L'homme que ma mère a aimé
traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
Parution en Folio, 2003

 

Dans un roman autobiographique, Urs Widmer, écrivain alémanique contemporain, confie tel un testament à ses lecteurs la vie de sa mère.
Clara, aux origines piémontaises, vit quelque part en Suisse allemande près d’un lac. Issue d’un milieu aisé elle est élevée par un père sans état d’âme qui sera ruiné à la fin de sa vie. Clara va, malgré cette ruine, poursuivre son engagement auprès d’Edwin, chef d’orchestre d’un groupe de musiciens amateurs, chef qui deviendra grâce à son soutien très célèbre. Elle éprouve pour cet homme un tel amour qu’elle lui consacre sa vie. Elle est là, telle une ombre qui accompagne sans rien demander en retour comme si c’était naturel. Edwin ne semble ni la voir, ni l’entendre même si elle tient de temps en temps le rôle de maîtresse… Son amour nous transporte à travers le roman, amour dont la force est dans le non-aveu et la non-reconnaissance. Elle donne sans recevoir, ce qui la conduit naturellement à la folie et au suicide, premier acte de liberté…
Urs Widmer a dû beaucoup aimer sa mère et souffrir de la non-communication avec elle. Son admiration et son affection transparaissent dans tout ce qu’il suppose des actes et des pensées de Clara . Comment un fils peut-il vivre aussi intensément les souffrances d’une mère qui semble l’ignorer ? Pour elle, il était « l’enfant », mais pas son enfant.

Au-delà de la vie de Clara l’auteur nous transmet dans un style mordant, ironique et dynamique les événements historiques et dramatiques du XXème siècle. Quelques pages sublimes mettent en parallèle la folie active de Clara dans son acharnement à travailler la terre, à planter, à créer et la folie déferlante et inéluctable des dictatures européennes.
L’auteur n’attache aucune importance à la notion de temps, d’espace ou de lieu ce qui nous le rend particulièrement intime. Clara traverse le siècle en retrait, elle est transparente et pourtant c’est elle le véritable chef d’orchestre.
Cet hommage à la vie et à l’amour nous plonge dans un univers où se mêlent nature, poésie, musique, malgré l’absence presque totale d’espoir.

Jacqueline Bernard
(juin 2003)

Gallimard
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http://www.svbbpt.ch/Literatur/deutsch/treschT26.htm

http://www.khristophoros.net/tr.html