|
Avec
Caroline Cellier, Chick Ortega, Cécile Vassort, Jean O'Cotrell,
Wladimir Beltran, Cyliance Guy, Mathieu Crépeau, Stéphane
Dausse ...
Le
propre du théâtre, c'est de permettre le renouvellement
et l'enrichissement de l'oeuvre par la mise en scène, tout
en garantissant la fidélité à l'essentiel.
Et même si de la pièce de Tennessee Williams on garde
en mémoire la version filmée par Elia Kazan, avec
Vivien Leigh et Marlon Brando, on ne peut qu'être sensible
à l'atmosphère émanant du spectacle conçu
par Philippe Adrien et du jeu des comédiens, Caroline Cellier
en tête.
Atmosphère qui, se dégradant progressivement, nous
plonge peu à peu dans le gouffre de la folie de Blanche DuBois.
Le jeu nerveux et tourmenté de Caroline Cellier manifeste
avec exactitude l'écart creusé entre élégance
du corps et tourments de l'âme, entre lucidité amusée
et passions inassouvies, entre romanesque frivole et contact avec
le réel sordide. Le raffinement illusoire et sarcastique
de Blanche se heurte à la vulgarité animale et si
humaine de Stanley Kowalski, le beau-frère animé de
désir et de haine ; le mépris et la fascination mutuels
viendront à bout des efforts bienveillants de Stella, qui
contrairement à sa soeur est passée sans heurts apparents
du monde exaltant et ouvert de la plantation familiale de "Belle
Rêve" à l'enfermemnt moite et brutal de la pauvreté
urbaine, dans un quartier dérisoirement nommé " Champs-Elysées
" ; et Harold Mitchell, dans sa pureté naÏve de colosse au
grand coeur, sera lui aussi victime du malheur apporté par
celle en qui il voyait déjà une fiancée.
Les comédiens servent particulièrement bien un texte
dans lequel tout sonne juste, même le malaise, entre rires
et larmes, entre amour et haine. Car le caractère implacable
de la fatalitè n'exclut pas le comique social et psychologique.
Le décor et la structure scénique, au-delà
du réalisme d'un intérieur populaire de la Nouvelle-Orléans,
sont habilement complétés par le recours à
la technique et au symbole esthétique : le phare du tramway
qui vient périodiquement nous éblouir dans le fracas
du désir ; les gros plans filmés rythmant les séquences
théâtrales dans les replis d'un rideau translucide,
fragile barrière ou miroir mobile entre scène et salle,
entre personnages et spectateurs ; la musique de Blues dont l'intensité
souligne celle des sentiments, et les bruitages, tel le bourdonnement
d'une mouche au vol obsédant.
Vulnérable et vaincue par le destin, Blanche DuBois reste
pourtant une figure inoubliable, celle qu'incarne Caroline Cellier,
en vraie tragédienne.
JP
L. / F L-A.

La
ménagerie de verre : chronique
(novembre 2000)
Page très complète sur l'auteur
http://www.olemiss.edu/depts/english/ms-writers/dir/williams_tennessee/
Analyse
des pièces (en anglais)
http://www.etsu.edu/haleyd/DissHome.html
http://www.theatrearp.com/un%20tramway
%20nomm%E9%20d%E9sir.html
|