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William
Blake en actes
Depuis La
Jeune Fille à la perle, on connaît Tracy
Chevalier comme un bon auteur de romans historiques, c’est
à dire un auteur qui écrit des vrais romans, dans
lesquels les personnages se tiennent et nous attachent à
leur destinée, où le décor joue un rôle,
où les événements sont aussi bien le fait du
hasard que de la nécessité. L’histoire, l’art
et l’histoire de l’art viennent par surcroît et
ajoutent de l’épaisseur et de l’intérêt.
C’est aussi le cas de L’Innocence,
qui se passe à Londres en 1793. On y suit les tribulations
de deux enfants arrivés ici du Dorset avec leur famille pour
changer de vie, changement qui s’avèrera bien amer
et les fera revenir à leur point de départ, sans doute
avec de l’expérience en plus et de l’innocence
en moins, si l’on pouvait simplifier les choses. Ce qui complexifie
le roman sur ce point, c’est que le voisin de cette famille
est William Blake, au moment où il compose et imprime lui-même
les Songs of innocence & of experience. Les rencontres
avec Blake sont rares, brèves pour la plupart, mais prennent
de l’ampleur à la fin du roman. Elles le montrent au
travail et dans la vie, indiquent sa façon de voir les choses,
de travailler au delà des apparences et offrent un beau portrait
d’homme libre et aspirant à la liberté et au
bonheur de tous au milieu de la réprobation quasi générale.
L’ombre de Blake (ou sa lumière) donne aux événements
un relief particulier : sans cela ils seraient ceux d’un banal
roman d’initiation imité de romans sentimentaux anglais
du XVIIIe siècle ; avec elle, l’histoire se fait exemple,
source de réflexion et d’interrogations auxquelles
la fin n’apporte pas de réponse. Mais aussi, ce roman
est baigné de poésie à travers les extraits
des songs de Blake (le fameux « Tiger »,
connu de tous les écoliers de langue anglaise, « Burning
bright », qui a donné son beau titre à
l’édition originale anglaise, le poème sur Londres,
lui aussi célèbre). Il donne envie de relire ou de
découvrir ces merveilleux textes très simples en apparence
et très riches quand on s’en approche.
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Enfin,
c’est aussi un document sur l’Angleterre de ce
temps, sur le regard porté sur la Révolution
française, sur Londres (on regrette que les éditeurs
français n’aient pas suivi l’exemple des
anglais qui ont joint un plan des quartiers du Londres de
l’époque explorés par les enfants), les
métiers (ceux du cirque, de la menuiserie, de la fabrication
des boutons, l’industrie de la moutarde, etc.), la débrouille
plus ou moins crapuleuse et la misère. Un beau roman
aux personnages attachants et complexes, au rythme soutenu,
et offrant de multiples approches, donc.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juin 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.tchevalier.com
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