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Production
: Théâtre du Soleil / Accueil Célestins, Théâtre
de Lyon en collaboration avec les Subsistances et le Théâtre
de la Croix-Rousse / Avec l'aide du Conseil Régional Rhône-Alpes
et les délégations au Contrat de Ville des municipalités
de Lyon, Villeurbanne et Bron.
« Si tu écrivais
une pièce qui aurait été écrite par
le poète Hsi-Xhou, une pièce ancienne, qui fut jouée
autrefois tantôt par des marionnettes, tantôt par des
acteurs qui tantôt étaient des femmes jouant tous les
rôles, tantôt étaient des hommes jouant tous
les rôles, selon que la pièce était représentée
dans tel royaume sous telle loi et tel interdit »… Voilà
ce qu'un jour Ariane Mnouchkine dit à l'historienne Hélène
Cixoux, et voilà comment germa peu à peu l'idée
de Tambours sur la Digue, dernière création du Théâtre
du Soleil, que les Subsistances ont la chance d'accueillir ce mois-ci.
Pour ce travail, Mnouchkine et Cixous sont remontées aux
sources mêmes du théâtre, en Asie, où
acteurs, marionnettes, légendes populaires et musique dialoguaient
harmonieusement avec les dieux.
L'argument est simple : leurs territoires menacés par des
inondations dévastatrices, un prince chinois et ses conseillers
doivent choisir entre sacrifier une partie de la ville ou sacrifier
les terres agricoles, afin de réduire au minimum les conséquences
de la catastrophe naturelle. Le dilemme politique est grand, il
devient l'occasion de déchirures irrémédiables
au sein de la population et de ses gouvernants. Fresque historique
chatoyante enveloppée d'imaginaire, Tambours sur la Digue
entrecroise les destins tragiques de multiples personnages aux costumes
somptueux.
Sur scène, ces personnages s'avèrent autant de marionnettes
manipulées par d'énigmatiques hommes de l'ombre !
Chaque acteur, en effet, se meut en mimant les automatismes d'un
pantin, ses gestes étant guidés par un « manipulateur »
vêtu de noir et masqué. Les manipulateurs amènent
les acteurs-marionnettes, les font jouer, puis les ramènent
en coulisse, à la fin du tableau.
L'idée de mise en scène est géniale : le statut
d'acteur est mis en abyme, l'être humain est confronté
à ses marionnettes intérieures et les « automates »
entament une formidable chorégraphie, un ballet mécanique
virtuose. Ce dernier est accompagné par les compositions
de Jean-Jacques Lemêtre, véritable homme-orchestre :
à l'aide d'un nombre impressionnant d'instruments (il joue
parfois de deux d'entre eux à la fois), avec deux autres
musiciens, il distille une musique discrète et belle, suggestive
et envoûtante.
Spectacle funambule, la pièce a un sens rare du détail
et de la précision. Elle semble mue par une force poétique
épurée, humble, tissant les liens entre musique, texte
et gestes aériens. Tambours sur la Digue s'approche de l'idée
d'art total, mais en se situant à l'opposé de la démarche
d'un Wagner : la création de Mnouchkine s'affranchit de toute
emphase ou symbolique empesée. Ici, l'acteur ne fait encore
que prêter sa voix à « son » corps-marionnette, évitant
ainsi affectation et tonalité théâtrale.
Au fil de l'eau, au son des cordes pincés d'une cithare,
les lignes du destin tressent lentement leur écheveau, puis
se brisent sur la lézarde d'une digue qui résonne
comme une fêlure au cœur de la communauté. Le spectacle,
au sens noble du terme, est un enchantement des sens (couleurs,
sons, mouvements) et du sens, un pur moment de bonheur.
Jean-Emmanuel
Denave
Sous forme
de pièce ancienne pour marionnettes jouée par des
acteurs
"Le théâtre
est la représentation du monde entier. On y parle de devoir,
de jeux, d'argent, de paix, de rire, de combat, d'amour et de mort.
Il apprend le devoir à ceux qui l'ignorent, l'amour à
ceux qui y aspirent. Il punit les méchants, augmente la maîtrise
de ceux qui sont disciplinés, donne du courage aux lâches,
de l'énergie aux héros, de l'intelligence aux faibles
d'esprit, de la sagesse aux savants."
Bharata (Natya Sastra, IVe siècle avant JC)
"Si
tu écrivais une pièce qui aurait été
écrite par le poète Hsi-Xhou, une pièce ancienne,
qui fut jouée autrefois tantôt par des marionnettes,
tantôt par des acteurs qui tantôt étaient des
femmes jouant tous les rôles, tantôt étaient
des hommes jouant tous les rôles, selon que la pièce
était représentée dans tel royaume sous telle
loi et tel interdit ?"
Voilà
ce que le metteur en scène dit un jour à l’auteur.
Alors
l’auteur se mit à écrire la pièce qui avait
été écrite par son antique prédécesseur
et maître le poète Hsi-Xhou.
Le jour,
pendant l’année 1998, l’auteur étudiait les textes
anciens tels qu’ils nous ont été rapportés
en remontant la route de la Soie et de la Scène depuis le
Japon, la Chine, la Corée, l’Inde, avec bijoux, pâtes
de verre, instruments de musique, bannières, pinceaux, estampes.
Rapportés, déposés dans des volumes érudits,
illustrés et enseignés.
La nuit,
arrivait le maître marionnettiste Hsi-Xhou et il mettait en
branle l’imagination de l’auteur-marionnette, en tirant sur tous
les fils.
Si jamais
il y eut texte dicté et auteur soufflé ce fut bien
en ce cas. Ceci est donc une pièce transmise comme jamais
encore.
Hélène Cixous
réservations
04 72 77 40 00

Hélène
Cixous à la Villa Gillet (sur
Sit'art mag)
http://www.theatre-du-soleil.fr/
http://www.theatre-du-soleil.fr/tambour/presentation.html
http://margaux.ipt.univ-paris8.fr/~etudfem/notice_helene_cixous.html
entretien
avec Ariane Mouchkine
http://www.regards.fr/archives/1999/199911/199911inv01.html
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