de Tan Dun

du 1er au 5 juin 2004
Opéra national de Lyon

Création française, dans le cadre de l'année de la chine en France

 

Opéra en trois actes, 2002.
Livret de Tan Dun et Xu Ying

La cérémonie du thé comme allégorie universelle de l’art difficile d’être au monde et de notre capacité à nous abandonner malgré tout à l’harmonie éphémère des choses. Le moine Seikyo célèbre la cérémonie du thé : sa tasse est vide, son thé imaginaire, il savoure le néant. Dix ans plus tôt, en Chine, l’empereur de la dynastie Tang (IXe siècle) accepte l’alliance de sa fille, la princesse Lan, avec Seikyo, le prince japonais qui sait si bien chanter l’art du thé. Dans l’accomplissement de leur amour, ils vont à la recherche du Livre du thé où ils trouveront la sagesse ancestrale. Mais le frère de Lan, jalousement opposé à cette union, provoque Seikyo en duel. Lan s’interpose et meurt.Voyageur entre deux mondes comme Seikyo, Tan Dun jette des ponts entre les cultures – occidentales et extrême-orientales – et pose la question : doit-on préserver les anciennes sagesses ?

Direction musicale Tan Dun

Mise en espace Stanilas Nordey

Costumes Raoul Fernandez

Eclairages Stéphanie Daniel

avec Haijing Fu, Xiuying Li, Warren Mok, Jaojiang Tian, Guang Yang
Ensemble vocal du Chœur de l'Opéra national de Lyon

Opéra national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45

Saveur et recueillement

TEA, c’est la cérémonie du thé, et le mélange des éléments, eau, pierre, feu, vent, dans le voyage initiatique qu’a accompli le prince Seikyo. Aujourd’hui moine, il savoure une tasse de thé vide… Il raconte qu’il fut autrefois amoureux de la princesse chinoise Lan. Bien qu’agréé par son père, il s’est trouvé en rivalité avec le frère de la princesse. Il accomplit un long chemin avec sa bien-aimée, pour retrouver le Livre du thé, à la demande de l’empereur. Cela se termine par la mort de celle-ci, qui se jette entre les combattants. L’œuvre se veut remplie de symboles, Seikyo symbolisant la philosophie, la princesse l’amour, son frère la colère. La confection du thé relève du parcours initiatique et aussi de l’acte d’amour.

Le compositeur Tan Dun, connu pour la musique de Tigre et Dragon, est déjà l’auteur de plusieurs opéras, dont TEA, créé en 2002 à Tokyo. A une partition d’un certain classicisme, qu’il dirige avec vigueur et netteté, il intègre des percussions plus orientales tels que gongs et carillons, ainsi que l’eau, le papier , les pierres, la céramique. Les pots de céramique, dont on joue comme d’un xylophone, apportent un son original, prenant. Les chœurs participent à l’instrumental en frappant des cailloux les uns contre les autres. Trois percussionnistes sont placées sur scène, finement éclairées, jouant des mains ou des baguettes avec ces éléments, en une belle réussite sonore et visuelle.
L’opéra est superbement servi par les voix, notamment Xiuling Yi (la princesse Lan) aux accents pucciniens dans de remarquables aigus. On peut regretter la gestuelle dépassée de certains chanteurs, quoique des mouvements caricaturaux s’accordent parfois bien avec ce spectacle un peu statique, renforçant son aspect hiératique. La mise en scène est fort belle visuellement, les chanteurs évoluent sur un losange en plan incliné, vêtus de costumes rappelant la tradition chinoise, dans un brillant ensemble de couleurs. Eclairages et jeux d’ombre se combinent habilement pour créer une atmosphère de recueillement et de drame.
C’est donc là un spectacle réussi, qui ne sera donné que trois fois, ce qui laisse peu de temps pour découvrir un opéra actuel.

Laurence Tourniaire
(juin 2004)

l'Opéra de Lyon
http://www.opera-lyon.org

http://www.tandun.com/

http://brahms.ircam.fr/textes/c00000689/