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Courtes, noires, amères.
Emmanuelle Urien
a fait une rentrée prometteuse en littérature, avec
la publication quasi simultanée de deux recueils de nouvelles
savoureuses – une sensation qui dément quelque peu
le titre du premier de ces ouvrages, Court, noir, sans
sucre : un ensemble de treize récits dont les
chutes souvent brutales doivent beaucoup au suspense habilement
maintenu dans les pages qui précèdent – et qui
s’attachent à relater comment quelques destins tournent
court. Chaque récit met en scène une tragédie
du quotidien, et la nouvelle s’avère être la
forme idéale pour décrypter ces petits riens qui changent
tout et les émotions paradoxalement exacerbées qui
les accompagnent.
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Quand
ils ne meurent pas, les protagonistes supportent tant bien
que mal des existences accablantes ; ainsi, cet homme solitaire
qui reçoit un mystérieux colis qu’il se
refuse pourtant à ouvrir (La place du mort),
ou encore cette infirmière française en mission
dans un hôpital de brousse, qui se voit soudain aspirée
dans un drame qui n’est pas le sien (Les Mouches).
D’autres s’évadent par l’imagination,
comme Pauline, Femme d’intérieur qui
rêve d’un homme à la main « moins
leste », ou comme Tonio, qui joue au chauffeur
de taxi sentimental (Tête de station).
Une pointe
d’acidité rend l’humour noir plus plaisant
encore, et l’on a beau se dire qu’on pourrait
être à la place de certains personnages, on ne
peut s’empêcher de rire du destin qui s’acharne
– quand on voit un père passer à l’acte
et entrer dans une colère vengeresse qu’il retenait
depuis plus de vingt ans (La mer à boire),
ou que la curiosité d’un petit garçon
est justement récompensée (Jardin secret)… |
On retrouve
cette noirceur et la même finesse d’écriture
dans Toute humanité mise à part,
un ensemble d’une douzaine de textes – pour la plupart
récompensés par plusieurs prix.
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On
retiendra plus particulièrement Sévices
Compris (l’histoire d’une épouse
qui, chaque samedi soir, se résigne à prendre
« une bonne volée », et dont la
thématique rappelle l’excellente nouvelle de
Roald Dahl, Lamb to the Slaughter), deux récits
dans lesquels les personnages luttent contre de profonds sentiments
de culpabilité, qui jamais ne s’effacent (Amanda,
Chien méchant) ou encore deux histoires qui se
ressemblent et se concentrent sur deux figures féminines
touchantes, victimes du rejet et de la cruauté collective
(Le premier qui rira et Ici finit le monde).
Mais un brin de compassion et d’humanité prend
parfois le dessus sur le mordant du recueil précédent
; Sentinelles éternelles
relate l’exil de Julien, venu au Cambodge pour déminer
les champs qui entourent un petit village mais aussi pour
y oublier « son tourment » ; là,
au contact des habitants (et surtout des enfants), il retrouve
un semblant de bonheur, ou du moins de quoi supporter le temps
qu’il lui reste à vivre.
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L’écriture,
fluide et élégante, coule et ouvre des brèches
sur des univers d’abord fictifs (parfois à la limite
du fantastique - dans Tentative d’évasion)
qui donnent pourtant l’impression de nous être familiers
; des nouvelles qui explorent finement les petites inhumanités
de l’humain et dans lesquels on plonge avec un plaisir renouvelé
à chaque récit.
Blandine
Longre
(novembre 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.emmanuelle-urien.org
http://www.6sur6.net/minuscule/index.html
Une nouvelle
en ligne
http://www.6sur6.net/minuscule/pdf/Femme_dinterieur.pdf
http://www.i6doc.com/I6Doc/WebObjects
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