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Aventurier
virtuel
Le titre du
dernier roman de Claire Ubac devrait inciter tous les grands timides
à s’y plonger… Mais peut-être seront-ils
déçus de ne pas y trouver de recettes miraculeuses
ou d’astuces infaillibles leur permettant de vaincre leur
manque d’assurance ou d’éviter de rougir à
tout bout de champ ; au moins, ils passeront d’excellents
moments en compagnie d’Oskar, héros malgré lui
d’une aventure qui oscille entre la réalité
– avec son lot de déconvenues et de vrais bonheurs
– et le virtuel – un monde dans lequel plonge le jeune
homme, après s’être converti à un jeu
en ligne lui promettant de « surmonter la solitude et
découvrir le chemin vers les autres» ; une devise
qui pourrait s’appliquer à tout réseau d’amitiés
virtuelles.
« Devant
l’ordinateur, il est le maître du monde »
et le jeu qu'il découvre, joliment (!) intitulé «Flingues
complexes », et qui ne ressemble à aucun autre, va
lui faire vivre quelques péripéties par procuration,
qui l’aident à oblitérer temporairement ses
défaillances dans le monde réel – même
si l’objectif d’Oskar, sur le long terme, est de pouvoir
mieux s’insérer dans une réalité qu’il
ne contrôle guère (d’où sa timidité
et son attitude de repli). Entre-temps, le jeu l'empêche de
trop penser à Mélissa, qu’il n’ose aborder,
ou au sentiment d’exclusion qu’il éprouve depuis
son arrivée sur Marseille. Car le garçon, parmi les
différents groupes qui évoluent au lycée, «
ne se situe nulle part » ; il est « hors-affiliation
», sur la touche, incapable d’aller vers les autres.
Solitaire et taciturne, il faut dire qu’il n’incite
guère ses nouveaux camarades à l’accent du sud
à s’intéresser à lui.
On apprécie
la façon dont plusieurs sujets sont traités à
contre-courant : la solitude, par exemple, qui n’est pas considérée
comme un mal en soi – au contraire, Oskar, qui l’a découverte
lors d’un voyage dans le désert, la courtise et la
savoure, car elle lui donne un «sentiment de puissance
» - la puissance du marginal, de celui qui refuse de se plier
à l’uniformité ambiante. De même, l’univers
des jeux vidéos, même s’il peut engendrer des
comportements obsessionnels, est susceptible de mener vers les autres
; quand sa mère le prive d’ordinateur, Oskar est plus
ou moins forcé d’aller nouer quelques liens d’amitié
(même s’ils sont temporaires et nécessairement
factices au départ) avec d’autres élèves.
Un prolongement salutaire, qui l’aide à faire son chemin.
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La solution
viendra-t-elle de Flingues Complexes ? Rien n’est
moins sûr ! Et plutôt que de proposer un manuel
de savoir-être, l’auteure décrit un parcours
singulier, souvent attendrissant, parfois très amusant
(grâce à quelques personnages secondaires pittoresques,
dont le fameux Stepan), sans moralisme pesant, ni alarmisme,
jonglant habilement avec divers paradoxes par le biais de
son jeune "héros".
B.
Longre
(mars 2008)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

Claire
Ubac
Jacques
Cartier L’école des loisirs, collection
belles vies, 2006
L'histoire
impossible L'Ecole des loisirs,
2005 et Entretien avec Claire Ubac
L'histoire impossible à peindre
L'Ecole des loisirs, 2004
L'histoire
impossible à sécher
L'Ecole des loisirs, 2004
http://www.ecoledesloisirs.fr
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