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Le
TJA a laissé la place au TNG
Rencontre
avec son directeur, Nino D’Introna, qui prône plaisir
et qualité, entre renouvellement et continuité.
«J’ai
besoin du public. J’aime le public.» Une déclaration
dont la franchise devrait suffire à mettre en confiance et
capter l’attention du public lyonnais, qui fera connaissance
avec Nino D’Introna et le tout neuf TNG le
9 novembre prochain, lors de la soirée de présentation
de la saison 2004-2005 –
une saison qui, bien que tronquée, promet de belles rencontres
théâtrales (dont Fabrice
Melquiot – Albatros – et Molière
– un Georges Dandin monté avec originalité).
Rupture ou continuum ? Le changement de cap est certes visible,
mais fondamentalement, l'hommage au TJA l'est aussi et l'approche
de Nino D'Introna demeure à la fois prudente et audacieuse,
s'équilibrant avec souplesse entre tradition et modernité.
Le directeur
du Centre Dramatique National (centre qui, bien heureusement, n’était
en fin de compte pas voué à disparaître) est
un expérimentateur prolifique, dont la passion n’a
d’égal que la rigueur – une rigueur qui se perçoit
derrière le choix mesuré des mots et la lucidité
des propos, pourtant délivrés en toute simplicité
– et ses preuves sont déjà faites dans le champ
risqué (parce que parfois méprisé au profit
d’une culture consumériste de l’instantanéité,
ou du moins relégué à l’arrière
plan culturel comme un « sous-genre ») du théâtre
jeune public, auquel il se consacre depuis des années.
| Cofondateur
du Teatro Dell’Angolo (certains se
souviennent de Pinocchio
Circus, accueilli au TJA en 2002), « auteur
» (même s’il ne ressent pas la nécessité
de figer ses pièces sur le papier en les faisant publier)
et créateur de nombre de spectacles qui ont fait ou
font encore le tour du monde (comme Pigiami,
qui ouvrira la saison en décembre prochain), Nino D'Introna
est aussi metteur en scène (entre autres du texte de
François place, Les
derniers Géants) ou encore comédien
(par exemple dans l'émouvant Petit
violon de Jean-Claude Grunberg, que l’on a
pu découvrir lors de la Biennale du Théâtre
jeune public 2001), sans parler de ses collaborations avec
le metteur en scène Robert
Lepage (dont il est actuellement l’adjoint sur une
superproduction théâtrale et pluridisciplinaire
du Cirque du Soleil à Las Vegas)…
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©
Carlo Pregno
Pigiami,
Teatro dell'Angolo – Italie, mise en scène
Nino D'Introna et Giacomo Ravicchio
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Un regard
"amoureux"
C’est
en examinant le parcours touche-à-tout de cet homme de théâtre
que l’on quantifie la démesure d'une énergie
incitant à toujours aller de l’avant – et il
émane des propos échangés un dynamisme exemplaire
désormais au service du TNG. Animé non pas d’un
« jeunisme » démagogique (très en vogue,
pourtant…), mais d’un esprit « jeune
», aux aguets, il se donne pour tâche de renouveler
un concept de théâtre vivant, populaire et de qualité,
où prime «la fraîcheur de l’enfance»
– la vision idyllique d’un âge dont il n’occulte
pourtant pas les souffrances (« un âge de blessure
») ; mais l’enfance représente d'abord «
l’âge où l’on joue », et Nino
d’Introna a compris combien cet espace temporel, où
l'hypothèse peut devenir réalité, où
les barrières entre rêverie et réel s’estompent
par la seule force de l’imaginaire, est indissociable du jeu
théâtral ; que le sain mensonge du « faire semblant
» réconcilie enfance et illusion théâtrale
(le célèbre « on dirait qu’on serait
» qui amplifie l’ouverture des possibles) –
, que le « jeu » est ici sémantiquement (et scéniquement)
double, entre divertissement et création d’une réalité
neuve, éminemment poétique. C’est ainsi que
le regard qu’il porte sur l’enfance est « amoureux
», l’enfance permettant de remonter aux sources mêmes
du théâtre, à son mystère originel, tandis
que, paradoxalement, « grandir, c’est faire semblant
». Dans le même temps, Nino D’Introna a conscience
que ses pièces sont volontairement « difficiles
», et que leur simplicité de surface dissimule quantité
de réseaux significatifs sous-jacents qui se traduisent par
les différents niveaux de lecture offerts aux publics –
une démarche artistique à laquelle le TJA nous avait
habitués, et que le directeur du TNG compte bien perpétuer.
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Le
Petit Chaperon rouge - Ensemble Réflexe –
France
d'après Charles Perrault
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Ouverture et convivialité
Ce qu’il
nomme « l’urgence de dire » se
double chez lui d’une réflexion avisée
sur la nature du théâtre, sur ses fonctions
et ses finalités : « lieu de questionnement
» et d’expérimentation, le théâtre
selon D’Introna ne se limite pas au texte considéré
comme un « appui » qui a besoin de
la représentation pour exister véritablement.
De même, il croit au nécessaire décloisonnement
des arts du spectacle : «provoquer le
mélange des genres» (théâtre,
danse, musique, cirque, vidéo etc.) est un objectif
fondamental que reflètent les choix artistiques de
cette première saison (qui s’achèvera
en mai 2005 sur un spectacle de la Cie Triple Trap - CirQ
Choc et qui comprend, entre autres choses, un spectacle
mêlant théâtre et vidéo, Les
étranges mues de Mrs Blue par la Cie Les yeux
Gourmands, invitée en février 2005).
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Cet esprit
d’ouverture se lit aussi dans la volonté avouée
de tisser des liens avec l’extérieur, que ce soit internationalement
(Canada, Québec, Europe – en particulier la Suisse,
l’Italie ou le Danemark) ou localement ; Nino D’Introna
lance ainsi des invitations aux institutions culturelles lyonnaises
(L’Opéra, l’Auditorium, les Subsistances, l’ENSATT,
la Maison de la Danse, la Villa Gillet etc.), régionales
(L'Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, Conservatoire de
Région de Grenoble) ou nationales (le Centre National des
Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne) et espère trouver
là « des clefs de collaboration riches de sens
».
On l’aura
compris, le créateur bouillonne d’idées et de
projets d’envergure, à la hauteur de sa nouvelle fonction.
Et même s’il est conscient que « jamais le
public n’est gagné », la richesse de son
matériau de travail, son besoin vital de construire en se
fondant sur le principe de plaisir, l’ardeur de sa réflexion,
sa soif de transmettre et de partager ainsi que la cohérence
de son projet artistique en font un passeur idéal ; autant
d’éléments qui augurent un avenir radieux au
TNG…
Blandine
Longre
(octobre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.teatrodellangolo.it/
saison
2004-2005
10-12 décembre
2004 / 13-15 janvier 2005 / 17-21 mai 2005
Pigiami - Teatro dell'Angolo
– Italie
mise en scène Nino D'Introna et Giacomo Ravicchio
tout public à partir de 4-5 ans
18-21 décembre
2004
Icaro - Teatro Sunil – Suisse
texte et mise en scène Daniele Finzi Pasca
tout public, à voir en famille
25- 28 janvier
2005
Albatros - Am Stram Gram Le Théâtre
– Suisse
de Fabrice Melquiot
mise en scène Dominique Catton et Christiane Suter
tout public à partir de 9-10 ans
8-11 février
2005
Les étranges mues de Mrs Blue - Cie Les
Yeux Gourmands – France
texte et mise en scène : Véronique Chatard et Philippe
Rousseau
tout public à partir de 8-9 ans
8-11 mars 2005
Georges Dandin - L'Amphithéâtre –
France
Molière - Adaptation et mise en scène : Michel Belletante
et Nino D'Introna
tout public à partir de 11-12 ans
du 22 au 25
mars 2005
Mémoire vive - Les Deux Mondes – Québec
de Normand Canac-Marquis
mise en scène Daniel Meilleur
tout public à partir de 9-10 ans
12-14 avril
2005
Le Petit Chaperon rouge - Ensemble Réflexe
– France
d'après Charles Perrault
musique et mise en scène Georges Aperghis
tout public à partir de 5-6 ans
samedi
28 mai 2005 à 19h30
Triple Trap - Cie Triple Trap' – CirQ Choc
– France
d'Aurélie Horde, Anne Joubinaux et Jean-Baptiste Taguet
tout public, à voir en famille
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