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Trouver
sa voie et avancer sur le chemin choisi
Ada Ruata entre
en littérature jeunesse avec un roman tendre et optimiste,
écrit à la première personne et sans doute
nourri de souvenirs personnels et d’impressions d’enfance.
Le récit rapporte dix ans de vie d’une petite fille
en plein apprentissage, en recherche d’elle-même. Tina,
l’héroïne, est italienne et vit modestement avec
sa mère, concierge d’un immeuble parisien ; «
aucun mâle, jamais, n’a habité la loge
», le père est-il parti ou a-t-il été
chassé avant la naissance de Tina ? La petite fille s’est
résignée : « Tant pis, je construirais ma
vie sans lui ! » Portée par l’amour discret
de sa maman, elle saura profiter de ses rencontres pour enrichir
son expérience, dépasser aussi «la douleur
qui mûrit les êtres» et trouver enfin la
«passion» particulière qui lui correspond.
Un jour, à
l’age de cinq ans, Tina s’invite chez « la
Dame du sixième», Léa, une comédienne
solitaire et mystérieuse, toujours gantée et enveloppée
de bleu ou de noir. Sur la première de couverture, l’illustrateur
Frédéric Rébéna l’habille
pourtant de rouge et lui donne un maintien sévère.
Luisa, la maman de Tina, souffre des sentiments qui s’installent
petit à petit entre sa fille et «l’autre».
L’enfant, intriguée et curieuse, envie l’aisance
et la liberté de l’actrice, elle s’en fait un
modèle. Léa, consciente de son pouvoir, lui conseille
la patience et l’incite à se cultiver : Tina se met
à lire, fréquente la bibliothèque et travaille
d’arrache-pied.
C’est au collège qu’elle fait la connaissance
d’Orianne. Les deux élèves se complètent
bien dans leurs études, se noient dans une passion commune
: la lecture. Mais elles sont si différentes ! Tina hésite
devant cette amitié, elle a honte de l’accent de sa
mère, de son logement si petit. Orianne, elle, a beaucoup
voyagé, habite un grand appartement et, surtout, elle a un
père ! Chacune compose et partage pourtant, elles deviennent
inséparables. Orianne parvient à faire taire la peine
de son amie, elle l’invite pour des vacances à la campagne
et Tina lui présente Léa.
Ensemble, elles s’inscrivent au cours de chant de Madame Poulet.
Là, Tina découvre qu’elle a une « voix
». Chanter devient un besoin, « un moment de bonheur
aigu, presque surnaturel ». Le professeur reçoit
Luisa impressionnée, soutient son élève, lui
donne tous les moyens pour progresser. Tina décide de n’en
parler à Léa que lorsqu’elle aura atteint la
perfection. Mais elle se trahit et quand elle avoue avoir trouvé
son chemin, sa « voie », la Dame en bleu réplique
gentiment : « sache être modeste ! »…
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Avec
Modibo, l’adolescent malien parachuté dans leur
classe en cours d’année, Tina va apprendre la compassion.
Habituellement agacée par les garçons, elle perçoit
tant de douleur dans le regard de celui-ci ! Elle gagne ses
confidences et découvre ainsi la situation des clandestins,
des sans papiers. Modibo porte en lui l’espoir de se faire
une vie dans ce nouveau pays et en même temps de revoir
sa famille. Tina l’écoute, voudrait lui «
chanter son émotion ». Quand Modibo disparaît,
la jeune fille se sent coupable de l’avoir abandonné
; c’est dans le chant qu’elle trouve un réconfort.
Tina a quinze ans maintenant, elle prend conscience de sa chance,
de la présence douce de Luisa. Sa maman est si heureuse
malgré tout, et fière, de toutes les amitiés
qui ont entouré sa fille et qui l’ont guidée
; Léa n’est plus une rivale. Tina a trouvé
sa voie, sa passion, celle qui lui procure du plaisir, qui l’aide
à surmonter la douleur, qui lui permet de s’exprimer
vraiment et de traduire sa tendresse. Tina peut avancer, «
guidée par ses deux L, Luisa et Léa ». |
Ada Ruata raconte
un parcours individuel, semant quelques conseils de patience et
de modestie. Elle ouvre délicatement son propos au monde
et parle de confiance, d’amour et d’humanité
; à travers l’histoire de Tina, elle propose au lecteur,
ou plutôt à la lectrice car le roman reste très
féminin, de laisser aller sa curiosité. Pour apprendre
la vie, il importe de se cultiver mais aussi d’écouter
les autres et de tenir compte de leurs expériences. «
Etre libre peut être triste et douloureux » mais
les amis de Tina sont peut-être comme ces étoiles fluo
au plafond de sa chambre : « Tina navigue dans des mers
inconnues et ces points lumineux la guident ». La
voie de Tina est une passion choisie, déterminée
librement, dans laquelle elle s’engage sereinement. Chacun
peut trouver ainsi son chemin et le suivre, à condition de
regarder parfois sur les côtés, pour être soutenu
et aider à son tour…
Martine
Falgayrac
(décembre 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.
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