L’auteur n’attache aucune importance à
la notion de temps, d’espace ou de lieu ce qui nous
le rend particulièrement intime. Clara traverse le
siècle en retrait, elle est transparente et pourtant
c’est elle le véritable chef d’orchestre.
Cet hommage à la vie et à l’amour nous
plonge dans un univers où se mêlent nature, poésie,
musique, malgré l’absence presque totale d’espoir.
Jacqueline
Bernard
(juin 2003)
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Gallimard
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