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Jean-Philippe
Salério a tiré des Têtes parlantes
d'Alan Bennett une excellente mise en théâtre, tout
en les prenant au pied de la lettre : des personnages, nous ne verrons
que les visages, mais les visages animés et expressifs d'êtres
qui s'épanchent tout en nous autorisant de rire de leurs
faiblesses et de leur solitude. L'on devine le reste de leur corps,
quasi dénudé, mais dissimulé par d'astucieux
objets symboliques : une énorme théière de
porcelaine pour Graham, trentenaire, mais toujours "le petit
fiancé de sa maman" et un étrange confessionnal
entouré de cierges pour Suzanne, qui se morfond dans l'honorabilité
de sa vie étriquée de femme du pasteur.
Seuls palliatifs pour cette dernière : le sherry, puis le
"lit parmi les lentilles", celui de Ramesh,
l'épicier indien. Des confessions émouvantes qui n'oublient
jamais d'être acerbes, pudiquement livrées ; c'est
la gravité du ton qui semble l'emporter ici, en dépit
de la peinture des dames patronnesses (le fan club de son époux
George) ou de l'évêque en visite. Suzanne n'a décidément
pas la "panoplie" religieuse de femme de pasteur anglican,
mais son alcoolisme sera néanmoins d'un grand secours à
son mari pour gravir les échelons de la hiérarchie
épiscopale... Le visage de Claire Truche (qui partage harmonieusement
avec J-P Salério la direction de la Nième Compagnie)
tour à tour naïf, espiègle, inspiré ou
béat, évoque à merveille la détresse
d'une femme qui ressemble à s'y méprendre à
une religieuse qui aurait mal tourné...
Dans Une
frite dans le sucre, Graham est lui aussi victime de son
déséquilibre sentimental et là encore, la pudeur
est de mise. Sous la désinvolture du désopilant récit
de sa triste vie, se dissimule une détresse qui surgit au
coin d'une phrase ou d'un regard et qui heurte de plein fouet. De
digression en digression, les points sensibles se révèlent
et l'on comprend que ce n'est point tant sa mère qui a besoin
de lui que le contraire. Il s'accroche à cette vieille femme
qui perd un peu la tête mais qui demeure au centre de son
univers confortable, telle la théière qui lui tient
lieu de refuge. Mais quand sa mère s'amourache d'un ancien
petit ami, son monde douillet se désintègre... Et
même si la finesse du texte y est pour beaucoup, Serge Pillot
joue si bien ses multiples rôles (le vieil amant, le curé
ou l'animateur de sa thérapie de groupe...) que l'évocation
se fait réelle.
Avec de sobres moyens, un éclairage simplifié et quelques
créations plastiques originales (bref, un théâtre
de cuisine), Jean-Philippe Saliero nous donne à voir et à
écouter une exceptionnelle mise à nu des âmes
qui oscille, telle la flamme vacillante des cierges de Suzanne,
entre drame individuel et satire sociale (l'observation de la société
anglaise bien-pensante est croustillante et fourmille de détails)
: deux personnages perdus, tentant d'adoucir l'absurdité
de leur situation par le biais de l'auto-dérision ; un rire
salvateur qui les maintient à flots, évitant à
ses tranches de vie cocasses de sombrer dans la tragédie.
Un seul regret peut-être, que la programmation au théâtre
de la Croix-Rousse n'ait prévu que deux de ces têtes
parlantes chaque soir...
B.
Longre
(décembre
2001)
Unir
le destin dun plasticien et dun comédien,
leur faire produire un objet hybride, une sculpture parlante,
un comédien picturalisé : voilà lidée
de ces Têtes parlantes imaginées par Jean-Philippe
Salério sur des textes dAlan Bennett. Six nouvelles,
six solitudes dérisoires et immobiles et leurs petites
histoires dites sur un ton incisif. De Graham qui vit avec sa
vieille mère à Suzanne la dame patronnesse, de
Leslie la comédienne qui ne décroche que des rôles
dans le porno à Doris la vieille dame maniaque de propreté,
Bennett provoque un rire grinçant entre humour désespéré
et franche rigolade.
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Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon 4ème
renseignements et location
04 72 07 49 50
Carte
Blanche à La Nième Compagnie
Lit Nuptial
Talking Heads / Têtes Parlantes
Un Chacal, des Chamots ?
Cul Cendron
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Opus 1 - Une
frite dans le sucre : avec Serge Pillot - plasticien : Bernard
Fontaine
Opus 2 - Un lit parmi les lentilles : avec Claire Truche
- plasticien : Roger Groslon
Opus 3 - Une femme de lettres : avec Catherine Vial - plasticien
: Joseph Diacoyannis
Opus 4 - La chance de sa vie : avec Jessica Pognant - plasticien
: Jean-Baptiste Gaudin
Opus 5 - Continuer comme avant : avec Claire Semet - plasticien
: Claude Couffin ; réalisation : Luc Laillier
Opus 6 - Un bi-choco sous le sofa : avec Françoise Monneret
; plasticiens : Angelina Herréro, Jean-Pierre Naudet

http://www.croix-rousse.com
http://www.theatredelacommune.com/francais/bennett.htm
http://www.sc.edu/uscpress/Sp99/3280.html
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