du 13 au 24 mai 2003
Théâtre de la Croix Rousse, Lyon

à partir de 6 ans
Le Turak

 

Théâtre de la Croix Rousse, Lyon 4ème
renseignements et location : 04 72 07 49 50

avec Laurent Bastide, Michel Laubu, Patrick Murys

Quand l'émotion naît d'un petit rien... ou la faculté d'humaniser l'inanimé.

Après un passionnant détour par le Ka Bong, nous voilà de nouveau en Turakie où, une fois encore, la compagnie Turak fait traverser à son public les territoires de son imaginaire hors-normes, où s'opèrent sans relâche les mêmes glissements entre réel et rêverie, entre poésie et bricolage, humour caustique et drame ténu. En Turakie, là où les plus belles choses sont celles que l'on ne comprend pas et dont on ne trouve la trace sur aucune carte ("géographie verticale" oblige...), il arrive que les habitants soient terrorisés par les loups-raquettes (des mutants, bien entendu) qui mangent aussi les pingouins. Ces derniers ont pour habitude de se réfugier à l'intérieur d'un habitant, profitant du moment où celui-ci reste bouche bée devant un loup-raquette ; et c'est ainsi qu'un pingouin sommeille en chacun de nous... Michel Laubu s'est donc fixé un nouveau pari, l'exploration du "sentiment pingouin", dont ce spectacle est le deuxième volet (un troisième devrait clore cette quête la saison prochaine).

On l'aura compris, cet "ailleurs" un peu loufoque est prétexte à jouer sous nos yeux tout ébaubis de multiples saynètes, des jeux poétiques parfaitement au point. Les deux comédiens-marionnettistes, Laurent Bastide et Patrick Murys, qui accompagnent l'inventeur en chef, prêtent chacune de leurs expressions faciales, de leurs mimiques et chacun de leurs gestes aux personnages mi-humains, mi-objets : un masque soudé au torse de chaque comédien, une chemise, un cintre et une cravate suffisent pour leur donner l'apparence d'étonnantes créatures hybrides, de doubles déformés ; avec Michel Laubu, ils donnent vie à des assemblages d'objets, créant une émotion fragile mais indélébile : "une émotion est une poignée de pingouins qu'on lâche au-dedans de soi", selon les habitants de Turakie...


© Michel Laubu

Ce proverbe est l'une des nombreuses maximes que Michel Laubu affectionne et "expérimente", tout en rejetant l'idée de récit linéaire. Un parti pris qui donne cependant un aspect parfois un peu décousu à cette création, certains "épisodes" ne s'imbriquant pas aussi bien aux autres que dans de précédents spectacles (comme l'inoubliable Deux Pierres). Mais certaines scènes sont assurément charmantes et finement construites : quand un personnage touchant, qui vient d'être "repassé" et partiellement "rangé" dans une boite à chaussures, à son grand désespoir, parvient néanmoins à retrouver la liberté, grâce à... deux plumes ; ou encore, lorsqu'un immense insecte-tente (ou une tente-insecte ?) déambule maladroitement sur la petite scène de bois. D'autres aspects plus sombres font aussi irruption, et des scènes (qui évoquent totalitarisme, répression et torture) affichent indiciblement une violence sourde, souvent muette, qui n'effrayera pourtant pas les plus jeunes spectateurs : peut-être parce qu'eux sont capables d'accepter tacitement ce nouvel univers (du moins avec plus de facilité qu'un spectateur "adulte"), et la déstabilisation qu'il suscite ; un monde qui a toujours le pouvoir de faire rêver et d'interpeller notre imaginaire (les multiples non-dits y sont pour quelque chose), et d'émouvoir petits et grands par sa feinte naïveté.

Blandine Longre
(15 mai 2003)

http://www.croix-rousse.com/

chroniques en ligne
L'Arpenteur hésite
A la frontière de la Turakie
Compagnie Ka Bong Lao / Le Turak
Le poids de la neige et la salamandre
Depuis Hier et Deux Pierres = 2piR

Michel Laubu
http://www.educnet.education.fr/theatre/formation/atel8.htm

Théâtre de la Marionnette, Paris
http://www.theatredelamarionnette.com/