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Henry D. Thoreau ou « la provocation à penser
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Rien
de tel que la découverte des essais de ce dissident
suprême que fut Henry D. Thoreau (1817-1862) pour
rompre avec son image d’ermite retiré sur les
bords du lac Walden. Le penseur, s’il se tenait en
retrait des mouvements collectifs et manifestait un certain
apolitisme, n’en était pas moins attentif aux
débats de son temps et à l’actualité
de son pays. Michel Granger, préfacier de ce recueil,
souligne donc opportunément que Thoreau maintint
toujours sa réflexion non moutonnière entre
« nature et société », pour tenter
de définir l’équilibre qu’un individu
libre digne de ce nom pouvait se ménager entre ces
deux pôles.
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D’abord
disciple d’Emerson – mais quel jeune intellectuel américain
ne le fut pas à l’époque ? –, Thoreau
délaissera le transcendantalisme de ses années d’apprentissage
et préfèrera soutenir des positions que d’aucuns
rattachent volontiers à l’anarchisme. Si cette étiquette
convient au critique de l’État, il est malaisé
de l’accoler au moraliste rigoureux qui, à la fin de
sa (courte) vie, penchera pour les théories de Darwin.
Ce qui
est indéniable, c’est son engagement intégral,
absolu, pour la nature. Ayant comme nul autre de ses contemporains
abordé ce sujet, Thoreau sera l’initiateur d’un
genre littéraire à part entière, qui fait encore
florès aujourd’hui, celui du nature writing,
et c’est en visionnaire qu’il appellera, dès
le milieu du XIXe siècle, à la préservation
et à la protection des sites menacés par l’homme.
Soulignons d’emblée
que l’ouvrage réalisé par les éditions
marseillaises Le mot et le reste est d’une très belle
facture, notamment au niveau de sa typographie, où élégance
se conjugue avec clarté. Au-delà de ce pur attrait
bibliophilique (qui rend hommage à l’amour que notre
réfractaire portait aux livres), l’intérêt
est de retrouver rassemblés les articles et interventions
essentiels de Thoreau.
On retiendra,
parmi bien d‘autres, les écrits de la période
abolitionniste, comme L’esclavage au Massachusetts,
mais surtout le vibrant Plaidoyer en faveur du capitaine John
Brown, conférence rédigée « à
chaud », au moment où le rebelle, accusé du
meurtre de cinq colons esclavagistes, attendait d’être
pendu. Thoreau sort ici de sa réserve et prend le risque
de défendre, avec violence et superbe, cet activiste, ce
fanatique, à ses yeux « un martyr », pour obtenir
sa grâce. Ces pages coupent littéralement le souffle,
par le courage et la détermination qui s’y affirment.
Dans un
registre plus apaisé, voire léger, on le suivra dans
La succession des arbres en forêt, l’une de
ses dernières contributions naturalistes dans laquelle il
entend démontrer, par le biais d’une rhétorique
accessible aux abonnés du Bulletin de la Société
d’Agriculture, la fausseté des thèses créationnistes
par rapport à celles de la sélection des espèces.
Ce travail anthologique
permet enfin au public francophone de parcourir l’évolution,
ou plutôt les inflexions, de la pensée plurielle de
Thoreau et de rencontrer un sage qui, au lendemain d’une nuit
passée en prison parce qu’il avait refusé de
payer ses impôts, n’avait d’urgence que d’aller
cueillir des airelles. N’est-ce pas là une fréquentation
hautement recommandable ?
Frédéric
Saenen
(juillet 2007)
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

http://thoreau.eserver.org/
http://atheles.org/lemotetlereste
http://www.thoreausociety.org/
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L'éditeur
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L’esprit
commercial des temps modernes
de Henry D. Thoreau
traduit par D. Bazy et S. Fueyo, Postface de M. Granger, Le
Grand souffle, 2007
Petit
Thoreau - C’est avec un indéniable culot
que David Henry Thoreau (qui n’avait pas encore à
l’époque inversé l’ordre de ses
prénoms) prononça, le 30 août 1837 à
Harvard, sa conférence pour l’obtention du diplôme
de « Bachelor of arts ». Imaginons l’impétrant
face à un aréopage de sommités universitaires,
en train de prôner un « otium » diamétralement
opposé à la course aux intérêts
dans laquelle s’est engagée avec frénésie
l’encore jeune nation américaine. On en vient
à se demander si l’un ou l’autre des membres
de la très sérieuse assistance a pu alors déceler
le talent naissant du futur auteur de Walden ou la vie
dans les bois (1854). Gageons en tout cas qu’il
fit pointer quelques sourcils en accents circonflexes quand,
du haut de ses vingt ans, il osa proposer que «
le dimanche devrait être le jour du labeur de l’homme,
pour ainsi gagner sa vie à la sueur de son front ;
et les six autres jours consisteraient en le repos des sentiments
et de l’âme, – pour parcourir ce jardin
ouvert, et boire aux effluves et aux sublimes révélations
de la nature. » Mais n’est-il rien de plus
compliqué à faire entendre aux hommes qu’un
message simple ? F. Saenen
(juin 2007) |
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