Du 5 au 23 février 2000

au Théâtre des Célestins, Lyon.

une pièce de Tennessee Williams
mise en scène
Philippe Adrien et Laura Koffler
adaptation
Jean-Marie Besset


Avec Caroline Cellier, Chick Ortega, Cécile Vassort, Jean O'Cotrell, Wladimir Beltran, Cyliance Guy, Mathieu Crépeau, Stéphane Dausse ...

Le propre du théâtre, c'est de permettre le renouvellement et l'enrichissement de l'oeuvre par la mise en scène, tout en garantissant la fidélité à l'essentiel. Et même si de la pièce de Tennessee Williams on garde en mémoire la version filmée par Elia Kazan, avec Vivien Leigh et Marlon Brando, on ne peut qu'être sensible à l'atmosphère émanant du spectacle conçu par Philippe Adrien et du jeu des comédiens, Caroline Cellier en tête.
Atmosphère qui, se dégradant progressivement, nous plonge peu à peu dans le gouffre de la folie de Blanche DuBois. Le jeu nerveux et tourmenté de Caroline Cellier manifeste avec exactitude l'écart creusé entre élégance du corps et tourments de l'âme, entre lucidité amusée et passions inassouvies, entre romanesque frivole et contact avec le réel sordide. Le raffinement illusoire et sarcastique de Blanche se heurte à la vulgarité animale et si humaine de Stanley Kowalski, le beau-frère animé de désir et de haine ; le mépris et la fascination mutuels viendront à bout des efforts bienveillants de Stella, qui contrairement à sa soeur est passée sans heurts apparents du monde exaltant et ouvert de la plantation familiale de "Belle Rêve" à l'enfermemnt moite et brutal de la pauvreté urbaine, dans un quartier dérisoirement nommé " Champs-Elysées " ; et Harold Mitchell, dans sa pureté naÏve de colosse au grand coeur, sera lui aussi victime du malheur apporté par celle en qui il voyait déjà une fiancée.
Les comédiens servent particulièrement bien un texte dans lequel tout sonne juste, même le malaise, entre rires et larmes, entre amour et haine. Car le caractère implacable de la fatalitè n'exclut pas le comique social et psychologique. Le décor et la structure scénique, au-delà du réalisme d'un intérieur populaire de la Nouvelle-Orléans, sont habilement complétés par le recours à la technique et au symbole esthétique : le phare du tramway qui vient périodiquement nous éblouir dans le fracas du désir ; les gros plans filmés rythmant les séquences théâtrales dans les replis d'un rideau translucide, fragile barrière ou miroir mobile entre scène et salle, entre personnages et spectateurs ; la musique de Blues dont l'intensité souligne celle des sentiments, et les bruitages, tel le bourdonnement d'une mouche au vol obsédant.
Vulnérable et vaincue par le destin, Blanche DuBois reste pourtant une figure inoubliable, celle qu'incarne Caroline Cellier, en vraie tragédienne.

JP L. / F L-A.

La ménagerie de verre : chronique (novembre 2000)

Page très complète sur l'auteur
http://www.olemiss.edu/depts/english/ms-writers/dir/williams_tennessee/

Analyse des pièces (en anglais)
http://www.etsu.edu/haleyd/DissHome.html

http://www.theatrearp.com/un%20tramway
%20nomm%E9%20d%E9sir.html