Le Théâtre du Soleil

une pièce de Hélène Cixous
mise en scène Ariane Mnouchkine
musique Jean-Jacques Lemêtre

du 5 au 27 avril 2001
Spectacle "hors les murs" aux Subsistances

8 quai Saint-Vincent, Lyon 1er

 

Production : Théâtre du Soleil / Accueil Célestins, Théâtre de Lyon en collaboration avec les Subsistances et le Théâtre de la Croix-Rousse / Avec l'aide du Conseil Régional Rhône-Alpes et les délégations au Contrat de Ville des municipalités de Lyon, Villeurbanne et Bron.

« Si tu écrivais une pièce qui aurait été écrite par le poète Hsi-Xhou, une pièce ancienne, qui fut jouée autrefois tantôt par des marionnettes, tantôt par des acteurs qui tantôt étaient des femmes jouant tous les rôles, tantôt étaient des hommes jouant tous les rôles, selon que la pièce était représentée dans tel royaume sous telle loi et tel interdit »… Voilà ce qu'un jour Ariane Mnouchkine dit à l'historienne Hélène Cixoux, et voilà comment germa peu à peu l'idée de Tambours sur la Digue, dernière création du Théâtre du Soleil, que les Subsistances ont la chance d'accueillir ce mois-ci. Pour ce travail, Mnouchkine et Cixous sont remontées aux sources mêmes du théâtre, en Asie, où acteurs, marionnettes, légendes populaires et musique dialoguaient harmonieusement avec les dieux.
L'argument est simple : leurs territoires menacés par des inondations dévastatrices, un prince chinois et ses conseillers doivent choisir entre sacrifier une partie de la ville ou sacrifier les terres agricoles, afin de réduire au minimum les conséquences de la catastrophe naturelle. Le dilemme politique est grand, il devient l'occasion de déchirures irrémédiables au sein de la population et de ses gouvernants. Fresque historique chatoyante enveloppée d'imaginaire, Tambours sur la Digue entrecroise les destins tragiques de multiples personnages aux costumes somptueux.
Sur scène, ces personnages s'avèrent autant de marionnettes manipulées par d'énigmatiques hommes de l'ombre ! Chaque acteur, en effet, se meut en mimant les automatismes d'un pantin, ses gestes étant guidés par un « manipulateur » vêtu de noir et masqué. Les manipulateurs amènent les acteurs-marionnettes, les font jouer, puis les ramènent en coulisse, à la fin du tableau.
L'idée de mise en scène est géniale : le statut d'acteur est mis en abyme, l'être humain est confronté à ses marionnettes intérieures et les « automates » entament une formidable chorégraphie, un ballet mécanique virtuose. Ce dernier est accompagné par les compositions de Jean-Jacques Lemêtre, véritable homme-orchestre : à l'aide d'un nombre impressionnant d'instruments (il joue parfois de deux d'entre eux à la fois), avec deux autres musiciens, il distille une musique discrète et belle, suggestive et envoûtante.
Spectacle funambule, la pièce a un sens rare du détail et de la précision. Elle semble mue par une force poétique épurée, humble, tissant les liens entre musique, texte et gestes aériens. Tambours sur la Digue s'approche de l'idée d'art total, mais en se situant à l'opposé de la démarche d'un Wagner : la création de Mnouchkine s'affranchit de toute emphase ou symbolique empesée. Ici, l'acteur ne fait encore que prêter sa voix à « son » corps-marionnette, évitant ainsi affectation et tonalité théâtrale.
Au fil de l'eau, au son des cordes pincés d'une cithare, les lignes du destin tressent lentement leur écheveau, puis se brisent sur la lézarde d'une digue qui résonne comme une fêlure au cœur de la communauté. Le spectacle, au sens noble du terme, est un enchantement des sens (couleurs, sons, mouvements) et du sens, un pur moment de bonheur.

Jean-Emmanuel Denave


Sous forme de pièce ancienne pour marionnettes jouée par des acteurs

"Le théâtre est la représentation du monde entier. On y parle de devoir, de jeux, d'argent, de paix, de rire, de combat, d'amour et de mort. Il apprend le devoir à ceux qui l'ignorent, l'amour à ceux qui y aspirent. Il punit les méchants, augmente la maîtrise de ceux qui sont disciplinés, donne du courage aux lâches, de l'énergie aux héros, de l'intelligence aux faibles d'esprit, de la sagesse aux savants."
Bharata (Natya Sastra, IVe siècle avant JC)

"Si tu écrivais une pièce qui aurait été écrite par le poète Hsi-Xhou, une pièce ancienne, qui fut jouée autrefois tantôt par des marionnettes, tantôt par des acteurs qui tantôt étaient des femmes jouant tous les rôles, tantôt étaient des hommes jouant tous les rôles, selon que la pièce était représentée dans tel royaume sous telle loi et tel interdit ?"
Voilà ce que le metteur en scène dit un jour à l’auteur.
Alors l’auteur se mit à écrire la pièce qui avait été écrite par son antique prédécesseur et maître le poète Hsi-Xhou.
Le jour, pendant l’année 1998, l’auteur étudiait les textes anciens tels qu’ils nous ont été rapportés en remontant la route de la Soie et de la Scène depuis le Japon, la Chine, la Corée, l’Inde, avec bijoux, pâtes de verre, instruments de musique, bannières, pinceaux, estampes. Rapportés, déposés dans des volumes érudits, illustrés et enseignés.
La nuit, arrivait le maître marionnettiste Hsi-Xhou et il mettait en branle l’imagination de l’auteur-marionnette, en tirant sur tous les fils.
Si jamais il y eut texte dicté et auteur soufflé ce fut bien en ce cas. Ceci est donc une pièce transmise comme jamais encore.
Hélène Cixous

réservations
04 72 77 40 00

Hélène Cixous à la Villa Gillet (sur Sit'art mag)

http://www.theatre-du-soleil.fr/

http://www.theatre-du-soleil.fr/tambour/presentation.html

http://margaux.ipt.univ-paris8.fr/~etudfem/notice_helene_cixous.html

entretien avec Ariane Mouchkine
http://www.regards.fr/archives/1999/199911/199911inv01.html