Te FaiS PaS ReMarQUeR !
de François David et Tiziana Romanin

éditions Sarbacane, 2006
A partir de 6 ans

 

 

Où l’amour ne se satisfait pas de la conformité….

Imaginez une belle tapisserie, un beau papier peint : votre œil se satisfait du rythme parfait des motifs, de la juxtaposition minutieuse des bandes. Mais un détail attire votre attention, un défaut, une bavure, une légère déchirure, un décalage… et vous ne voyez plus que « cela », et « cela » vous dérange. De la même façon, nous évoluons dans une société où l’uniformité des allures et des réactions rassure, où la moindre originalité devient provocante et irritante.

Jules naît heureux, sourit au lieu de pleurer : quelle audace ! Le voilà contraint de crier pour plaire à ses parents. Jules est grand, trop grand : quelle vanité ! Le voilà contraint de se faire tout petit pour ne pas déparer la famille. Jules ne porte pas de casquette : quelle prétention ! Le voilà contraint de porter le chapeau pour ne pas se faire harceler par les copains. Jules chante lorsqu’il est heureux : quelle casserole ! Alors Jules ne chante plus ni ne parle… « Il appuie seulement son dos contre le mur pour entrer dans le papier peint. »
Et cela dure des mois et des années, jusqu’à la rencontre avec Juliette. C’est elle qui devine le désarroi du jeune homme, un malaise derrière le sourire stéréotypé de Jules, sourire « comme dans les publicités » ; c’est elle qui le pousse enfin à s’exprimer, c’est elle qui le libère et lui offre une nouvelle vie, où être soi-même est possible.

Les émotions sont si intenses, et l’hymne à l’amour si évident, qu’on se demande si l’auteur, en évoquant l’épanouissement laborieux de Jules, ne puise pas dans le propre déroulement de sa vie. Il aime la nature : elle lui inspire une formidable harmonie que les autres l’ont trop obligé à taire. Il aime la femme qui a su remettre sa vie en mouvement et permis d’exprimer la part de lui-même trop longtemps retenue et considérée « non-conforme ».

Le lecteur reconnaît le trait et les couleurs de Tiziana Romanin, impressions tendres et expressions justes déjà admirées dans L’arbre lecteur.
L’illustratrice parvient ici à «confondre» l’image de Jules avec le fond d’un décor. Elle nous oblige à le rechercher et à le «remarquer» malgré tout. Le bleu de la jupe de Juliette apporte le soulagement et l’éclaircie, optimisme déjà suggéré par l’oiseau bleu de couverture.

Te FaiS PaS ReMarQUeR ! nous rappelle que chacun ne peut être exactement semblable à l’autre, que nous avons tous notre personnalité, notre différence. L’originalité de chaque individu n’est-elle pas sa richesse et ce qui fait son charme ? En tout cas François David et Tiziana Romanin réussissent à nous en convaincre.

Martine Falgayrac
(octobre 2006)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

 

http://www.editions-sarbacane.com

http://www.tizianaromanin.com/

De Tiziana Romanin
Le gâteau de paix - de Didier Lévy (Sarbacane)
L'arbre Lecteur - de Didier Lévy (Sarbacane)

de François David
On n'aime pas les chats - avec G. Alibeu (Sarbacane, 2006)
Oh ! Les amoureux - avec Isabelle Simon (Sarbacane)
Noir/Voir (Motus)
Un éléphant peut en cacher un autre - collectif d'illustrateurs (Sarbacane)
Je suis un ange (Motus)
Poèmes sans queue ni tête d’après Edward Lear, ill. Henri Galeron, (Motus)
La petite sœur de Kafka, ill. Anne Herbauts, (Esperluète)
Chat qui vole (Editions du jasmin)
L'oiseau bonheur ill. L. Corvaisier(Albin Michel)
Est-elle Estelle ? ill. Alain Gauthier (Motus)
Les enfants de la lune et du soleil, ill. Henri Galeron (Motus)