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Conte
philosophique très enlevé
Angélique
a douze ans. Elle n’aime pas son prénom et se fait
appeler Angie ; elle n’aime pas beaucoup le pays où
elle vit, Trouilleland, dont les habitants souffrent de maux divers
et chroniques : trouille du cancer, trouille de la guerre et des
attentats, trouille de la vieillesse et de la décrépitude
physique, trouille du crash aérien ou boursier ou du réchauffement
de la planète. Les parents d’Angie n’échappent
pas à ce mal endémique, auquel il faut ajouter la
trouille du licenciement économique, donc, par voie de conséquence,
de la déchéance sociale.
C’est alors qu’une nuit d’insomnie, Angie entend
la voix de Hyacinthe, son arrière-grand-père, capitaine
au long cours qui a franchi le cap Horn en 1920, dont la photo sépia
trône dans la cuisine familiale.
Le Hyacinthe conseille puis ordonne à Angie de quitter son
cocon et de partir en quête de la potion antitrouille. D’abord
très réticente, Angie doit embarquer sur le Téméraire
en compagnie d’Yvon et de deux autres marins. Mais c’est
seule qu’elle devra aborder quelques territoires étranges
et y affronter des créatures inconnues : les Croquevillées
tout d’abord, qui se protègent de l’étranger
dans des carapaces ; puis des êtres marins qui n’ont
pas de nom et que Angie définit comme des « méduse-kangourous
» ou des « sauterelle-nénuphars »,
et qu’elle finit par appeler affectueusement sa « bande
de nozes » ; et enfin les plus inquiétants sans doute,
les macaques masqués. Au cours de ce périple qui pourrait
s’apparenter aux voyages de Gulliver ou de Candide, Angie
affronte bien des dangers, y compris sa propre peur qu’elle
doit apprendre à canaliser. Elle comprend peu à peu
que les êtres qu’elle rencontre ont peur aussi, peur
d’elle qu’ils qualifient « d’élément
étranger », peur de l’inconnu, du lendemain,
de la vérité. Angie mûrit, évolue, et
il lui faut songer enfin à regagner ses pénates. Mais
ceci est une autre histoire … à paraître en mai
2006.
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Claudine
Desmarteau, dont on connaît la plume acérée
et le goût pour les mots qu’elle manie avec dextérité,
nous livre ici un texte de très belle facture. Il ne
s’agit pas d’un livre fantastique ou de fantasy
comme il en existe tant. C’est plutôt un conte
philosophique très enlevé, une réflexion
passionnante sur le monde occidental tel qu’il est aujourd’hui,
où les humains ne peuvent guère s’y épanouir
et souffrent de stress permanent ! Claudine Desmarteau fait
preuve d’une belle imagination quand elle crée
les êtres qu’Angie rencontre, notamment les horribles
macaques porteurs de masques qui n’existent que dans
l’apparence, les titres ronflants et le trompe-l’œil.
Enfin,
Claudine Desmarteau a une écriture très intéressante,
qui sonne juste. C’est la voix d’Angie que l’on
entend, Angie qui ne mâche pas ses mots et dont la langue
est truffée d’argot, de jeux de mots et de toutes
sortes d’inventions verbales très jubilatoires.
Cette écriture presque orale a un pouvoir d’entraînement
très fort sur le lecteur. Claudine Desmarteau a du
talent et elle possède la faculté d’aborder
des sujets graves, importants avec une apparente légèreté
des lettres.
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Catherine
Gentile
(décembre 2005)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

http://www.editionsdupanama.com/
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