July, July
(Flamingo, 2002)

Juillet, juillet
traduit de l'anglais par Sabine Porte
Flammarion, 2004

 

Souvenirs, souvenirs...

Tim O'Brien est connu pour ses ouvrages autobiographiques ou romanesques et il a beaucoup écrit sur la guerre du Vietnam, une époque qui l'inspire toujours. Ainsi, sans grande surprise dans son dernier roman, nous nous retrouvons entre deux périodes, l'année 1969 et le mois de juillet 2000. July, July est construit à la manière d'un film de Robert Altman (Shorts Cuts, pour n'en citer qu'un) ; un roman dans lequel évolue une dizaine de personnages, dont les destinées se croisent, se décroisent et qui ont en commun une certaine nostalgie pour leur jeunesse — révolue, comme de bien entendu. En ce mois de juillet 2000, la promotion de l'année 1969 est de retour à Darton Hall College : ils sont tous venus, ou presque ; Amy et Jan, toutes deux fraîchement divorcées et en quête d'aventures, Marv, cardiaque et presque obèse, toujours amoureux de Spook — elle-même névrosée, affublée de deux maris et un amant... —, Billy, qui ressasse une humiliation vieille de trente ans et en veut toujours à Dorothy (qui, en 1969, avait refusé de s'enfuir avec lui au Canada) ; cette dernière ne cesse de raconter à ses anciens camarades comment elle survit depuis qu'un cancer la ronge, tandis que Emy ne sait comment avouer une infidélité à son mari et que Paulette subit encore le contrecoup d'un licenciement — elle était... pasteur !

Dans le même temps, on suit avec un intérêt grandissant les obsessions de David et ses vaines tentatives pour de nouveau se faire aimer de Marla : David est un unijambiste désespéré, vétéran de la guerre du Vietnam, une expérience dont il ne s'est jamais véritablement remis ; motif récurrent dans l'oeuvre de l'auteur, pour qui le véritable courage appartient à ceux qui ont dit non à la guerre, en refusant d'y participer, préférant quitter leur pays ; Tim O'brien n'a en effet de cesse de clamer sa lâcheté, lui qui n'a pas osé s'opposer à cette guerre absurde ; une période qui l'a ensuite poussé à écrire : "Je ne pouvais pas ne pas écrire. Des questions morales étaient en jeu, comme le fait terrible de partir à la guerre et de ne pas avoir le courage de dire non, ce qui vous pousse à écrire combien il est difficile de répondre non à quoi que ce soit dans ce monde."

Et l'auteur d'ajouter : "Chaque livre que j'ai écrit porte en lui l'ombre du Vietnam, parfois directement et parfois en oblique. Mais il est toujours là, surtout dans July, July. Je pense que les histoires sont destinées à parler du coeur humain mis sous pression. Le Vietnam est une façon d'appliquer cette pression."

Ce roman se lit avec bonheur : les personnages sont attachants, les retrouvailles mouvementées et touchantes, et le romancier maîtrise parfaitement l'art du dialogue (drôle et incisif) : excellent dosage narratif d'émotions, de références à l'histoire individuelle confrontée à l'Histoire, de réflexions sociologiques sur le mariage, le divorce, les regrets, les choses qui n'ont pas été vécues et la perte des idéaux. Certains chapitres peuvent aussi se lire comme des nouvelles car ils se suffisent à eux-mêmes, tout particulièrement les passages qui relatent les souvenirs de guerre de David Todd ou les mésaventures de l'ex-pasteur, Paulette Haslo. En bref, un excellent roman qui témoigne des moeurs, des habitudes sociales et des besoins d'une génération un peu désemparée, perdue dans un temps nouveau et qui tente de s'y adapter tout en conciliant la solitude du temps présent et les regrets du passé.

Blandine Longre
(juin 2003)

http://www.illyria.com/tobhp.html

http://www.stg.brown.edu/projects/WritingVietnam/obrienpreface.html

http://www.chron.com/cs/CDA/story.hts/ae/books/ch1/1663624