Cîntece de Alchimist
Chants d'Alchimiste

Ed. Crater, Bucarest, 2001

Édition bilingue roumain-français
traduction française de Philippe Loubière

 

Teodor Mazilu, en butte à la censure du régime Ceausescu, connut un temps l'exil ; mais le succès actuel de ses oeuvres dans son pays en confirme la qualité, et fait de lui l'un des grands écrivains roumains contemporains. Connu surtout pour son théâtre, mais aussi auteur de romans, d'essais et de recueils poétiques, il a fallu la chute de la dictature et l'ouverture de la Roumanie pour que Mazilu soit reconnu à l'étranger : Allemagne, Italie, Australie, Égypte… et plus tardivement France, en particulier grâce au travail de Philippe Loubière, qui a traduit et adapté la pièce L'inondation, et vient de traduire le recueil poétique Chants d'alchimiste, suivi de Chants de mort et de fête, dans le cadre d'une édition bilingue publiée à Bucarest.

La belle traduction de Philippe Loubière met en valeur d'une manière très sensible le lyrisme particulier de Mazilu, un lyrisme porteur de grands thèmes (l'amour, la mort, le bonheur, la nature, la solitude…) sans cesse tendus entre violence et sérénité, entre désespoir et promesse de bonheur, entre anxiété et optimisme, entre hédonisme et vie intérieure. Une « Leçon de Philosophie » ouvre l'ensemble, qui se clôt sur un « Chant joyeux et ultime » : contre la « métaphysique / Vanité des obscurs », « Seuls les amoureux sont éternels », et la mort doit être « Comme un spectacle de gala / À peine plus triste que d'habitude ».

Entre ces deux poèmes, les mots sont acteurs de cette « alchimie du verbe », la véritable métamorphose que la poésie opère par la force du langage, une force tour à tour subtile et violente, lumineuse et noire, étrange et familière, joyeuse et triste, déclinant la gamme variée des couleurs de l'âme et de la nature ; une force qui transforme la mort en renaissance, la solitude en espoir, le sommeil en rêve, le rêve en réalité, l'incertitude en confiance : « La mort n'est pas plus puissante / Que mon pouvoir face à la mort » comme « La lumière n'est pas plus éclatante / Que mon amour pour la lumière »…

Les mots, en passant du roumain au français, conservent visiblement cette force, et c'est là l'un des grands mérites de la traduction de Philippe Loubière : faire en sorte que d'une langue à l'autre, ces deux langues si proches et si différentes, « la voix du poète [soit] la seule voix / Dont use le silence pour venir à vous… », que nous entrions ou restions en contact avec « Tous les mystères du monde ». Voilà pourquoi, selon la grande « Ode au silence et aux mots », et plus largement selon tous les « Chants d'alchimiste, de mort et de fête », même si les mots sont capables de trahir les choses et les êtres, il faut les aimer, dans quelque langue que ce soit, parce que c'est par eux que se fait et se transforme le monde, que s'opère la fusion entre l'être et l'univers.

J.P. Longre

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

L'Inondation
http://allromania.com/rhone/bl23/theatre.htm

Entretien avec Philippe Loubière
http://ourworld.compuserve.com/homepages/mlebert/loubiere.htm

Un texte de Philippe Loubière portant sur Cioran
http://persoweb.francenet.fr/~languefr/asselaf/lettres20-18.htm

Roumanie : Culture et littérature
http://www.roembau.org/roembcbr/culture.html