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Teodor Mazilu,
en butte à la censure du régime Ceausescu, connut
un temps l'exil ; mais le succès actuel de ses oeuvres dans
son pays en confirme la qualité, et fait de lui l'un des
grands écrivains roumains contemporains. Connu surtout pour
son théâtre, mais aussi auteur de romans, d'essais
et de recueils poétiques, il a fallu la chute de la dictature
et l'ouverture de la Roumanie pour que Mazilu soit reconnu à
l'étranger : Allemagne, Italie, Australie, Égypte…
et plus tardivement France, en particulier grâce au travail
de Philippe Loubière, qui a traduit et adapté
la pièce L'inondation, et vient de traduire
le recueil poétique Chants d'alchimiste, suivi
de Chants de mort et de fête, dans le cadre
d'une édition bilingue publiée à Bucarest.
La belle traduction
de Philippe Loubière met en valeur d'une manière très
sensible le lyrisme particulier de Mazilu, un lyrisme porteur de
grands thèmes (l'amour, la mort, le bonheur, la nature, la
solitude…) sans cesse tendus entre violence et sérénité,
entre désespoir et promesse de bonheur, entre anxiété
et optimisme, entre hédonisme et vie intérieure. Une
« Leçon de Philosophie » ouvre l'ensemble, qui se
clôt sur un « Chant joyeux et ultime » : contre la
« métaphysique / Vanité des obscurs », « Seuls
les amoureux sont éternels », et la mort doit être
« Comme un spectacle de gala / À peine plus triste que
d'habitude ».
Entre ces deux
poèmes, les mots sont acteurs de cette « alchimie du verbe »,
la véritable métamorphose que la poésie opère
par la force du langage, une force tour à tour subtile et
violente, lumineuse et noire, étrange et familière,
joyeuse et triste, déclinant la gamme variée des couleurs
de l'âme et de la nature ; une force qui transforme la mort
en renaissance, la solitude en espoir, le sommeil en rêve,
le rêve en réalité, l'incertitude en confiance :
« La mort n'est pas plus puissante / Que mon pouvoir face à
la mort » comme « La lumière n'est pas plus éclatante
/ Que mon amour pour la lumière »…
Les mots, en
passant du roumain au français, conservent visiblement cette
force, et c'est là l'un des grands mérites de la traduction
de Philippe Loubière : faire en sorte que d'une langue à
l'autre, ces deux langues si proches et si différentes, « la
voix du poète [soit] la seule voix / Dont use le silence
pour venir à vous… », que nous entrions ou restions en
contact avec « Tous les mystères du monde ». Voilà
pourquoi, selon la grande « Ode au silence et aux mots »,
et plus largement selon tous les « Chants d'alchimiste, de mort
et de fête », même si les mots sont capables de
trahir les choses et les êtres, il faut les aimer, dans quelque
langue que ce soit, parce que c'est par eux que se fait et se transforme
le monde, que s'opère la fusion entre l'être et l'univers.
J.P.
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

L'Inondation
http://allromania.com/rhone/bl23/theatre.htm
Entretien
avec Philippe Loubière
http://ourworld.compuserve.com/homepages/mlebert/loubiere.htm
Un
texte de Philippe Loubière portant sur Cioran
http://persoweb.francenet.fr/~languefr/asselaf/lettres20-18.htm
Roumanie
: Culture et littérature
http://www.roembau.org/roembcbr/culture.html
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