de William Shakespeare
mise en scène Dominique Pitoiset

du 2 au 6 avril 2003
au TNP, Villeurbanne

 

scénographie Dominique Pitoiset - costumes et poupées Kattrin Michel - lumières Christophe Pitoiset - musique Antonio Vivaldi enregistrée par Europa Galante, sous la direction de Fabio Biondi

avec Roger Jendly, Luca Fagioli, Mireille Mossé, Laure Josnin, Francesco Migliaccio, Beppe Lo Parco

TNP, Villeurbanne
04 78 03 30 00

Coproduction
Actes Premiers, Maison de la Culture de Loire-Atlantique à Nantes, Les Gémeaux-Scène nationale de Sceaux.

L'île est un monde intermédiaire. Sous forme de désirs, de rêves ou de promesses, l'âge d'or et l'utopie y sont présents.
L'île révèle et dénonce les aspirations de chacun. Et personne n'échappe à ses tentations.
L'île est un lieu de vérité. Toute ambition illicite y est punie.
L'île est un labyrinthe dans lequel les voyageurs, déroutés et séparés, errent et subissent les épreuves que leur inflige Prospéro.
L'île est un songe, l'île est une fable, l'île est une revanche, l'île e est un théâtre.
L'île est un livre dont Prospéro est l'auteur, maître du discours et du sens.Shakespeare écrivit cette comédie ironique du fait humain, cette fable sur le pouvoir et l'illusion, en 1612.
Dominique Pitoiset

chronique à venir
Voir aussi l'article portant sur la mise en scène de Charlie Brozzoni

 

De l’île où se situe la dernière pièce écrite par Shakespeare, le spectateur ne verra qu’un décor fait de sable blanc, de caisses posées ici et là, de maigres étagères portant des livres. C’est l’univers d’exil de Prospero. Cela fait des années que Prospero est dépossédé de son duché de Milan, trahi par son frère Antonio avec la complicité du roi de Naples.
Prospero a peu à peu reconstitué un monde fait de rêves, de magie et d’utopie, entouré de sa fille Miranda qu’il éduque dans les livres et qui ne connaît rien de la vie ni des hommes. Il a aussi un souffre-douleur, Caliban, autochtone difforme qu’il a rendu esclave et Ariel, sorte d'elfe, esprit de l’air interprété par Mireille Mossé, pétillante comédienne lilliputienne.
Cette vie de chimère, Prospero va se donner les moyens de la bouleverser grâce à ses dons magiques acquis pendant ses années d’étude et d’exil : le navire qui croise au large avec à bord le roi de Naples et sa cour, ne résiste pas à la tempête déclenchée par Prospero et fait naufrage. Débarque alors le roi et ses courtisans et leur cortège d’exubérance et de grotesque propres à éblouir Miranda.
A la violence des êtres se mêle celle de l’orage. Prospero fait alors de ses naufragés des marionnettes qu’il punit de leur corruption, de leurs ambitions malveillantes, de leurs faiblesses humaines : « mes ennemis sont tous captifs, désormais dans mon pouvoir et je les abandonne à leurs délits ». Mais il agit avec une touche d’humanité plus que par esprit de vengeance et finit par libérer ses ennemis. « Libère-les, elfe des collines » commande-t-il à Ariel avant de lui rendre à lui aussi sa liberté. Dès lors, Prospero perd sa magie lorsqu’il enfouit son livre dans les eaux et retourne au monde.
La mise en scène courageuse et inventive de Dominique Pitoiset se plaît à peindre l’univers de rêves et de réalité, d’humour et de magie de Shakespeare. Ses naufragés, devenus les marionnettes de Prospero, sont de réelles poupées de chiffons actionnées par des acteurs qui disent leurs textes en allemand ( ils viennent de Berlin). D’autres, tels Caliban, parlent italien. La traduction du texte défile sous les yeux du spectateur (ce qui gêne peut-être les spectateurs en les privant d’une partie du jeu scénique). La musique de Vivaldi soutient l’ensemble de cet univers de rêve et de magie shakespeariens.

Christine Ferré
(avril 2003)

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