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Tintin
chez les Dominicains
À
l’occasion du vingtième anniversaire de la mort d’Hergé,
le couvent de la Tourette, près de Lyon, réunissait
quelques spécialistes dans le cadre des « rencontres
Thomas More » pour un colloque intitulé Les albums
de Tintin – Une mythologie pour notre temps ? Autour
d’une œuvre et d’un auteur qui font déjà
l’objet, comme le précise Cyrille Mozgovine
dans la préface, « de plusieurs centaines d’études,
de commentaires, de prolongations, voire de pastiches »,
les actes de ce colloque forment un volume dense et original.
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Benoît
Peeters, dans « Tintin, l’invention
d’un mythe », montre comment, entre Tintin
au pays des Soviets et L’Alph-Art,
entre l’incarnation du jeune reporter par un scout de
15 ans, en 1930, et les retrouvailles d’Hergé
et Tchang en 1981, tout se structure progressivement, dans
une prise de conscience par étapes ; ainsi «
la légende se met en place ». Dominique
Cerbelaud, adoptant résolument la perspective
de « l’imaginaire chrétien », recense
quelques « traits christiques de Tintin », et
assimile les membres de son entourage à des personnages
évangéliques : l’apôtre Haddock,
le traître Wolff, les disciple bien-aimé Tchang
; plus surprenant, mais en référence aux structures
fonctionnelles et narratives, il voit la figure de la mère
dans certaines répliques et allusions du héros
lui-même. |
Pour
Jean-Marie Apostolidès, « l’organisation
du monde de Tintin » s’accomplit avec le double
album central que forment Le secret de la Licorne et
Le trésor de Rackam le Rouge ; dans un essai où
tout s’analyse par ensembles ternaires (les objets, les médiateurs,
les modes d’échange, le regroupement des hommes et
les fonctions du héros – observateur, détective,
frère/initié – ), il met en évidence
la « structure du trio » et la place éminente
du chevalier François de Hadoque, « véritable
clé de voûte de l’univers d’Hergé
». Albert Algoud, dans un plaidoyer
à la fois touchant, déterminé et revigorant,
réhabilite « un personnage intermittent, Séraphin
Lampion », voyant dans ce « brave homme »
ou « diable d’homme », cet assureur «
casse-pied », non seulement celui qui apporte la lumière
(voir son nom), mais aussi le père de famille non conformiste
et impertinent qui provoque l’irruption du monde extérieur,
de la société dérangeante des hommes dans le
confort de Moulinsart, faisant « descende les idoles de
leur piédestal ». Pour finir, Pierre Sterckx
analyse « les lieux du mythe », à travers
Balthazar, «personnage-clé de L’oreille cassée
», et le perroquet, à travers aussi la thématique
de l’île, du soleil et de la lune : voyons à
sa suite dans le personnage de Tintin, « éclaireur
d’un monde qu’il explore et expose », «
le petit orphelin [qui] n’a jamais cessé de rechercher
le nombril du monde », c’est-à-dire la figure
maternelle, la féminité apparemment absente de ses
aventures, et pourtant omniprésente par métaphore.
On l’aura compris, L’Archipel Tintin,
que l’on parcourt d’île en île avec un intérêt
constant, ouvre des perspectives séduisantes, élargit
l’horizon d’un monde « mythique » que les
lectures sans cesse renouvelées n’ont pas fini d’explorer.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.lespierides.com/in/
voir aussi :
Tintin
et l'Alph-Art (Casterman, 2004)
http://www.tintin.be/
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