de W. Shakespeare
par Groupe 4

Du 10 au 29 septembre 2001
Les Subsistances, Lyon


Prochaine production Groupe 4

Le Jour du Froment, comédie d’Alexandre Astier (création)
Mise en scène de Jean-Christophe Hembert
Au Studio du Théâtre de la Croix-Rousse (Lyon), du 8 au 20 janvier 2002.

Mise en scène Jean-Christophe Hembert
Traduction et adaptation
Thomas Cousseau et
JC. Hembert
Scénographie
Seymour Laval et JC. Hembert
sur une idée d'Yves Bernard
Réalisation Fanny Gamet

avec Thomas Cousseau / Thibault Roux / Loïc Varraut / Alexandre Astier / Jean-Christophe Hembert / Alexis Henon / Simon Bigorgne...


Timon, seigneur athénien, mène une fastueuse existence, entouré de flatteurs qu'il croit être ses amis et qu'il couvre de cadeaux ; jusqu'au jour où, les dettes l'assaillant, ses courtisans se dérobent et leur ingratitude cause la ruine de Timon. Abandonné de tous, même des sénateurs qu'il avait aidés à remettre à flot les caisses de l'état, sa naïveté cède la place à une rage intense et amère, dirigée contre l'espèce humaine tout entière. Il s'exile et trouve refuge dans une grotte, un coin désolé où il peut laisser éclater sa haine envers l'homme. D'un extrême à l'autre, de la philanthropie à la misanthropie, la pièce se déroule en deux temps bien distincts : l'on passe d'un univers où règnent fausseté, luxure, corruption et illusion tragique (le parallèle visuel avec la jet-set actuelle est frappant) à un monde dépouillé mais toujours grouillant de créatures humaines avides et déshumanisées.

Dans la première partie, deux hommes tentent pourtant d'alerter Timon : le philosophe Apemantus, grossier mais lucide, qui ne cesse d'insulter cyniquement la compagnie de façon à faire réagir Timon, et Flavius, l'intendant de Timon, que ce dernier ne cesse de patiemment repousser, refusant de croire que l'argent pourrait venir à manquer. Il n'écoute pas davantage leurs sages conseils alors qu'il se retrouve dans sa grotte, sa bouche crachant injures et imprécations, prières maudites et malédictions.

En réalité, comme le pense Thomas Cousseau, " Il y a, chez lui [Timon], tellement d'ambiguïté, de perversité dans son rapport aux autres et finalement si peu de désintéressement dans cette générosité dont il fait preuve et avec laquelle il entretient un rapport quasi-suicidaire". Un constat implacable qui fait du pseudo-héros de cette pièce un homme dont on pourrait dire qu'il mérite son destin et sa folie. Sa fonction n'est donc pas aussi simple que d'aider le spectateur à discerner le bien du mal, la bonté de l'égoïsme ; et l'on se dit que lui aussi, comme tout protagoniste tragique, a fauté, a commis le fameux péché d'orgueil, en pensant qu'il pouvait toujours donner sans jamais recevoir, que l'amitié ne pouvait se vivre que dans un sens, et que le monde devait être à son image...

La mise en spectacle du Groupe 4 met en valeur tous ces aspects de la pièce et tente de faire perdre tout repère au spectateur, en particulier dans la première partie, par un mélange des genres et des styles (particulièrement visible dans les costumes, qui semblent appartenir à la fois au théâtre de Courteline et aux films mafieux), comme pour mieux nous éveiller à une autre réalité dans la deuxième partie et nous faire définitivement quitter le monde de Timon. En dépit de quelques lenteurs dans le jeu de certains comédiens, on ne peut
qu'admirer la distribution hétéroclite, composée d'acteurs professionnels, d'élèves et de purs débutants, la vigueur qui émane des déplacements, des réparties et du jeu subtil et émouvant de Thomas Cousseau ; autant d'éléments qui font de cette adaptation un grand moment de théâtre.

Timon d'Athènes, bien qu'appartenant au cycle des grandes tragédies shakespeariennes, a été peu jouée, attirant rarement les foules : cette pièce déroute par ses aspects formels et ses visées philosophiques austères et complexes, par une action qui se résume à des échanges verbaux et des soliloques (une tragédie sans meurtres sanglants ni lamentations féminines...). Néanmoins, la mise en scène de Jean-Christophe Hembert saura sans nul doute réconcilier le public avec une pièce méconnue : un spectacle à l'image du texte, rigoureux, sobre et poétiquement complexe, mais qui ne manque pourtant pas d'inventivité fantaisiste bien dosée.

B. Longre
(septembre 2001)

Salle Paul Grémeret
Les subsistances
Quai Saint-Vincent, Lyon
04 78 39 10 02

Shakespeare sur Sit'art mag :
Richard III
Cymbeline
La Tempête
Jules César


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Shakespeare en ligne
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Timon d'Athènes
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le texte en ligne
http://www.cs.usyd.edu.au/~matty/Shakespeare/texts/tragedies
/timonofathens_0.html