mise en scène
Karelle Prugnaud

d’après Enki Bilal et Dan Franck

du 2 au 7 juin 2003 à 20 h 30
Les Subsistances, Lyon
entrée libre

 

" A l’occasion du Forum des Compagnons en janvier dernier aux Subsistances — stage final d’une formation de comédienne de deux ans organisée par Macocco-Lardenois et Cie, la Compagnie Françoise Maimone et Les Trois-Huit — j’ai pu mettre en œuvre l’esquisse d’un projet qui me tenait particulièrement à cœur : Utérasia. A travers l’œuvre de plusieurs auteurs, Verlaine (Les poèmes érotiques), Jean-Michel Rabeux (Les charmilles et les morts), Alina Reyes (Le boucher)…, j’ai voulu dire et montrer la femme abaissée au seul objet de plaisir, femme «markétisée», réduite à sa seule chair animale. Il n’y avait pas là dénonciation, mais plutôt exposition de clichés pour mieux les renvoyer, sur un mode ludique et provocateur, à un inconscient collectif.
Désirant poursuivre cette exploration et ce travail, j’aborde aujourd’hui un texte de Dan Franck, illustré par Enki Bilal : Un siècle d’amour. Dans ce livre douloureux, un homme, « agitateur d’histoires recomposées », découvre dans son reflet du miroir, les femmes qui ont connu la guerre et ses atrocités… "
Karelle Prugnaud

création sonore : Laurent François, lumières : Gabriel Guenot
création photo : Stéphane Bouchoucha
avec : Céline Arnaud, Béatrice Bellangeon,
Marie Delhaye, Stéphane Guillaumon et Jessica Schmidt

Les subsistances
Quai Saint-Vincent, Lyon
04 78 39 10 02

 

La toute jeune Karelle Prugnaud a mis en scène un texte de Dan Franck illustré par Enki Bilal, intitulé Un siècle d’amour. Ce spectacle mêlant rétro-projection, musique, lumières, sons, traite des femmes ayant connu la guerre et ses atrocités.
Pas plus d’une quinzaine de spectateurs ne tiennent dans cette petite pièce blanchie à la chaux, assis sur des sièges de fortune (planches sur moellons), encerclés de grillages en fer. On assiste pendant plus d’une heure aux cris insupportables de cinq comédiennes, égayés par de charmantes diapos projetées sur le mur, représentant des scènes d’animaux dépecés, à l’abattoir.
Le sujet abordé est clair : la femme-objet vue comme un morceau de chair, un animal réduit à sa seule fonction sexuelle. Sujet intéressant, traité de façon "lourde" et malsaine par Karelle Prugnaud, qui s’embourbe dans les clichés, ne laissant absolument rien ressortir de son spectacle. Le mauvais goût flirte avec le morbide : un petit cochon à piles s’avance en poussant de joyeux cris, entre les jambes ouvertes d’une comédienne allongée, devant les 3 autres mimant des soldats, sifflant en chœur « Le pont de la rivière Kwaï ». Ou bien encore, Karelle Prugnaud, avec sa belle robe de princesse, ouvrant le rideau des toilettes où elle se tient (parfois la tête dedans), et où elle nous fait le plaisir de déféquer d’un pistolet, avec lequel elle se suicide…
La souffrance existe, certes, elle est partout et chaque être en fait le douloureux apprentissage. Mais qu’a voulu nous dire Karelle ? Le but du spectacle est-il de choquer, de déranger, afin de provoquer une répulsion violente ?
On ne peut que saluer le courage des comédiennes, très peu vêtues, qui miment le viol avec beaucoup de vérité, et hurlent à la mort leur souffrance, ainsi que celui des spectateurs, qui ne sont pas là pour une partie de plaisir ! Encore une performance hermétique et bien peu attrayante proposée aux Subsistances jusqu’au 7 juin.

Emilie Jullin
(4 juin 2003)

Les subsistances
http://www.les-subsistances.com/