Textes des formalistes russes
réunis, présentés et traduits par Tzvetan Todorov
Points/Essais, Seuil, 2001

 

En 1965, paraissait aux éditions du Seuil Théorie de la littérature, préfacé par Roman Jakobson et présenté par Tzvetan Todorov. Le recueil proposait un choix de quatorze essais de « formalistes russes », cette fameuse école qui entre 1915 et 1930, à Moscou et à Saint-Petersbourg, renouvela radicalement la science littéraire (dont l'objet est la « littérarité »). La réédition de cette anthologie dans la collection « Points » est une excellente idée : mettre à la portée de tous, étudiants, enseignants, lecteurs intéressés, des textes qui, depuis 80 ans, n'ont pas pris de rides, et sont à l'origine des courants les plus importants de la critique du XXè siècle.

L'ouvrage s'ouvre et se ferme sur deux textes à caractère général : « La théorie de la méthode formelle », de Boris Eichenbaum, qui condense les grandes acquisitions du travail des formalistes entre 1916 et 1925, et « Thématique », de Boris Tomachevski, qui peut être vu comme une récapitulation. Entre les deux, rangés en deux parties (la première portant plutôt sur les études littéraires, la deuxième sur la littérature en tant que telle), une sélection d'articles importants, signés de grands noms : V. Chklovski (« L'art comme procédé » et « La construction de la nouvelle et du roman »), R. Jakobson (« Du réalisme en art »), B. Eichenbaum (« Théorie de la prose »), V. Propp, l'auteur du fameux ouvrage sur la morphologie du conte (« Les transformations des contes merveilleux ») etc. On notera, entre autres, l'article de Iouri Tynianov, « De l'évolution littéraire », qui établit une distinction entre forme et fonction du signe littéraire, et qui, à partir du concept de « système », montre qu'un ordre logique existe à l'intérieur de ces « systèmes », d'où la notion de « série ».

La présentation éclairante de Tzvetan Todorov, résumant les propos et les intentions des auteurs, montre les liens qui existaient entre ceux-ci et l'avant-garde artistique russe, et en même temps les analogies à établir entre leur démarche et celle d'écrivains français de la même époque : Mallarmé, Gide, Proust et surtout Valéry. La création et la critique littéraires, finalement, peuvent faire bon ménage ; elles y sont même vouées.

Jean-Pierre Longre

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

 

Le Seuil
http://www.seuil.com

Jakobson
http://www.unil.ch/slav/ling/recherche/biblio/97Jakpref.html

Todorov
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/04/TODOROV/15047

http://www.liberation.com/livres/2000dec/0712todorov.html