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L’une
des principales caractéristiques de l’œuvre de
Raymond Queneau est la double
dimension qu’elle revêt : l’apparente facilité
d’une écriture cursive procurant au lecteur un plaisir
immédiat, et, dans un autre ordre de jouissance, le côté
expérimental, qui laisse une infinité de possibilités
de recherche à l’exégète. Marcel Bourdette-Donon,
auteur d’une thèse importante sur Queneau (Raymond
Queneau, une stratégie de communication, 1991), a aussi
participé à cette exégèse avec un ouvrage
publié en 2001 chez l’Harmattan (Raymond Queneau
: l’œil, l’oreille et la raison), et poursuit
ici ses investigations sur ce jongleur de mots (« trouvère
») aux multiples voix (voies) de communication narrative et
poétique (« polygraphe »).
En douze chapitres
qui sont autant d’essais sur les questions énonciatives,
éventuels malentendus ou difficultés de déchiffrage
que suscite l’œuvre (surtout romanesque) de Queneau,
Marcel Bourdette-Donon propose une réflexion d’ordre
linguistique et sémiologique sur une œuvre qui n’a
pas fini, et n’aura sans doute jamais fini de démasquer
ses richesses. Réflexion méthodique et approfondie
sur les jeux de confusion entre réel et imaginaire, de transgression
et de « brouillage du sens », d’oralité
et de « réduction de la distance entre le dit et
l’écrit », sur l’humour et le clownesque,
l’obscénité et la crudité du discours,
l’impossible communication et l’absurde, et aussi sur
certaines thématiques en rapport avec la relation à
l’autre : les moyens de communication « problématiques
» comme la correspondance, le téléphone, le
journal, la télévision, la radio… ; les gestes
et autres formes non verbales du langage (regard, rire, vêtements,
odeurs, insignes et marques diverses…). Bref, l’étude
porte sur tout le « travail de sape » de la communication
littéraire effectué par un auteur qui laisse la part
belle au lecteur dans l’élaboration même de l’œuvre,
pratiquant «une manipulation hardie qui fait du livre
un instrument dont l’utilisation varie en fonction de chaque
lecteur, tout en lui laissant le soin de faire vivre le texte».
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Le
trouvère polygraphe, travail de spécialiste,
est un petit livre d’envergure, s’adressant à
tous ceux qui s’intéressent aux distorsions de
l’écriture et à un auteur que, dans le
grand public, on commence à ne plus prendre pour un
simple fantaisiste. L’ouvrage est complété
par un index fort utile, et par une bibliographie ponctuelle,
qui aurait mérité d’être quelque
peu actualisée. Retenons, pour finir, l’essentiel
du propos : « Si l’œuvre de Raymond Queneau
diffère, et détonne, dans l’univers de
la littérature, c’est parce qu’elle s’efforce
d’en démonter les règles, et […]
finit par miner le mode de représentation traditionnel
».
Jean-Pierre
longre
(janvier
2004) |
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.editions-harmattan.fr/
http://queneau.free.fr
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