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Ce recueil de
nouvelles imbriquées les unes aux autres est un formidable
témoignage de la vie dans une réserve indienne, située
dans l'état de Washington, à l'extrême Nord-Ouest
du pays. Des personnages s'y croisent, y évoluent de l'enfance
à l'âge adulte, tous marqués par leur destinée
indienne, empreinte de morosité rageuse. De chroniques humoristiques
en récits pathétiques, la condition humaine des Indiens
d'Amérique se révèle peu à peu, entre
alcoolisme ravageur, chômage, désoeuvrement, basketball
et un attachement compulsif à des valeurs ancestrales, seul
moyen de survie pour des hommes et des femmes tributaires des "blancs"
- le comportement de ces derniers oscillant entre paternalisme libéral
et racisme. Et c'est par une formule très simple que l'auteur
résume la lutte désespérée de ses compatriotes,
dans la nouvelle Imagining the reservation : "survie
= colère + imagination. l'imagination est la seule arme dans
la réserve."
Une imagination qui, à travers le talent de Sherman Alexie,
permet à Thomas Builds-the-Fire, conteur et visionnaire pariah,
d'échapper au quotidien : des histoires fortement symboliques
ou cocasses censées aider les Indiens qui veulent bien l'écouter
à renouer avec leurs racines et une tradition orale parfois
délaissée. D'autres figures messianiques jalonnent
le recueil, comme le petit James, recueilli par Victor à
la mort de ses parents, et qui énonce, à l'âge
de sept ans alors que la parole jaillit de lui pour la première
fois : "La terre est notre grand-mère et la technologie
est devenue notre mère et toutes deux se haïssent".
D'autres, comme Jimmy Sixteen-and-one-half-horses transcendent leur
désespoir par l'humour noir.
L'ensemble est une ode à son peuple en perdition, par un
écrivain Indien (le terme qu'il revendique, refusant d'adopter
celui de "Native-American" inventé par des blancs
libéraux), un auteur prolifique de trente-quatre ans, aujourd'hui
reconnu comme l'un des porte-paroles d'un peuple isolé dans
une Amérique étrangère ; et la grande poésie
qui se dégage de la prose de cet Indien, qui a survécu
grâce à l'écriture et à la littérature,
alors que tant d'autres meurent toujours d'éthylisme, vaut
à elle seule que l'on s'y attache.
B.Longre
(juin 1999)

l'auteur
http://www.fallsapart.com/
http://members.aol.com/ptrleblanc/alexie.html
Le počte
http://www.english.uiuc.edu/maps/poets/af/alexie/alexie.htm
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