La voie de Tina
(Syros jeunesse, 2004)
A partir de 12 ans

 

Trouver sa voie et avancer sur le chemin choisi

Ada Ruata entre en littérature jeunesse avec un roman tendre et optimiste, écrit à la première personne et sans doute nourri de souvenirs personnels et d’impressions d’enfance. Le récit rapporte dix ans de vie d’une petite fille en plein apprentissage, en recherche d’elle-même. Tina, l’héroïne, est italienne et vit modestement avec sa mère, concierge d’un immeuble parisien ; « aucun mâle, jamais, n’a habité la loge », le père est-il parti ou a-t-il été chassé avant la naissance de Tina ? La petite fille s’est résignée : « Tant pis, je construirais ma vie sans lui ! » Portée par l’amour discret de sa maman, elle saura profiter de ses rencontres pour enrichir son expérience, dépasser aussi «la douleur qui mûrit les êtres» et trouver enfin la «passion» particulière qui lui correspond.

Un jour, à l’age de cinq ans, Tina s’invite chez « la Dame du sixième», Léa, une comédienne solitaire et mystérieuse, toujours gantée et enveloppée de bleu ou de noir. Sur la première de couverture, l’illustrateur Frédéric Rébéna l’habille pourtant de rouge et lui donne un maintien sévère. Luisa, la maman de Tina, souffre des sentiments qui s’installent petit à petit entre sa fille et «l’autre». L’enfant, intriguée et curieuse, envie l’aisance et la liberté de l’actrice, elle s’en fait un modèle. Léa, consciente de son pouvoir, lui conseille la patience et l’incite à se cultiver : Tina se met à lire, fréquente la bibliothèque et travaille d’arrache-pied.
C’est au collège qu’elle fait la connaissance d’Orianne. Les deux élèves se complètent bien dans leurs études, se noient dans une passion commune : la lecture. Mais elles sont si différentes ! Tina hésite devant cette amitié, elle a honte de l’accent de sa mère, de son logement si petit. Orianne, elle, a beaucoup voyagé, habite un grand appartement et, surtout, elle a un père ! Chacune compose et partage pourtant, elles deviennent inséparables. Orianne parvient à faire taire la peine de son amie, elle l’invite pour des vacances à la campagne et Tina lui présente Léa.
Ensemble, elles s’inscrivent au cours de chant de Madame Poulet. Là, Tina découvre qu’elle a une « voix ». Chanter devient un besoin, « un moment de bonheur aigu, presque surnaturel ». Le professeur reçoit Luisa impressionnée, soutient son élève, lui donne tous les moyens pour progresser. Tina décide de n’en parler à Léa que lorsqu’elle aura atteint la perfection. Mais elle se trahit et quand elle avoue avoir trouvé son chemin, sa « voie », la Dame en bleu réplique gentiment : « sache être modeste ! »…

Avec Modibo, l’adolescent malien parachuté dans leur classe en cours d’année, Tina va apprendre la compassion. Habituellement agacée par les garçons, elle perçoit tant de douleur dans le regard de celui-ci ! Elle gagne ses confidences et découvre ainsi la situation des clandestins, des sans papiers. Modibo porte en lui l’espoir de se faire une vie dans ce nouveau pays et en même temps de revoir sa famille. Tina l’écoute, voudrait lui « chanter son émotion ». Quand Modibo disparaît, la jeune fille se sent coupable de l’avoir abandonné ; c’est dans le chant qu’elle trouve un réconfort.
Tina a quinze ans maintenant, elle prend conscience de sa chance, de la présence douce de Luisa. Sa maman est si heureuse malgré tout, et fière, de toutes les amitiés qui ont entouré sa fille et qui l’ont guidée ; Léa n’est plus une rivale. Tina a trouvé sa voie, sa passion, celle qui lui procure du plaisir, qui l’aide à surmonter la douleur, qui lui permet de s’exprimer vraiment et de traduire sa tendresse. Tina peut avancer, « guidée par ses deux L, Luisa et Léa ».

Ada Ruata raconte un parcours individuel, semant quelques conseils de patience et de modestie. Elle ouvre délicatement son propos au monde et parle de confiance, d’amour et d’humanité ; à travers l’histoire de Tina, elle propose au lecteur, ou plutôt à la lectrice car le roman reste très féminin, de laisser aller sa curiosité. Pour apprendre la vie, il importe de se cultiver mais aussi d’écouter les autres et de tenir compte de leurs expériences. « Etre libre peut être triste et douloureux » mais les amis de Tina sont peut-être comme ces étoiles fluo au plafond de sa chambre : « Tina navigue dans des mers inconnues et ces points lumineux la guident ». La voie de Tina est une passion choisie, déterminée librement, dans laquelle elle s’engage sereinement. Chacun peut trouver ainsi son chemin et le suivre, à condition de regarder parfois sur les côtés, pour être soutenu et aider à son tour…

Martine Falgayrac
(décembre 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.