de Jean Genet
mise en scène Antonio Latella

Spectacle en italien, surtitré en français
Stretta sorveglianza (Haute surveillance) - I negri (Les nègres)- Querelle
Traduction Franco Quadri

du 5 au 8 novembre 2002
au TNP, Villeurbanne

 


Antonio Latella met en scène trois pièces de Jean Genet, à raison d'une par soir : I negri (Les Nègres), Stretta sorveglianza (Haute surveillance) et Querelle.
Haute surveillance, pièce en un acte, a été éditée pour la première fois en 1947 (La Nef n°28) et a été créée sur scène le 26 février 1949, au Théâtre des Mathurins à Paris, mise en scène par Jean Marchat et Jean Genet. Alors que l'auteur la qualifiait de " brouillon ", il se replonge dedans peu avant sa mort, en 1985, afin d'en donner une version nouvelle et définitive.
Cette courte pièce narre les relations torturées entre trois détenus : Yeux-verts, Maurice et Lefranc, respectivement un chef assassin, fort en gueule mais illétré, un cambrioleur qui veut prendre la place du chef et un jeune homme efféminé semant le trouble. Ils se querellent pour la femme du chef, mais aussi pour les faveurs ambiguës de celui-ci… nous sommes chez Genet !
Haute surveillance contient toute la thématique du mal propre à Genet (l'enfermement, la révolte, l'amour, le crime), annonciatrice des pièces à venir. Huis-clos par excellence, l'acte unique de cette pièce suit la joute verbale de trois prisonniers (dont l'un, Yeux-verts, est condamné à mourir sous peu) et la montée tragique des rapports de force (sous l'œil du surveillant) jusqu'au meurtre de l'un des détenus, point paroxystique de cette relation ambivalente d'attirance/répulsion. Le meurtre est ici l'ultime moyen d'expression : tuer pour se sentir vivre, mais c'est un échec.
Alors que Laurent Fréchuret avait choisi une dalle blanche aveuglée de lumière pour décor de cellule dans sa mise en scène en 98 au Théâtre de Vénissieux, Antonio Latella, lui, sature le plateau, noir et sombre, de lumière rouge, tendant entre le public et les comédiens des filins d'acier horizontaux figurant les barreaux de la geôle. Une multitude d'ampoules pendent le long de leur fil, illuminant certains moments phares de la pièce.
On ne peut qu'être ébahi par le courage des comédiens de se dévoiler à ce point, et aussi crûment (voir les longues scènes de masturbation bestiale, ainsi que les relations intimes presque pas simulées…). Certes, l'homosexualité masculine est très présente chez Genet, mais la montrer de cette manière confine à l'obscénité : pourquoi les auteurs jouent-ils nus (mais oui, complètement ! ) ? La relation sexuelle entre les deux détenus a-t-elle besoin de s'étendre à ce point ? Cette mise en scène volontairement dérangeante n'est pas sans rappeler celle des Brigands de Schiller, mis en scène par Nathalie Veuillet (2000), et qui avait choqué le public des Célestins. En outre, la synchronisation du surtitrage français et du texte italien est médiocre, ce qui limite beaucoup la compréhension du spectateur, d'autant plus que les costumes (et pour cause !) ne nous sont d'aucune aide pour différencier chaque personnage.
La mise en scène déroutante, ajoutée à la langue étrangère, nous éloigne, hélas, de la beauté initiale du texte.

Emilie Jullin
(novembre 2002)



TNP, Villeurbanne
04 78 03 30 00

Dans le cadre du 11e festival de l'Union des Théâtres d'Europe

Antonio Latella est Napolitain, comédien sous la direction de Vittorio Gassman, de Luca Ronconi, de Massimo Castri… et il a trente ans. En 1998, le Teatro Out Off, une « scène alternative » de Milan, lui offre l’occasion de passer à la mise en scène avec Agatha de Marguerite Duras et d’entreprendre, avec Othello, une plongée dans Shakespeare, qu’il poursuit au Teatro Argot de Rome avec Macbeth et au Fontana Teatro de Milan avec Roméo et Juliette et Hamlet.
Depuis un an, grâce au Nuovo Teatro Nuovo de Naples et au Teatro Garibaldi de Palerme, Antonio Latella s’est immergé plus profondément encore dans l’œuvre de Jean Genet, transmettant la charge idéologique des Nègres par la fièvre contagieuse émanant du jeu des protagonistes, poursuivant sa tentative de briser les moules du théâtre occidental, à la recherche d’une pureté primitive.
Pour l’ensemble de ses travaux sur William Shakespeare et sur Jean Genet, Antonio Latella a reçu le Prix Coppola Prati et le Prix UBU 2001, une distinction particulièrement exigeante et très convoitée. Avec la Trilogia Genet à Villeurbanne, il jouera pour la première fois sur une scène française.
(M. Bataillon)

Avec Matteo Caccia, Marco Cacciola, Fausto Caroli, Antonella Caron, Michelangelo Dalisi, Anna Di Maggio, Carlo Fico, Marco Foschi, Sabrina Jorio, Marco Martini, Fatima Martins, Massimiliano Paggetti, Peppe Papa, Fabio Pasquini, Annibale Pavone, Giovanni Prisco, Howard Ray, Rosario Tedesco, Stefania Troise, Emilio Vacca.

 

Union des Théâtres de l'Europe
http://www.ute-net.org

http://www.tnp-villeurbanne.com

http://www.ifrance.com/JeanGenet/

http://www.colline.fr/site/para2.htm

http://www.rivistaprometheus.it/rivista/ii32/genet1.htm