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avec Franck Biasini, Renaud Charles, Guillaume Ede, Laurent Halgand,
Christian Lucas, Marc Planceon, Sylvain Stawski, Richard Tisserant,
Dominique Vallon, Anny Vogel...
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"Après plusieurs années d'exil sur une île
inconnue, Prospero, magicien influent, aidé de sa
fille Miranda, décide de se venger des hommes qui
l'ont dépossédé du duché de Milan. Avec
l'aide d'Ariel, esprit de l'air à son service depuis
qu'il l'a délivré du pin sylvestre où une sorcière
l'avait enfermé, Prospero provoque une tempête sur
l'océan. Elle fait séchouer un navire dans lequel
ont pris place ses ennemis : Alonzo, roi de Naples, Sébastien,
le frère d'Alonzo, Antonio, son propre frère
usurpateur. Les passagers échouent, en groupes séparés,
sur divers coins de lîle. Chacun suit alors sa route
au cur de ce théâtre onirique quinlassablement
Prospero et Ariel tissent et animent."
La
Tempête, "comédie tragique" selon
Charlie Brozzoni, trouve aussi sa place parmi les "romances"
de Shakespeare et occupe, de toute évidence, une position
curieuse dans l'oeuvre du dramaturge, en partie par le fait que
Shakespeare composait là une de ses dernières pièces
(une sorte de testament littéraire) et abandonnait ainsi
l'art poétique : pareillement, Prospero renonce à
ses pouvoirs de magicien et se résigne à accepter
son humanité. L'analogie entre Shakespeare et sa création,
un prince dépossédé de sa couronne, ne s'arrête
pas là car Prospero ne cesse de se substituer au metteur
en scène et, en véritable démiurge, retors
et astucieux, est capable d'attirer ses ennemis sur son île
afin de mieux leur pardonner : son frère Antonio, l'usurpateur,
la Reine de Naples (qui est un roi chez Shakespeare) et sa suite.
A force de magie, d'hallucinations visuelles et sonores, il parvient
à les soumettre à sa volonté et à nous
livrer un dénouement ambigu, entre féroce pardon et
sombre résignation.
Quant à la romance, les attentes du spectateur sont comblées
: Miranda (Judith Chemla), la fille de Prospero, naïve à
souhait, n'a de cesse que de s'extasier devant "la beauté
de l'humanité" et tombe dans les bras du premier garçon
venu (fort heureusement prince de son état !), elle qui n'a
jamais connu que deux hommes, son père et Caliban, mi-bête
mi-homme, seul autochtone sur l'île où elle vit depuis
l'enfance...
L'île, protagoniste à part entière, est un espace
sauvage et surnaturel, peuplé d'esprits au service de Prospero
(saluons la prestation de Sylvain Stawski, un Ariel plein de grâce
et d'humour) ; un lieu clos qui libère les passions et les
vices de ceux qui s'y sont échoués, entièrement
sous le contrôle du magicien. Charlie Brozzoni a fait le choix
téméraire de donner le rôle à une femme,
Dominique Vallon, et cette idée ne fera peut-être pas
l'unanimité ; mais la comédienne dégage ici
un tel concentré de force maîtrisée et d'émotion,
qu'il est difficile ne ne pas être sensible à cette
performance énigmatique, aux multiples facettes. C'est par
le biais de ce personnage que peut se développer le thème
essentiel de l'illusion théâtrale, qui, comme la magie,
a ses limites : en dépit de ses pouvoirs, Prospero ne parvient
pas à transformer le coeur humain ou à "civiliser"
le grimaçant Caliban (Richard Tisserant), dont la laideur
physique, selon Prospero, ne fait qu'illustrer la noirceur d'âme,
une impartialité qui paraîtra cruelle et non fondée
au spectateur du XXIème siècle : Shakespeare a-t-il
voulu dénoncer cette "éducation" forcée
de l'homme "primitif" (théorie bien hasardeuse
et plutôt anachronique) ou était-il uniquement désireux
d'évoquer la colonisation , un phénomène en
plein essor au début du XVIIème siècle ?
Quelle que soit la réponse, si tant est qu'on puisse la connaître
un jour, la pièce permet néanmoins de s'interroger
: Caliban est-il réellement une créature plus dégénérée
que Sébastien, qui complote contre sa soeur la reine, ou
que Stéphano et Trinculo, une paire d'ivrognes clownesques
qui rêvent de s'emparer de l'île ? Le poète ne
cesse de jouer sur le caractère illusoire des apparences
et Caliban a beau être vêtu de quelques haillons, il
n'en demeure pas moins le légitime propriétaire de
l'île, ce territoire qu'il aime et connaît par coeur,
et dont Prospero l'a spolié, tout en le réduisant
en esclavage.
La portée philosophique de la pièce ne peut être
niée mais loin de Shakespeare ou de Charlie Brozzoni l'idée
d'en faire un long et fastidieux discours. La musique, les effets
spéciaux (quoique démesurés), la farce, l'ironie...
contribuent au mélange des registres cher à Shakespeare
(seule entorse à la règle, le respect des trois sacro-saintes
unités). Le spectacle comprend un nombre inhabituel de chansons,
de danses et d'intermèdes musicaux, et la tempête,
au tout début de la pièce, est aussi une fracassante
symphonie (sur une musique d' Etienne Perruchon) dans laquelle se
noient les voix des protagonistes.
Pourtant, en dépit d'un décor ingénieux, un
luxe d'effets visuels et sonores, et un jeu le plus souvent honnête,
la mise en scène comporte des longueurs et l'agencement des
scènes semble parfois décousu : la faute en revient
peut-être aux transitions, parfois maladroites et sans élan,
et à certains effets trop appuyés (la farce n'est
pas toujours drôle, les scènes entre Miranda et son
amant ou entre la reine et son conseiller manquent d'entrain) et
l'on navigue entre un académisme un peu pompeux et quelques
trouvailles heureuses. Néanmoins, malgré son caractère
quelque peu inégal, le spectacle ne manque pas de charme
et la profondeur des thèmes abordés ainsi que la vivacité
du jeu pondèrent les imperfections citées.
Blandine
Longre
(mars 2001)

Le
théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/
http://www.croix-rousse.com/pages/tempete.php3#txt1
Prospero's
book, film de Peter Greenaway inspiré de la pièce
http://members.optusnet.com.au/~zaphod/Prospero.html
Le
texte en ligne
http://www.cwrl.utexas.edu/~benjamin/316kfall/316ktexts/tempest.html
Guide
et notes sur la pièce
http://www.allshakespeare.com/plays/tempest/tn.shtml
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