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Le
goût de la russule crue
Publié
auparavant en livre de poche jeunesse (1992), La Tue-Mouche
reparaît dans la collection dirigée par Corinne Albaut
chez Gulf Stream (collection dont les premiers titres ont été
présentés ici en octobre
dernier). « Roman bleu », roman de premier amour donc,
mais bien plus que cela : un très beau récit, associant
amour de la nature (ici, la moyenne montagne), amour d’une
fille sauvage et un peu spéciale, rejetée de tous,
et récit mêlant la découverte du désir
et du plaisir à la nostalgie d’une enfance perdue.
Si le récit est écrit à la première
personne et souvent au présent, le narrateur ne feint pas
d’adopter le langage qui serait celui de ce jeune garçon
ému et affolé par la beauté du monde et de
la fille et par ce qu’il ressent : la langue est riche, belle,
travaillée (Jean-Hugues Malineau est poète ici aussi).
L’accent
est mis sur les sensations : il y a des pages superbes sur les bruits
de l’orage, la qualité de l’air en montagne,
le rythme de la marche, le vertige du bal, la fièvre et l’exaltation,
le chaud et le froid, les textures et les saveurs (« un
plaisir au goût de russule crue »), les odeurs
(« la nigritelle à l’odeur de vanille et
de chocolat »). L’évocation des rapports
amoureux très charnels de ces deux adolescents a le même
degré de précision (ce qui risque de gêner certains
« prescripteurs », scolaires notamment).
Le cadre de
l’histoire est à la fois vaste et resserré :
les chalets, un vallon, toute la montagne et les environs apparaissent
à plusieurs reprises, comme des lieux qu’on parcourt,
qui deviennent familiers. On s’y cache, on y traque, on y
attend, on y court à perdre haleine. Le regard se fixe sur
des détails : l’apparition d’un coq de Bruyère,
les lys, les champignons dont l’un – vénéneux
– a donné son nom au livre et à la fille.
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C’est
aussi un récit plein de suspens et de mystères
: le garçon court des dangers et se met en danger.
Qui est ce vieux inquiétant qui le terrifie ? De quoi
la fille a-t-elle peur ? Qui est-elle? Comment l’approcher,
lui parler ?
La fin, sans pathos, est lourde d’implicite. Le dénouement
et la mort annoncée de ce bel amour se jouent dans
les quatre derniers mots prononcés par la fille, quatre
mots qui clôturent le texte tout en scellant le destin
des personnages. C’est un roman qui associe l’extrême
pudeur et l’extrême hardiesse, qu’on ne
lâche pas et dont on sait qu’on pourrait le relire
dix fois sans en épuiser la beauté.
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
(février 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

la
collection
Les silences d’Honorine, d’Emmanuelle Petit
New York au cœur, de Jacques Delval
La Tue-Mouche, de Jean-Hugues Malineau
Rouge paprika, de Françoise Grard
Chicago blues, de Corinne Albaut
Claire obscure, de Françoise Grard
Ce qui compte dans le premier baiser,
de Thierry Lefèvre
Sorbet soleil, de Claire Mazard
http://www.gulfstream.fr/
http://jhmalineau.free.fr/
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