de Alain-René Lesage

mise en scène Gérard Desarthe

Dramaturgie Jean Badin
Assistante à la mise en scène
Eléonore Dubulluit

Théâtre des Célestins, Lyon
04 72 77 4000
du 24 avril au 12 mai 2002


en tournée 2002

15 mars - 14 avril 2002
Maison de la Culture de Bobigny/mc93
24 avril - 12 mai 2002
Théâtre des Célestins - Lyon
23 - 31 mai 2002
Théâtre du Nord - Lille



photo Frédéric Joyeux

avec Jean Badin / Gérard Desarthe / Gilles Gaston-Dreyfus / Eléonore Dubulluit
Audrey Fleurot / Eva Green / Catherine Herold / Jean-Pierre Malo
Jean-Paul Muel / Maryvonne Schiltz / Valentine Varela

Production : Théâtre du Nord, Maison de la Culture de Bobigny - M.C. 93, Maison de la Culture de Loire Atlantique, Les Célestins - Théâtre de Lyon

Sur le devant de la scène des verres phosphorescents jonchent le sol, signes d'une nuit agitée. Au dernier plan, une toile évoque un paysage en trompe l'œil. Le décor est planté, la tonalité de la pièce donnée : vie dissolue, tromperie et duperie en seront les maîtres mots. Vautrée dans un canapé, une femme, bas sur les chevilles, jambes écartées, dort encore. Elle n'est autre que la baronne.
Veuve, coquette, elle est aussi éperdument éprise d'un jeune et beau chevalier qui use et abuse de ses bonnes grâces, et qui, sous différents prétextes, en échange de quelques caresses passionnées, lui soustrait toute sa fortune.
Mais cela n'a guère d'importance pour la baronne puisque cette fortune n'est pas la sienne, mais celle d'un dénommé Monsieur Turcaret. Ce dernier, soi-disant veuf, éperdument épris de la baronne, la couvre de cadeaux en échange de quelques paroles fallacieusement flatteuses.
Et l'on prend en pitié cette pauvre "tête de turc" de Turcaret que l'on pense un instant être le dindon de la farce, une sorte de Bourgeois Gentilhomme que tout le monde raille en cachette. Lorsqu'il entre en scène, il est à la hauteur de nos espérances : outrageusement maquillé, excentriquement coiffé, engoncé dans un costume qui ne lui sied point, égocentrique, maladroit, vulgaire et ridicule.
Mais on apprend très vite que ce grotesque bonhomme n'est autre qu'un requin des affaires, une vraie sangsue ; qu'en fait de veuf, il est marié et verse à sa femme une pension pour qu'elle reste en province ; que ses mauvaises manières et son inculture, il les tient de ses origines d'ancien valet ; qu' il a bâti sa fortune "sur la spoliation et l'usure".
La mise en abyme ne s'arrête pas là. Tout ce jeu de dupes et d'arroseurs arrosés se déroule sous l'œil averti du valet du chevalier : Frontin. Extérieur et lucide, il se jouera de tous en feignant de servir leurs intérêts, et tirera les ficelles. Celui qu'on ne soupçonnait pas se révélera le sacrificateur suprême, bouclant la boucle en mettant un terme au règne de Turcaret : "Voilà le règne de Monsieur Turcaret fini ; le mien va commencer."
La pièce est représentée dans un lieu unique, en costumes d'époque. Gérard Desarthe a choisi dans sa mise en scène de "laisser les classiques à leur place", un peu trop peut-être. On aurait aimé un tant soit plus de témérité et d'extravagance. Le recours quasi-systématique aux adresses au public pour souligner le double sens du discours alourdit la mise en scène.
On passe outre à tous ces aspects conventionnels grâce aux comédiens dont le jeu vif, juste et captivant sert cette comédie acide sur le monde "des hommes et des affaires".

Isabelle Bory
(avril 2002)


"Turcaret de Lesage est un diamant noir de la comédie humaine des mœurs et des affaires taillées sur le modèle de la convention théâtrale moliéresque. Soif d'argent et chasse aux plaisirs nouent les intrigues d'une société dans laquelle avoir c'est être, exister c'est paraître. (...) Les interactions enchevêtrées du désir nous livrent la mécanique de la comédie qui se joue tandis qu'est mis à nu, sur un fond de bilan comptable, le secret de la circulation de l'argent dans le commerce des corps." (Jean Badin)


photo Frédéric Joyeux


http://pharouest.ac-rennes.fr/e560051B/Presentation/AR-Lesage.htm

http://www.ac-reunion.fr/pedagogie/lyvergerp/FRANCAIS/EAF_2001_Syntheses