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REFLETS DU JAPON
Depuis quelques
années, le Japon est à la mode : magasins, restaurants, clubs d'arts
martiaux, films et mangas poussent leurs racines dans le paysage
urbain et culturel français. Mais cet engouement « tendance » cache
en réalité la forêt d'un pays en crise, où l'économie bat de l'aile,
où les ministres remettent leurs démissions en série, où les mouvements
contestataires se font de plus en plus agressifs. Buildings rutilants
et sourires policés se fissurent, laissant peu à peu apparaître
le mal-être d'une société sclérosée. Coïncidence : le 4 avril, le
CNP propose simultanément deux
films japonais, qu'il est possible d'appréhender comme deux
films-symptômes du soleil noir qui se lève sur l'île…
Le cinéma
schizoïde et gore de Shinya Tsukamoto.
On rit jaune
et on voit rouge, en revanche, lors de la projection de Tokyo Fist
de Shinya Tsukamoto. Les « happy few » reconnaîtront là l'une des
figures emblématiques du cinéma cyberpunk japonais (Tetsuo 1et 2,
Bullet Ballet et Gemini). Les autres éviteront de se déplacer inutilement
pour un film plus proche de la publicité ou du clip vidéo que du
7e art. Tokyo Fist est l'histoire d'un ménage à trois entre Tsuda,
pâle employé d'une grande entreprise, Hisaru sa femme frustrée et
Kojima un ancien ami de lycée devenu boxeur professionnel. Fascinée
par la violence et la virilité de Kojima, Hisaru se détourne de
Tsuda. Celui-ci décide alors d'apprendre la boxe, afin de regagner
les faveurs de sa belle épouse.
Ce synopsis minimaliste n'est que le prétexte à un déchaînement
de violence gore et d'images hystériques : l'hémoglobine gicle à
flots ininterompus, les corps se mêlent à l'acier dans une version
publicitaire et juvénile des romans de Mishima (sado-masochisme
et piercing), la caméra s'attarde complaisamment sur une charogne
grouillante de vers, les combats de boxe, très mal filmés, se répètent
jusqu'à la nausée. Le tout sur une musique pseudo industrielle insupportable
Quelques plans, plus chics et plus léchés, tentent de représenter,
en vain, la solitude des personnages au milieu des gratte-ciel de
Tokyo.
Le réalisateur
prétend, à travers cette bouillie gratuite et littéralement écœurante,
rendre compte du malaise japonais. Il ne parvient qu'à attester,
malgré lui, d'un certain malaise du cinéma : au Japon, mais ailleurs
aussi (on pense au cinéma « trash » français ou encore à l'accablant
Fight Club sorti l'an passé). Sous couvert de dénonciation d'un
certain état du social et sous le masque d'un soi-disant esprit
de révolte, ce cinéma, proche de l'esthétique du clip, draine une
idéologie ambiguë et des questionnements existentiels potaches.
Dans le même registre (travail sur la violence et la névrose japonaise),
il suffit de penser aux films de Kitano ou à ceux de Kiyoshi Kurosawa
(Cure notamment) pour prendre conscience de l'inanité artistique
et intellectuelle de la démarche de Tsukamoto.
Jean-Emmanuel
Denave

Gemini
de Shinya Tsukamoto
http://www.liberation.fr/cinema/200011/20001101gemini.html
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