Souvenirs,
souvenirs...
Tim O'Brien
est connu pour ses ouvrages autobiographiques ou romanesques et
il a beaucoup écrit sur la guerre du Vietnam, une époque
qui l'inspire toujours. Ainsi, sans grande surprise dans son dernier
roman, nous nous retrouvons entre deux périodes, l'année
1969 et le mois de juillet 2000. July, July
est construit à la manière d'un film de Robert Altman
(Shorts Cuts, pour n'en citer qu'un) ; un roman dans lequel
évolue une dizaine de personnages, dont les destinées
se croisent, se décroisent et qui ont en commun une certaine
nostalgie pour leur jeunesse — révolue, comme de bien
entendu. En ce mois de juillet 2000, la promotion de l'année
1969 est de retour à Darton Hall College : ils sont tous
venus, ou presque ; Amy et Jan, toutes deux fraîchement divorcées
et en quête d'aventures, Marv, cardiaque et presque obèse,
toujours amoureux de Spook — elle-même névrosée,
affublée de deux maris et un amant... —, Billy, qui
ressasse une humiliation vieille de trente ans et en veut toujours
à Dorothy (qui, en 1969, avait refusé de s'enfuir
avec lui au Canada) ; cette dernière ne cesse de raconter
à ses anciens camarades comment elle survit depuis qu'un
cancer la ronge, tandis que Emy ne sait comment avouer une infidélité
à son mari et que Paulette subit encore le contrecoup d'un
licenciement — elle était... pasteur !
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Dans
le même temps, on suit avec un intérêt grandissant
les obsessions de David et ses vaines tentatives pour de nouveau
se faire aimer de Marla : David est un unijambiste désespéré,
vétéran de la guerre du Vietnam, une expérience
dont il ne s'est jamais véritablement remis ; motif récurrent
dans l'oeuvre de l'auteur, pour qui le véritable courage
appartient à ceux qui ont dit non à la guerre,
en refusant d'y participer, préférant quitter
leur pays ; Tim O'brien n'a en effet de cesse de clamer sa lâcheté,
lui qui n'a pas osé s'opposer à cette guerre absurde
; une période qui l'a ensuite poussé à
écrire : "Je ne pouvais pas ne pas écrire.
Des questions morales étaient en jeu, comme le fait terrible
de partir à la guerre et de ne pas avoir le courage de
dire non, ce qui vous pousse à écrire combien
il est difficile de répondre non à quoi que ce
soit dans ce monde." |
Et l'auteur
d'ajouter : "Chaque livre que j'ai écrit porte en
lui l'ombre du Vietnam, parfois directement et parfois en oblique.
Mais il est toujours là, surtout dans July, July.
Je pense que les histoires sont destinées à parler
du coeur humain mis sous pression. Le Vietnam est une façon
d'appliquer cette pression."
Ce roman se
lit avec bonheur : les personnages sont attachants, les retrouvailles
mouvementées et touchantes, et le romancier maîtrise
parfaitement l'art du dialogue (drôle et incisif) : excellent
dosage narratif d'émotions, de références à
l'histoire individuelle confrontée à l'Histoire, de
réflexions sociologiques sur le mariage, le divorce, les
regrets, les choses qui n'ont pas été vécues
et la perte des idéaux. Certains chapitres peuvent aussi
se lire comme des nouvelles car ils se suffisent à eux-mêmes,
tout particulièrement les passages qui relatent les souvenirs
de guerre de David Todd ou les mésaventures de l'ex-pasteur,
Paulette Haslo. En bref, un excellent roman qui témoigne
des moeurs, des habitudes sociales et des besoins d'une génération
un peu désemparée, perdue dans un temps nouveau et
qui tente de s'y adapter tout en conciliant la solitude du temps
présent et les regrets du passé.
Blandine
Longre
(juin 2003)

http://www.illyria.com/tobhp.html
http://www.stg.brown.edu/projects/WritingVietnam/obrienpreface.html
http://www.chron.com/cs/CDA/story.hts/ae/books/ch1/1663624
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