Théâtre Nouvelle Génération
23 rue de Bourgogne
69009 Lyon

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Le TJA a laissé la place au TNG

Rencontre avec son directeur, Nino D’Introna, qui prône plaisir et qualité, entre renouvellement et continuité.

«J’ai besoin du public. J’aime le public.» Une déclaration dont la franchise devrait suffire à mettre en confiance et capter l’attention du public lyonnais, qui fera connaissance avec Nino D’Introna et le tout neuf TNG le 9 novembre prochain, lors de la soirée de présentation de la saison 2004-2005 – une saison qui, bien que tronquée, promet de belles rencontres théâtrales (dont Fabrice MelquiotAlbatros – et Molière – un Georges Dandin monté avec originalité). Rupture ou continuum ? Le changement de cap est certes visible, mais fondamentalement, l'hommage au TJA l'est aussi et l'approche de Nino D'Introna demeure à la fois prudente et audacieuse, s'équilibrant avec souplesse entre tradition et modernité.

Le directeur du Centre Dramatique National (centre qui, bien heureusement, n’était en fin de compte pas voué à disparaître) est un expérimentateur prolifique, dont la passion n’a d’égal que la rigueur – une rigueur qui se perçoit derrière le choix mesuré des mots et la lucidité des propos, pourtant délivrés en toute simplicité – et ses preuves sont déjà faites dans le champ risqué (parce que parfois méprisé au profit d’une culture consumériste de l’instantanéité, ou du moins relégué à l’arrière plan culturel comme un « sous-genre ») du théâtre jeune public, auquel il se consacre depuis des années.

Cofondateur du Teatro Dell’Angolo (certains se souviennent de Pinocchio Circus, accueilli au TJA en 2002), « auteur » (même s’il ne ressent pas la nécessité de figer ses pièces sur le papier en les faisant publier) et créateur de nombre de spectacles qui ont fait ou font encore le tour du monde (comme Pigiami, qui ouvrira la saison en décembre prochain), Nino D'Introna est aussi metteur en scène (entre autres du texte de François place, Les derniers Géants) ou encore comédien (par exemple dans l'émouvant Petit violon de Jean-Claude Grunberg, que l’on a pu découvrir lors de la Biennale du Théâtre jeune public 2001), sans parler de ses collaborations avec le metteur en scène Robert Lepage (dont il est actuellement l’adjoint sur une superproduction théâtrale et pluridisciplinaire du Cirque du Soleil à Las Vegas)…


© Carlo Pregno
Pigiami, Teatro dell'Angolo – Italie, mise en scène Nino D'Introna et Giacomo Ravicchio

Un regard "amoureux"

C’est en examinant le parcours touche-à-tout de cet homme de théâtre que l’on quantifie la démesure d'une énergie incitant à toujours aller de l’avant – et il émane des propos échangés un dynamisme exemplaire désormais au service du TNG. Animé non pas d’un « jeunisme » démagogique (très en vogue, pourtant…), mais d’un esprit « jeune », aux aguets, il se donne pour tâche de renouveler un concept de théâtre vivant, populaire et de qualité, où prime «la fraîcheur de l’enfance» – la vision idyllique d’un âge dont il n’occulte pourtant pas les souffrances (« un âge de blessure ») ; mais l’enfance représente d'abord « l’âge où l’on joue », et Nino d’Introna a compris combien cet espace temporel, où l'hypothèse peut devenir réalité, où les barrières entre rêverie et réel s’estompent par la seule force de l’imaginaire, est indissociable du jeu théâtral ; que le sain mensonge du « faire semblant » réconcilie enfance et illusion théâtrale (le célèbre « on dirait qu’on serait » qui amplifie l’ouverture des possibles) – , que le « jeu » est ici sémantiquement (et scéniquement) double, entre divertissement et création d’une réalité neuve, éminemment poétique. C’est ainsi que le regard qu’il porte sur l’enfance est « amoureux », l’enfance permettant de remonter aux sources mêmes du théâtre, à son mystère originel, tandis que, paradoxalement, « grandir, c’est faire semblant ». Dans le même temps, Nino D’Introna a conscience que ses pièces sont volontairement « difficiles », et que leur simplicité de surface dissimule quantité de réseaux significatifs sous-jacents qui se traduisent par les différents niveaux de lecture offerts aux publics – une démarche artistique à laquelle le TJA nous avait habitués, et que le directeur du TNG compte bien perpétuer.


Le Petit Chaperon rouge - Ensemble Réflexe – France
d'après Charles Perrault

Ouverture et convivialité

Ce qu’il nomme « l’urgence de dire » se double chez lui d’une réflexion avisée sur la nature du théâtre, sur ses fonctions et ses finalités : « lieu de questionnement » et d’expérimentation, le théâtre selon D’Introna ne se limite pas au texte considéré comme un « appui » qui a besoin de la représentation pour exister véritablement.
De même, il croit au nécessaire décloisonnement des arts du spectacle : «provoquer le mélange des genres» (théâtre, danse, musique, cirque, vidéo etc.) est un objectif fondamental que reflètent les choix artistiques de cette première saison (qui s’achèvera en mai 2005 sur un spectacle de la Cie Triple Trap - CirQ Choc et qui comprend, entre autres choses, un spectacle mêlant théâtre et vidéo, Les étranges mues de Mrs Blue par la Cie Les yeux Gourmands, invitée en février 2005).

Cet esprit d’ouverture se lit aussi dans la volonté avouée de tisser des liens avec l’extérieur, que ce soit internationalement (Canada, Québec, Europe – en particulier la Suisse, l’Italie ou le Danemark) ou localement ; Nino D’Introna lance ainsi des invitations aux institutions culturelles lyonnaises (L’Opéra, l’Auditorium, les Subsistances, l’ENSATT, la Maison de la Danse, la Villa Gillet etc.), régionales (L'Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, Conservatoire de Région de Grenoble) ou nationales (le Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne) et espère trouver là « des clefs de collaboration riches de sens ».

On l’aura compris, le créateur bouillonne d’idées et de projets d’envergure, à la hauteur de sa nouvelle fonction. Et même s’il est conscient que « jamais le public n’est gagné », la richesse de son matériau de travail, son besoin vital de construire en se fondant sur le principe de plaisir, l’ardeur de sa réflexion, sa soif de transmettre et de partager ainsi que la cohérence de son projet artistique en font un passeur idéal ; autant d’éléments qui augurent un avenir radieux au TNG…

Blandine Longre
(octobre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.teatrodellangolo.it/

 

 

saison 2004-2005

10-12 décembre 2004 / 13-15 janvier 2005 / 17-21 mai 2005
Pigiami - Teatro dell'Angolo – Italie
mise en scène Nino D'Introna et Giacomo Ravicchio
tout public à partir de 4-5 ans

18-21 décembre 2004
Icaro - Teatro Sunil – Suisse
texte et mise en scène Daniele Finzi Pasca
tout public, à voir en famille

25- 28 janvier 2005
Albatros - Am Stram Gram Le Théâtre – Suisse
de Fabrice Melquiot
mise en scène Dominique Catton et Christiane Suter
tout public à partir de 9-10 ans

8-11 février 2005
Les étranges mues de Mrs Blue - Cie Les Yeux Gourmands – France
texte et mise en scène : Véronique Chatard et Philippe Rousseau
tout public à partir de 8-9 ans

8-11 mars 2005
Georges Dandin - L'Amphithéâtre – France
Molière - Adaptation et mise en scène : Michel Belletante et Nino D'Introna
tout public à partir de 11-12 ans

du 22 au 25 mars 2005
Mémoire vive - Les Deux Mondes – Québec
de Normand Canac-Marquis
mise en scène Daniel Meilleur
tout public à partir de 9-10 ans

12-14 avril 2005
Le Petit Chaperon rouge - Ensemble Réflexe – France
d'après Charles Perrault
musique et mise en scène Georges Aperghis
tout public à partir de 5-6 ans

samedi 28 mai 2005 à 19h30
Triple Trap - Cie Triple Trap' – CirQ Choc – France
d'Aurélie Horde, Anne Joubinaux et Jean-Baptiste Taguet
tout public, à voir en famille