En concert

 

La marche de la tortue géante Erik Truffaz

En concert au Transbordeur de Lyon jeudi 4 décembre, et en tournée dans toute la France courant décembre et en janvier 2004.

À son public, Erik Truffaz parle peu : quelques mots après le premier morceau, quelques autres avant le rappel, et voilà. Mais ces quelques mots, qui attendent le silence pour planer calmement au-dessus du public, ces quelques mots sont déjà teintés d'un subtil second degré, comme délavés par l'intuition profonde que les mots sont faibles, que la musique seule peut faire entendre ce qu'il y a à faire entendre. Il s'agit alors de décrypter.
Prenons le titre de son dernier opus : The Walk of the Giant Turtle, que l’on traduira ici sans vergogne par La Marche de la Tortue géante. Quel titre, quelle bonhomie, pour un album à la pointe de ce qui se fait en electro-jazz de par le monde ! Décryptons enfin, car ce titre en dit long : il y a la quête (la Marche), l’humilité (la Tortue) et la transcendance (géante !)...
En tournée dans toute l’Europe, revenant de Sofia, de Prague, d’Allemagne..., Erik Truffaz se devait de passer par Lyon : c’est là qu’en décembre 2002, au Ninkasi Kao, au cours de quatre soirées mémorables, son quartet a mis au point les pièces de son dernier masterpiece, c’est de là, de ces quatre sessions de work in progress live, qu’est sorti The Walk of the Giant Turtle ; en ce vendredi 4 décembre 2003, au Transbordeur de Lyon, la Tortue est donc de retour chez elle. Lyon, c’est comme au ski, nous dit Erik Truffaz, ça glisse bien...

Au fil des disques et des concerts, le quartet - Erik Truffaz trompette, Marc Erbetta batterie, Marcello Giuliani basse, Patrick Muller piano Rhodes - se connaît et fonctionne à merveille, au grand bonheur de l’audience, mais il sait aussi se surprendre encore : work in progress sans fin, leur musique avance toujours. Erik Truffaz n’hésite pas à reprendre d’un album à l’autre de mêmes morceaux : pensez s’il va se retenir de réapprofondir et de redécouvrir en concert d’ “anciens” airs (toujours flambant neufs) ; il puise ce soir tant dans The Walk of the Giant Turtle que dans Bending new corners et dans le reste du beau répertoire qu’il a rendu incontournable dans le monde du jazz, depuis plus d’une décennie.


The walk of the Giant Turtle
Blue Note, 2003

Et Erik Truffaz reste à la hauteur de ses œuvres ; on l’a dit, il avance toujours ; trompette baissée, il progresse dans la transcendance des styles qu’il opère entre jazz, electro, drum’n’bass, hip-hop et spoken words, voire même hard rock.

À ses côtés, Marcello Giuliani, solide bassiste au groove efficace et amusé sans être exubérant, impressionnant dans un vaste solo drum’n’bass de slap vigoureux et intense ; Patrick Muller, toujours inspiré dans sa quête de nouveaux sons (passer au piano classique pour en pincer les cordes) et de nouveaux accords lunaires ; Marc Erbetta, plus que jamais énergique au cœur de sa rythmique indus-aquatique, mécanique-trippante, qui mêle batterie et samples immédiats (avec bruits de bouche inédits) — soit un groupe qui construit une terrible atmosphère de nuit chaude dans la jungle urbaine, non sans évoquer, dans ses passages basse-batterie hard, le mythique Magma ou One Shot, sous la pression psychédélique du piano Rhodes métaphysique de Patrick Muller... Voilà l’atmosphère dans laquelle s’insère, avec laquelle fait corps, et que sublime le génial Erik Truffaz.

Improvisations toujours prenantes, superbe son de sa trompette (est-il besoin de nommer ici Miles Davis ?), don de laisser entendre/sous-entendre d’infinies mélodies dans l’esprit transcendé de l’auditeur... et cette humilité qui se plaît à de puissants exercices rythmiques et d’où jaillissent de grands phrasés et d’immenses solos... Erik Truffaz avance sans décliner, toujours en quête, perfectionniste invétéré dont la magnifique trompette, sous couvert d’être baissée et fermée sur elle-même comme la tortue dans sa carapace, est tendue vers un lointain horizon et ouverte sur un nouvel univers.
Qu’il vienne pour la section rythmique et par ferveur electro, ou pour le jazz fluide et surhumain des trompettes et piano, le public, toujours plus nombreux, s’y retrouve, et ne fait pas que s’y retrouver : il entre dans un nouveau son, lorsqu’il entend le chaos nocturne que met en scène avec précision et énergie le quartet, où Erik Truffaz puise dans les profondeurs de son génie la couleur sonore qui fait scintiller, briller, et brûler sa trompette méditative.

Nicolas Cavaillès
(décembre 2003)

Erik Truffaz en tournée dans toute la France

9 décembre 2003, Le Krakatoa, Bordeaux
10 décembre Bikini-Ramonville, Toulouse
11 décembre, Rockstore, Montpellier
12 décembre, Le Moulin, Marseille
13 décembre, Le Vapeur, Dijon
15 décembre, New Morning, Paris
16 décembre, L’Abordage, Evreux
18 décembre, Le Vauban, Brest
19 décembre, Chabada, Angers
20 janvier 2004, Scène Nationale de Poitiers
21 janvier, Centre Culturel John Lennon, Poitiers
22 janvier, La Cité, Rennes
23 janvier, Olympic, Nantes
24 janvier, Centre culturel, Rosporden

A noter, une intéressante première partie au Transbordeur : Hadja Kouyate et Ali Boulo Santo duo, du Sénégal.

Les albums d’Erik Truffaz sont chez Blue Note.

 

www.eriktruffaz.com

http://www.bluenote.tm.fr