Together again
(Rhino 1999)
( Import )

 

A l’occasion de la parution récente d’un duo des vocalistes Tony Bennett et K. D. Lang (A Wonderful World), j’ai l’envie subite de chroniquer le disque de ce qui est pour moi l’un des plus beaux duos de toute l’histoire du jazz, à savoir la deuxième rencontre discographique entre Bill Evans (1929 – 1980), pianiste de jazz hors normes, et un chanteur catalogué en France « de variétés », Tony Bennett (né Anthony Dominick Benedetto dans le Queens à New York en 1926).
Un premier disque avait été enregistré en 1975 pour le label Fantasy (Bill Evans / Tony Bennett Album) produit par Helen Keane, manager du pianiste, suivi un an plus tard de celui-ci (Bill Evans / Tony Bennett Together Again) pour Improv, alors label du chanteur. Précisons que pour cette réédition, le nom du chanteur est cité en premier, marketing oblige ; Bennett étant bien vivant à l’heure où j’écris ces lignes…
Leur première rencontre eut lieu en 1962 lors d’un concert à la Maison Blanche à l’initiative du Président Kennedy ; en coulisse, ils s’avouèrent leur admiration réciproque et l’idée d’un disque germa dans l’esprit du chanteur au début des années 70.

Après les deux disques qui connurent une approbation confidentielle, Bill et Tony eurent l’occasion de se produire ensemble pour l’ouverture du Newport Jazz Festival in New York 1976 puis au Carnegie Hall où ils rencontrèrent l’hostilité de quelques gardiens auto-proclamés du temple du vrai jazz (en France, on ne fit pas mieux en sifflant John Coltrane - Olympia 1960 - et Ben Webster). Rappelons à ces niaiseux que Tony Bennett (« crooner » expédié en quelques lignes dans le Dictionnaire du Jazz) chanta notamment avec les orchestres de Count Basie, Duke Ellington et Woody Herman dont il fut l’invité.

Ce qui rassembla ces deux artistes ce sont ces ballades (des opérettes de Broadway) appréciées des jazzmen et incluses dans leur répertoire. Le disque (enregistré en septembre 1976 à San Francisco, débute par un solo de Bill sur The Bad and the Beautiful, chanson extraite du film éponyme de Vincente Minelli (1952) suivi de 9 interprétations de Tony dont une version sublime (pour moi la plus belle jamais enregistrée par un chanteur) du thème de Michel Legrand, You must believe in Spring. Le pianiste imprime à son style un ton plus orchestral pour s’accoupler à la voix merveilleusement timbrée du vocaliste, dotée d’un imperceptible vibrato et d’un swing remarquablement maîtrisé, d’où cette couleur intimiste inimitable, inimitée parce qu’unique.
Cette réédition contient deux pièces jusqu’alors inédites (Who can I turn to et Dream dancing) ainsi que les prises inédites sauf pour Lucky to be Me de Leonard Bernstein, objet d’une seule prise.
Un seul mot de conclusion : ADMIRABLE !

Jacques Chesnel
(mai 2003)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

voir aussi : Bill Evans, Alone (Verve, 2002)

http://www.fantasyjazz.com/catalog/evans-bennett_cat.html

http://encarta.msn.fr/find/Concise.asp?z=1&pg=2&ti=761592525

http://encarta.msn.fr/fr/column/MAG0013.asp

http://www.billevans.org/BBS/index.asp