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Il était une fois… une belle
satire
Cette fable,
vive et légère en apparence, est un pur régal
: on s’émerveille de l’intelligence du récit
et des contes qui s’y insèrent, de l’exploitation
habile de clichés littéraires et des drôleries
et petites trouvailles langagières qui nous attendent à
chaque coin de page. L’auteure fait preuve d’un sens
de l’humour et d’une finesse d’esprit à
souligner, en opérant un joli détournement narratif
et politique : car l’Urcande est un pays à part, où
les femmes règnent sans partage depuis cinq générations,
depuis qu’elles ont relégué les hommes à
des tâches subalternes…
La princesse Jala, fille adoptive de la reine Enora, a tout juste
17 ans quand elle apprend que son tour est venu de se jouer d’un
bataillon de prétendants et d’ainsi éviter que
la couronne ne tombe dans les mains d’un homme. Le stratagème
concocté par les reines est subtil mais retors et déplaît
à Jala : Les soupirants se succèdent, ayant pour mission
de lui lancer à un défi artistique, (une histoire
qu’elle doit être capable de peindre en quatre semaines)
; tous échouent, sauf un, comme de bien entendu : un berger
qui prétend être de sang royal – ce qui ne l’empêche
pas de sentir la chèvre… Ses contes comportent tous
un élément «insaisissable» (à l’image
de « Ayun l’insaisissable », la première
de ses histoires) et Jala ne parvient pas à capturer leur
essence, en dépit d’un talent cultivé depuis
l’enfance. Peu à peu, son amour naissant pour le berger
(débarrassé de sa barbe et de son odeur, il n’est
pas sans charmes) lui ôte aussi toute envie de remplir son
devoir (malgré le judicieux proverbe : «Souvent
l’homme trahit, bien folle qui s’y fie»…)
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L’allégorie
urcandienne d’un monde dominé par le «deuxième»
sexe (où «la féminité ordonne
et soumet») est une utopie certes tentante mais
illustre aussi ce à quoi peut ressembler un féminisme
implacable. Ce monde inversé est à l’image
des manipulations génériques effectuées
par Claire Ubac, qui exploite les ingrédients traditionnels
du conte en y amalgamant une ironie et une loufoquerie presque
swiftiennes. La satire politique est d’une grande finesse
et il n’est pas certain que le lectorat ciblé
y soit particulièrement sensible, mais l’intrigue
et les décalages narratifs le raviront. En tout cas,
cette belle leçon de parité et de saine démocratie
laisse rêveuse…
B.
Longre
(janvier 2004) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

voir aussi
: L'histoire impossible à sécher (L'Ecole des loisirs,
2004)
http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Ubac&surname=Claire
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