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En 1965, paraissait
aux éditions du Seuil Théorie de la littérature,
préfacé par Roman Jakobson
et présenté par Tzvetan Todorov.
Le recueil proposait un choix de quatorze essais de « formalistes
russes », cette fameuse école qui entre 1915 et 1930, à
Moscou et à Saint-Petersbourg, renouvela radicalement la
science littéraire (dont l'objet est la « littérarité »).
La réédition de cette anthologie dans la collection
« Points » est une excellente idée : mettre à la portée
de tous, étudiants, enseignants, lecteurs intéressés,
des textes qui, depuis 80 ans, n'ont pas pris de rides, et sont
à l'origine des courants les plus importants de la critique
du XXè siècle.
L'ouvrage s'ouvre
et se ferme sur deux textes à caractère général :
« La théorie de la méthode formelle », de Boris
Eichenbaum, qui condense les grandes acquisitions du
travail des formalistes entre 1916 et 1925, et « Thématique »,
de Boris Tomachevski, qui peut
être vu comme une récapitulation. Entre les deux, rangés
en deux parties (la première portant plutôt sur les
études littéraires, la deuxième sur la littérature
en tant que telle), une sélection d'articles importants,
signés de grands noms : V. Chklovski
(« L'art comme procédé » et « La construction
de la nouvelle et du roman »), R. Jakobson
(« Du réalisme en art »), B.
Eichenbaum (« Théorie de la prose »),
V. Propp, l'auteur du fameux ouvrage sur la morphologie
du conte (« Les transformations des contes merveilleux »)
etc. On notera, entre autres, l'article de Iouri
Tynianov, « De l'évolution littéraire »,
qui établit une distinction entre forme et fonction du signe
littéraire, et qui, à partir du concept de « système »,
montre qu'un ordre logique existe à l'intérieur de
ces « systèmes », d'où la notion de « série ».
La présentation
éclairante de Tzvetan Todorov, résumant les
propos et les intentions des auteurs, montre les liens qui existaient
entre ceux-ci et l'avant-garde artistique russe, et en même
temps les analogies à établir entre leur démarche
et celle d'écrivains français de la même époque :
Mallarmé, Gide, Proust et surtout Valéry. La création
et la critique littéraires, finalement, peuvent faire bon
ménage ; elles y sont même vouées.
Jean-Pierre
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Le
Seuil
http://www.seuil.com
Jakobson
http://www.unil.ch/slav/ling/recherche/biblio/97Jakpref.html
Todorov
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/04/TODOROV/15047
http://www.liberation.com/livres/2000dec/0712todorov.html
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