Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon 4ème
renseignements et location : 04
72 07 49 50
avec
Laurent Bastide, Michel Laubu, Patrick Murys
Quand l'émotion
naît d'un petit rien... ou la faculté d'humaniser l'inanimé.
Après
un passionnant détour par le
Ka Bong, nous voilà de nouveau en Turakie où,
une fois encore, la compagnie Turak fait traverser à son
public les territoires de son imaginaire hors-normes, où
s'opèrent sans relâche les mêmes glissements
entre réel et rêverie, entre poésie et bricolage,
humour caustique et drame ténu. En Turakie, là où
les plus belles choses sont celles que l'on ne comprend pas et dont
on ne trouve la trace sur aucune carte ("géographie
verticale" oblige...), il arrive que les habitants soient
terrorisés par les loups-raquettes (des mutants, bien entendu)
qui mangent aussi les pingouins. Ces derniers ont pour habitude
de se réfugier à l'intérieur d'un habitant,
profitant du moment où celui-ci reste bouche bée devant
un loup-raquette ; et c'est ainsi qu'un pingouin sommeille en chacun
de nous... Michel Laubu s'est donc fixé un nouveau pari,
l'exploration du "sentiment pingouin", dont ce
spectacle est le deuxième volet (un troisième devrait
clore cette quête la saison prochaine).
| On
l'aura compris, cet "ailleurs" un peu loufoque est
prétexte à jouer sous nos yeux tout ébaubis
de multiples saynètes, des jeux poétiques parfaitement
au point. Les deux comédiens-marionnettistes, Laurent
Bastide et Patrick Murys, qui accompagnent l'inventeur en
chef, prêtent chacune de leurs expressions faciales,
de leurs mimiques et chacun de leurs gestes aux personnages
mi-humains, mi-objets : un masque soudé au torse de
chaque comédien, une chemise, un cintre et une cravate
suffisent pour leur donner l'apparence d'étonnantes
créatures hybrides, de doubles déformés
; avec Michel Laubu, ils donnent vie à des assemblages
d'objets, créant une émotion fragile mais indélébile
: "une émotion est une poignée de pingouins
qu'on lâche au-dedans de soi", selon les habitants
de Turakie... |

©
Michel Laubu
|
Ce proverbe
est l'une des nombreuses maximes que Michel Laubu affectionne et
"expérimente", tout en rejetant l'idée de
récit linéaire. Un parti pris qui donne cependant
un aspect parfois un peu décousu à cette création,
certains "épisodes" ne s'imbriquant pas aussi bien
aux autres que dans de précédents spectacles (comme
l'inoubliable Deux Pierres).
Mais certaines scènes sont assurément charmantes et
finement construites : quand un personnage touchant, qui vient d'être
"repassé" et partiellement "rangé"
dans une boite à chaussures, à son grand désespoir,
parvient néanmoins à retrouver la liberté,
grâce à... deux plumes ; ou encore, lorsqu'un immense
insecte-tente (ou une tente-insecte ?) déambule maladroitement
sur la petite scène de bois. D'autres aspects plus sombres
font aussi irruption, et des scènes (qui évoquent
totalitarisme, répression et torture) affichent indiciblement
une violence sourde, souvent muette, qui n'effrayera pourtant pas
les plus jeunes spectateurs : peut-être parce qu'eux sont
capables d'accepter tacitement ce nouvel univers (du moins avec
plus de facilité qu'un spectateur "adulte"), et
la déstabilisation qu'il suscite ; un monde qui a toujours
le pouvoir de faire rêver et d'interpeller notre imaginaire
(les multiples non-dits y sont pour quelque chose), et d'émouvoir
petits et grands par sa feinte naïveté.
Blandine
Longre
(15 mai 2003)

http://www.croix-rousse.com/
chroniques en ligne
L'Arpenteur
hésite
A la frontière de la Turakie
Compagnie Ka Bong Lao / Le Turak
Le poids de la neige et la salamandre
Depuis Hier et Deux Pierres = 2piR
Michel
Laubu
http://www.educnet.education.fr/theatre/formation/atel8.htm
Théâtre
de la Marionnette, Paris
http://www.theatredelamarionnette.com/
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