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Les
débuts sont des moments délicats
«
Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles.
On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête
de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle
dit : « Les débuts sont des moments délicats
».
Je n’ai
plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après
Qui
suis-je ?, publié dans la collection Medium
de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà
ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au
genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils
n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas
quelque chose posé à côté, dissonant.
Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour
se remplir d’images.
Au début
du texte, Kaï a seize ans et neuf jours. Trois sons autour
de lui, et deux couleurs. Quand on referme le livre, on relit le
premier paragraphe. Obligé on pleure. Au début du
texte, Kaï a seize ans et se souvient, six ans auparavant.
Un petit garçon aujourd’hui qui joue sur une plage.
Ce qu’il raconte tient en quelques mois, et peut-être
que c’est là-dedans, juste, qu’il a grandi.
«
J’ai l’impression d’être dans un film policier
quand on explique tout à la fin. Je regarde la fenêtre
de la cuisine, là où on a collé tous les autocollants
d’animaux qu’on trouve dans les petits-suisses aux fruits.
Je me pince le nez ».
Kaï
a juste envie qu’on lui dise la vérité, que
ses parents, que son oncle, arrêtent de le prendre pour un
enfant qui ne peut pas comprendre. Kaï est peut-être
amoureux de Sidonie, mais qu’est-ce qu’on fait d’un
amour, à dix ans, quand les grands qu’on aime ne sont
pas capables de parler ?
Je
n’ai plus dix ans est rempli d’images.
Dos à la forêt de pins et face à l’océan.
Un restaurant chinois gare Montparnasse. Dans les rues de Strasbourg,
deux par deux. J’ai retrouvé les sensations éprouvées
à la lecture de Qui suis-je ?,
et tout de suite après, le danger qu’il y a à
découper un livre en quelques mots-clés qui feraient
fuir la plupart de ceux qui, justement, ont pris soin de laisser
l’enfance enfermée quelque part.
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C’est
drôle. Dans le dernier chapitre, Kaï est dans
le train qui le ramène chez lui. On lui a dit la
vérité, et Kaï sait qu’il a grandi.
Qu’il a sans doute fait grandir aussi les adultes
responsables qui jusque là lui mentaient. On ne finit
jamais de grandir.
«
Avant de rentrer dans un tunnel, le train siffle. Un
long sifflement qui s’engouffre avec moi dans le noir
et qui ressort, très loin, dans un éclair
jaune et blanc ». Dans la dernière scène
de Pas raccord (Stephen Chbosky,
Exprim’, Sarbacane), Charlie grandissait comme ça
aussi. A la sortie d’un tunnel. Ce qu’il y a
de bouleversant dans le livre de Thomas Gornet, c’est
la force des sensations. Les phrases courtes comme des gifles,
la musique direct dans les oreilles, les gens dans la rue.
Des détails qui n’en sont pas quand on sort
de la lecture tout remué. Les lumières dans
la salle se rallument. Waouh.
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Madeline
Roth
(septembre 2008)
Madeline
Roth, libraire spécialisée jeunesse
à L'Eau Vive, à Avignon. Grignote un peu partout depuis
longtemps les livres pour tout le monde qui tiennent debout et essaie
aussi d'écrire des romans à elle, un peu.
http://septieme.hautetfort.com

http://www.ecoledesloisirs.fr
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