A l’occasion
de la parution récente d’un duo des vocalistes
Tony Bennett et K. D. Lang (A Wonderful World), j’ai
l’envie subite de chroniquer le disque de ce qui est pour
moi l’un des plus beaux duos de toute l’histoire
du jazz, à savoir la deuxième rencontre discographique
entre Bill Evans (1929 – 1980), pianiste
de jazz hors normes, et un chanteur catalogué en France
« de variétés », Tony Bennett
(né Anthony Dominick Benedetto dans le Queens à
New York en 1926).
Un premier disque avait été enregistré
en 1975 pour le label Fantasy (Bill Evans / Tony Bennett
Album) produit par Helen Keane, manager du pianiste, suivi
un an plus tard de celui-ci (Bill Evans / Tony Bennett Together
Again) pour Improv, alors label du chanteur. Précisons
que pour cette réédition, le nom du chanteur est
cité en premier, marketing oblige ; Bennett étant
bien vivant à l’heure où j’écris
ces lignes…
Leur première rencontre eut lieu en 1962 lors d’un
concert à la Maison Blanche à l’initiative
du Président Kennedy ; en coulisse, ils s’avouèrent
leur admiration réciproque et l’idée d’un
disque germa dans l’esprit du chanteur au début
des années 70.
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Après
les deux disques qui connurent une approbation confidentielle,
Bill et Tony eurent l’occasion de se produire ensemble
pour l’ouverture du Newport Jazz Festival in New York
1976 puis au Carnegie Hall où ils rencontrèrent
l’hostilité de quelques gardiens auto-proclamés
du temple du vrai jazz (en France, on ne fit pas mieux en
sifflant John Coltrane - Olympia 1960 - et Ben Webster).
Rappelons à ces niaiseux que Tony Bennett («
crooner » expédié en quelques lignes
dans le Dictionnaire du Jazz) chanta notamment
avec les orchestres de Count Basie, Duke Ellington et Woody
Herman dont il fut l’invité. |
Ce qui rassembla
ces deux artistes ce sont ces ballades (des opérettes
de Broadway) appréciées des jazzmen et incluses
dans leur répertoire. Le disque (enregistré en
septembre 1976 à San Francisco, débute par un
solo de Bill sur The Bad and the Beautiful, chanson
extraite du film éponyme de Vincente Minelli (1952) suivi
de 9 interprétations de Tony dont une version sublime
(pour moi la plus belle jamais enregistrée par un chanteur)
du thème de Michel Legrand, You must believe in Spring.
Le pianiste imprime à son style un ton plus orchestral
pour s’accoupler à la voix merveilleusement timbrée
du vocaliste, dotée d’un imperceptible vibrato
et d’un swing remarquablement maîtrisé, d’où
cette couleur intimiste inimitable, inimitée parce qu’unique.
Cette réédition contient deux pièces jusqu’alors
inédites (Who can I turn to et Dream
dancing) ainsi que les prises inédites sauf pour
Lucky to be Me de Leonard Bernstein, objet d’une
seule prise.
Un
seul mot de conclusion : ADMIRABLE !
Jacques
Chesnel
(mai 2003)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

voir
aussi : Bill Evans,
Alone (Verve, 2002)
http://www.fantasyjazz.com/catalog/evans-bennett_cat.html
http://encarta.msn.fr/find/Concise.asp?z=1&pg=2&ti=761592525
http://encarta.msn.fr/fr/column/MAG0013.asp
http://www.billevans.org/BBS/index.asp