La reine des cerveaux
traduit de l'allemand par Janine Bourlois
Le Serpent à Plumes, février 2002
collection Serpent Noir

 

Une terrifiante érudition

Kyra Berg, jeune journaliste au Berliner Morgen, a récemment quitté la rubrique culturelle du journal pour se vouer toute entière à des enquêtes criminelles, rêvant d'enfin tomber sur "une femme vraiment extraordinaire, une femme complètement sans scrupules, méchante, [qui] ébranlerait cette société plus violemment que n'importe qu'elle révolution". Son fantasme est-il en passe de devenir réalité lorsqu'est découvert le corps décapité de son rédacteur en chef ? La femme de ce dernier (trompée depuis des lustres) s'accuse du meurtre, mais la tête du rédacteur demeure introuvable et les soupçons de la police se porte plutôt sur la fille du couple, Isabelle Konrad, une drôle de créature aux cheveux verts. Ne cessant de se mêler des affaires des autres (ou plutôt parce qu'elle prend très à coeur son métier...) Kyra Berg entreprend l'investigation à sa manière, mais sans prendre conscience du danger qui rôde...

Sur fond de tragédie antique, menace et oppression planent sur ce roman noir ; des traits accentués par une narration par à-coups qui brouille les pistes et maintient un excellent suspense. On se méprend sur les personnages et sur leurs divers degrés de perversité, des traits de caractère qui s'oppose à la pureté paradoxale de l'assassin, "la reine des cerveaux" : sorte de monstrueux mais fascinant golem, être hybride qui sacrifie ses victimes en récitant (dans le texte ! ) des vers de L'Illiade, et créé de toutes pièces, semble-t-il, par un esprit certes cultivé, mais aussi totalement mégalo. Le paroxysme des séquences en italique porte la terreur à son comble et la qualité crépusculaire de l'ensemble leur doit beaucoup, tranchant singulièrement avec les scènes plus légères, proches de la comédie de moeurs, où l'on retrouve une Kyra Berg mi-vamp, mi-garçon manqué, lorsqu'elle ne souffre pas d'une inquiétante mais temporaire amnésie... Tout est ainsi réuni pour faire passer au lecteur de terrifiants moments, teintés d'une heureuse érudition.
B.Longre
(février 2002)

Professeur de philosophie à Berlin, Thea Dorn a reçu pour ce livre le Deutscher Krimipreis 2000.


Le Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com