Où
l’amour ne se satisfait pas de la conformité….
Imaginez une belle tapisserie, un beau papier peint
: votre œil se satisfait du rythme parfait des motifs, de la
juxtaposition minutieuse des bandes. Mais un détail attire
votre attention, un défaut, une bavure, une légère
déchirure, un décalage… et vous ne voyez plus
que « cela », et « cela » vous dérange.
De la même façon, nous évoluons dans une société
où l’uniformité des allures et des réactions
rassure, où la moindre originalité devient provocante
et irritante.
Jules naît
heureux, sourit au lieu de pleurer : quelle audace ! Le voilà
contraint de crier pour plaire à ses parents. Jules est grand,
trop grand : quelle vanité ! Le voilà contraint de
se faire tout petit pour ne pas déparer la famille. Jules
ne porte pas de casquette : quelle prétention ! Le voilà
contraint de porter le chapeau pour ne pas se faire harceler par
les copains. Jules chante lorsqu’il est heureux : quelle casserole
! Alors Jules ne chante plus ni ne parle… « Il appuie
seulement son dos contre le mur pour entrer dans le papier peint.
»
Et cela dure des mois et des années, jusqu’à
la rencontre avec Juliette. C’est elle qui devine le désarroi
du jeune homme, un malaise derrière le sourire stéréotypé
de Jules, sourire « comme dans les publicités
» ; c’est elle qui le pousse enfin à s’exprimer,
c’est elle qui le libère et lui offre une nouvelle
vie, où être soi-même est possible.
Les émotions
sont si intenses, et l’hymne à l’amour si évident,
qu’on se demande si l’auteur, en évoquant l’épanouissement
laborieux de Jules, ne puise pas dans le propre déroulement
de sa vie. Il aime la nature : elle lui inspire une formidable harmonie
que les autres l’ont trop obligé à taire. Il
aime la femme qui a su remettre sa vie en mouvement et permis d’exprimer
la part de lui-même trop longtemps retenue et considérée
« non-conforme ».
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Le
lecteur reconnaît le trait et les couleurs de Tiziana
Romanin, impressions tendres et expressions justes déjà
admirées dans L’arbre
lecteur.
L’illustratrice parvient ici à «confondre»
l’image de Jules avec le fond d’un décor.
Elle nous oblige à le rechercher et à le «remarquer»
malgré tout. Le bleu de la jupe de Juliette apporte
le soulagement et l’éclaircie, optimisme déjà
suggéré par l’oiseau bleu de couverture.
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Te
FaiS PaS ReMarQUeR ! nous rappelle que chacun ne peut
être exactement semblable à l’autre, que nous
avons tous notre personnalité, notre différence. L’originalité
de chaque individu n’est-elle pas sa richesse et ce qui fait
son charme ? En tout cas François David et Tiziana Romanin
réussissent à nous en convaincre.
Martine
Falgayrac
(octobre 2006)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.editions-sarbacane.com
http://www.tizianaromanin.com/
De
Tiziana Romanin
Le gâteau de paix - de Didier
Lévy (Sarbacane)
L'arbre Lecteur - de Didier Lévy
(Sarbacane)
de
François David
On n'aime pas les chats - avec G. Alibeu (Sarbacane,
2006)
Oh ! Les amoureux - avec Isabelle Simon
(Sarbacane)
Noir/Voir (Motus)
Un éléphant peut en cacher
un autre - collectif d'illustrateurs (Sarbacane)
Je suis un ange (Motus)
Poèmes sans queue ni tête d’après
Edward Lear, ill. Henri Galeron, (Motus)
La petite sœur de Kafka,
ill. Anne Herbauts, (Esperluète)
Chat qui vole (Editions du
jasmin)
L'oiseau bonheur
ill. L. Corvaisier(Albin Michel)
Est-elle Estelle ?
ill. Alain Gauthier (Motus)
Les enfants de la
lune et du soleil, ill. Henri Galeron (Motus)
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